Malgré les engagements internationaux, la déforestation est repartie à la hausse en 2023
Biodiversité | Aujourd’hui à 15h06 | F. Gouty

En 2021 à Glasgow, près de 150 pays (dont la France) s’étaient donnés pour objectif d’interrompre la déforestation et la dégradation des forêts dès 2030, confirmant leur volonté déjà exprimée à New York en 2014. Si la promesse est louable, elle ne semble cependant pas près d’être tenue. Comme tous les ans depuis la déclaration de Glasgow, plusieurs ONG et centres de recherche internationaux évaluent la progression ou l’inversion de la déforestation dans le monde. Publié ce mardi 8 octobre, leur nouveau rapport d’évaluation (1) montre non seulement que le phénomène n’est pas enrayé, mais qu’il s’accélère.
Évolution annuelle de la surface de forêts détruites dans le monde.© Forest Declaration Platform
En 2023, 6,37 millions d’hectares (Mha) de forêts en ont été victimes (contre environ 6 Mha en 2022). Plus de la moitié impliquait des forêts primaires et un cinquième des écosystèmes particulièrement riches en biodiversité. À titre de comparaison, le plafond, pour ralentir la déforestation à un rythme suffisant pour l’arrêter en 2030 (à partir d’une perte moyenne de 6,26 Mha par an, sur la base de la période 2018 à 2020), s’élevait plutôt à 4,38 Mha. Les plus grandes pertes, majoritairement pour faire place à des cultures agricoles ou à des sites d’extraction minière, ont été observées au Brésil(malgré une baisse significative de 62 % par rapport à 2022), en Indonésie, en Bolivie et en République démocratique du Congo. « Après plusieurs années de ralentissement, la déforestation de forêts tropicales a augmenté de 39 % en un an en Asie [notamment de 57 % en Indonésie, ndlr] », soulignent les auteurs du rapport. Ce dernier s’arrête également sur le taux de dégradation des forêts. Au moins 62,6 Mha seraient en « mauvais état » depuis 2022, en particulier en Europe.
Certains pays, comme l’Australie, la Colombie ou le Vietnam, ont néanmoins fait de véritables efforts. La première a par exemple éliminé « seulement » 0,01 Mha de forêts en 2023, contre 0,04 Mha par an en moyenne entre 2018 et 2020. Pour respecter sa part de l’effort collectif pour 2030, une déforestation maximale de 0,03 Mha/an ne devait, qui plus est, pas être dépassée. « Le jonglage des priorités dans les politiques publiques rend toute avancée en matière de protection des forêts particulièrement vulnérable, attestent néanmoins les auteurs du rapport. Quand les bonnes conditions sont en place, la déforestation ralentit véritablement, mais à l’inverse, si le vent tourne, l’effet rebond est dévastateur, comme nous le constatons en Bolivie et en Indonésie. » Autrement dit, un « changement mondial de paradigme », faisant de la protection des forêts une priorité, reste désormais nécessaire pour inverser la tendance