AME, fin de vie, budget de la Sécu : le grand oral de Geneviève Darrieussecq
Quentin Haroche| 07 Octobre 2024 https://www.jim.fr/viewarticle/ame-fin-vie-budget-sécu-grand-oral-geneviève-2024a1000ia8?ecd=wnl_all_241007_jim_daily-doctor_etid6885828&uac=368069PV&impID=6885828&sso=true
Paris – La ministre de la Santé a présenté ses priorités et défendu des positions qui pourraient la mettre en porte-à-faux avec une partie du gouvernement.
C’est le désavantage d’être membre d’un gouvernement de coalition : vous devez concilier avec des collègues dont vous ne partagez pas forcément les idées. Issue du Modem, le Dr Geneviève Darrieussecq, nouvelle ministre de la Santé (la 6ème du second quinquennat d’Emmanuel Macron) nommée le 21 septembre dernier, se retrouve au cœur d’un gouvernement aux accents très droitiers, sur certains points du moins. Interrogée ce vendredi sur France info sur ses priorités avenue de Ségur, elle a tenté de défendre des positions un peu plus centristes face aux élans conservateurs de certains de ses collègues.
Ainsi, alors que l’heure semble actuellement à la rigueur et à l’austérité (le Premier Ministre Michel Barnier a affirmé qu’il devait trouver 60 milliards d’euros), la nouvelle ministre a affirmé qu’il n’y aura pas de coupe dans le budget de la santé.
« Il y aura plus d’argent que l’année dernière dans l’Ondam (objectif national de dépenses d’Assurance maladie, ndlr) » indique ainsi l’allergologue, qui précise que le projet de loi de financement de la Sécurité Sociale (PLFSS), qui doit être présenté cette semaine, est encore « en construction » et qu’elle ne peut pas donner de chiffres précis.
Des pistes d’économies sur la table…sans plus de précision
Alors que le Premier Ministre a affiché sa volonté de ne pas remplacer tous les fonctionnaires partant à la retraite et de fusionner certains services publics pour faire des économies, la ministre affirme (mais sans certitude absolue) que le secteur de la santé n’est pas concerné par cette politique de rigueur. « Aujourd’hui, à l’hôpital nous avons beaucoup de postes vacants, d’infirmières notamment, il faut que nous recrutions » explique la ministre, qui se dit opposée à toute suppression de postes de soignants ou fusion de services. Elle ne ferme en revanche pas totalement la porte à des réductions de postes purement administratifs.
Car si le budget de la santé ne diminuera pas au global, cela ne veut pas dire que la ministre est hostile à toute économie. « Il y aura aussi des efforts à faire » observe-t-elle, indiquant que plusieurs pistes sont sur la table, sans plus de précision. « Le problème du secteur de la santé n’est pas le manque d’argent, le budget augmente tous les ans, la question c’est celle de la restructuration que nous devons étudier ».
Au cours de cet interview, la ministre de la Santé a évoqué un autre sujet qui fâche, celui de l’aide médicale d’Etat (AME). Le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau a en effet récemment clairement affiché sa volonté de réformer ce dispositif, qui assure des soins gratuits aux immigrés clandestins et qu’il accuse de favoriser l’immigration. Mais pour le Dr Darrieussecq, l’affaire est entendue. « Il n’est pas question de toucher à l’AME, c’est ma position depuis longtemps » lance-t-elle clairement.
Geneviève Darrieussecq défend l’AME et s’oppose à ses alliés de droite
La ministre rappelle notamment les conclusions du rapport Evin-Stefanini produit en fin d’année dernière, qui avait conclu que l’AME était un « dispositif utile, bien géré et strictement contrôlé ».
« C’est aussi une assurance pour la santé des Français » affirme la praticienne, qui rappelle que soigner les immigrés clandestins peut permettre d’éviter la propagation de maladies contagieuses. « Il n’y a aucun tabou sur la question » répond-elle de manière élusive quand on l’interroge sur la position de Michel Barnier sur la question, lui qui a affirmé sans plus de précisions que l’on pouvait « mieux gérer l’AME».
Geneviève Darrieussecq a enfin été interrogée sur un autre sujet éthique épineux, celui de la fin de vie. Elle se dit ainsi « satisfaite » que le Premier Ministre ait indiqué dans son discours de politique générale de mardi dernier qu’il allait reprendre le projet de loi sur la fin de vie. La ministre a ainsi rappelé aux journalistes qu’elle avait elle-même participé aux débats sur le projet de loi en tant que députée, débats au cours desquelles elle a tenté de défendre une position médiane, « un chemin de crête pour venir en aide aux quelques rares personnes qui auraient besoin de ce dispositif ».
En revanche, la ministre s’est refusée à donner un calendrier pour la reprise du débat parlementaire. « Nous rentrons dans un tunnel budgétaire » se justifie-t-elle. Comprenez qu’il faudra attendre le début de l’année prochaine.
On espère pour la ministre centriste qu’elle ne devra pas avaler trop de couleuvres dans les mois à venir, sur l’AME, le budget, la fin de vie, ou d’autres points sur lesquels elle pourrait s’opposer à ses collègues de droite.
« Pas question de toucher à l’aide médicale d’Etat », rassure Geneviève Darrieussecq
La nouvelle ministre de la Santé a assuré vendredi 4 octobre sur France Info qu’il n’était « pas question de toucher à l’aide médicale d’Etat » (AME) alors que le ministre de l’intérieur, Bruno Retailleau, souhaite en réduire le périmètre.
Par Sandy Bonin
« L’aide médicale d’État, c’est aussi une assurance sur la santé des Français pour éviter certaines contagions« , a souligné la ministre de la Santé, vendredi 4 octobre, sur France Info. « Il ne faut pas avoir de tabou avec ce sujet, mais il ne faut pas créer des fantasmes« , a-t-elle ajouté. Pourtant, deux jours plus tôt, le Premier ministre, Michel Barnier, avait estimé sur France 2, qu’il était possible de « mieux gérer » l’AME et qu’il fallait « voir calmement les choses pour que ceux qui y ont droit puissent la recevoir« .
Le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, avait laissé entendre la semaine dernière qu’il ne « s’interdisait pas de prendre, notamment par la voie réglementaire, un certain nombre de dispositions » sur le sujet souvent brandi comme ligne rouge par le camp présidentiel.
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En 2024, l’enveloppe de l’AME prévue par l’Etat s’établit à 1,2 milliard d’euros, soit environ 0,5% des dépenses de santé prévues par le budget de la Sécu (PLFSS). Fin 2023, on comptait 466 000 bénéficiaires de l’AME. Elle concerne les soins médicaux et dentaires, les médicaments remboursés, les frais d’analyses et d’hospitalisation, ainsi que ceux afférents à certaines vaccinations et certains dépistages, à la contraception et l’IVG.
« Environ un quart des bénéficiaires de l’AME sont mineurs« , a rappelé SOS Racisme déplorant que « la santé des personnes exilées« , soit « à nouveau instrumentalisée pour venir alimenter des considérations de politique migratoire« .
[avec AFP]