Suite des négociations des spécialistes avec la CNAM dans le cadre de la nouvelle convention

« Le médecin généraliste, aujourd’hui, c’est l’entonnoir de l’accès aux soins » : comment AvenirSpé veut simplifier les parcours

Pour les 55 000 médecins spécialistes libéraux, les prochains mois seront décisifs. Car si la convention médicale a été signée le 21 juin dernier, il reste deux chantiers majeurs à mener à bien : la révision des tarifs de la classification commune des actes médicaux (CCAM), qui représente 80% de leurs honoraires, et les modalités de cotation de l’avis ponctuel de consultant (APC). Alors que les Rencontres de la médecine spécialisée se tiennent à Lille ces 3, 4 et 5 octobre, le Dr Patrick Gasser, président d’AvenirSpé, appelle à redéfinir les parcours avec pragmatisme.

03/10/2024 Par Aveline Marques https://www.egora.fr/actus-pro/vie-conventionnelle/le-medecin-generaliste-aujourdhui-cest-lentonnoir-de-lacces-aux-soins?utm_source=Newsletter&utm_medium=gms_egora&utm_campaign=A_la_Une___vendredi_4_octobre_2024&utm_medium=gms_egora&utm_source=email&utm_campaign=A%20la%20Une%20-%20vendredi%204%20octobre%20202420241004&sc_src=email_4391799&sc_lid=163391892&sc_uid=XYBlorZBtz&sc_llid=1047&sc_eh=5d463c22601bc0401

Entonnoir

Egora.fr : Pour les spécialistes, on pourrait dire que les vraies négociations commencent avec la révision des tarifs de la CCAM…

Dr Patrick Gasser : C’est une autre négociation qui commence. Sur la CCAM, au travers de la refonte de la nomenclature des actes médicaux et chirurgicaux, il va falloir notamment renégocier les taux de charge pour le calcul des tarifs. Nous avions convenu avec l’Assurance maladie de mettre en place une commission assez rapidement. Calculer ces taux de charge ne va pas être si simple… Il va falloir prendre l’ensemble des spécialités, voir comment travaillent les uns et les autres. C’est un tarif commun aux hôpitaux, aux libéraux, aux différentes régions, qu’il va falloir uniformiser.

Nous allons demander à des tiers de nous aider. La Cnam doit nous donner une liste d’entreprises qui ont une convention avec l’Assurance maladie. Est-ce qu’elles nous conviendront ? Il faut quand même qu’il y ait une indépendance.

C’est un énorme travail, c’est le sujet majeur pour 2025, pour que ce soit effectif dès 2026.

Quelles sont vos revendications ?

Il faudra être factuel : il y a des taux de charge qui ont augmenté, le tarif doit donc augmenter ; s’il y a des taux de charge qui ont diminué, le tarif peut diminuer. Moi j’essaie d’être le plus honnête et le transparent possible. Mais compte tenu de l’inflation depuis 2004, date à laquelle cette hiérarchisation a été mise en place, ça m’étonnerait qu’il y ait des tarifs qui baissent, je pense qu’ils vont plutôt augmenter. Bien sûr, il y a eu des gains de productivité, mais comme dans tous les métiers, ça ne veut pas dire que les tarifs diminuent. Et dans le domaine de la santé, le matériel est plutôt en augmentation…

Un groupe de travail sur le parcours de soins, l’accès direct et les modalités de cotation de l’avis ponctuel de consultant (APC*) a été mis en place. Quelle est la position d’AvenirSpé sur la question ?

L’accessibilité aux soins, et notamment aux médecins spécialistes, c’est le deuxième gros sujet. On ne demande pas l’accès direct mais seulement que l’accès aux spécialistes soit simplifié.

D’abord pour que les paramédicaux (je n’aime pas ce terme, il est un peu dévalorisant), qui ont une forme d’expertise dans leur métier, puissent adresser un patient directement à un spécialiste : par exemple un kiné à un rhumatologue, à un médecin MPR ou à un chirurgien ; même chose pour une puéricultrice, une sage-femme, un infirmier qui traite une plaie chronique… On a des gains potentiels à réaliser, à la fois en termes de délais d’accès pour diminuer la perte de chance, mais aussi des gains financiers.

Alors il y a peut-être certaines spécialités où il pourrait y avoir de l’accès direct, comme il y en a déjà pour le dermatologue, le gynécologue… Globalement, on ne veut pas être embolisés par les demandes, mais je pense qu’il faut faire confiance à l’ensemble des soignants. Il faut être assez pragmatique, pour avoir la prise en charge la plus optimale possible.

« On n’est plus dans les années 1980, où les généralistes se battaient entre eux pour avoir des patients »

Concrètement, vous demandez à pouvoir coter plus largement l’APC ? Qu’un spécialiste puisse le coter sur adressage d’un autre spécialiste ?

Le pneumologue qui voit un infarctus, il fait quoi ? Il l’envoie au généraliste ? On n’est plus dans les années 1980, où les généralistes se battaient entre eux pour avoir des patients. Compte tenu de la demande de soins, il faut qu’on arrête ce petit jeu. D’après l’OMS, il nous manquerait 18 millions de soignants dans le monde.

Le médecin généraliste, aujourd’hui, c’est l’entonnoir de l’accessibilité aux soins. Tout le monde le dit, du pharmacien au kiné et à l’infirmière, en passant par le spécialiste.

Il faut penser à des parcours structurés. Ça ne veut pas dire sortir du parcours. Et ça ne veut pas dire que le généraliste n’est pas tenu au courant.

J’espère que la réflexion va avancer. Aujourd’hui, qui a peur de se faire « dépouiller » ? Soyons pragmatiques, on peut faire mieux avec autant.

L’ancien Premier ministre Gabriel Attal avait annoncé une expérimentation de l’accès direct aux spécialistes : que devient-elle ?

Rien ! Ça a été pondu par le cabinet du Premier ministre de l’époque, probablement pour nous faire plaisir. C’était juste avant la signature de la convention…

Globalement, il y avait vu une forme d’incompréhension : on ne veut pas l’accès direct aux spécialistes. Il faut définir les choses et surtout, il faut un pilote dans l’avion. Quand tout le monde fait tout, on fait tout mal. La preuve en est, tout le monde s’épuise et malgré tout, on n’arrive pas à répondre aux demandes de la population.

Les CPAM veulent proposer à certains spécialistes comme les internistes, les gériatres, les endocrinologues ou les néphrologues de devenir les médecins traitants des patients en ALD qu’ils voient à plusieurs reprises dans l’année. Est-ce une solution ? Ces spécialistes sont-ils en capacité de suivre ces patients ? Les généralistes en doutent…

Encore une fois, il faut être pragmatique. Moi quand je vois un patient qui n’a plus de médecin traitant et qui me demande de lui renouveler son traitement, je fais quoi ? Je lui dis d’aller voir le boucher du coin ?

Ce sont des querelles de château sans intérêt. Si le patient est demandeur… Quand vous avez une pathologie néphrologique et une dialyse toutes les 48 heures, je pense que le néphrologue vous connaît mieux que le généraliste.

Quant aux gériatres… ça fait 20 ans que j’entends que les patients ont des listes de médicaments à ne plus savoir qu’en faire, pourquoi ne pas solliciter davantage les gériatres ? Ils ne pourront pas voir tout le monde, mais ils pourront au moins donner des conseils car ils ont une expertise. La gériatrie fait partie des spécialités qui doivent être développées demain car la population va vieillir.

C’est en développant l’expertise qu’on va faire de la qualité. Ça ne veut pas dire que je dénigre le travail effectué par mes collègues généralistes dans la proximité, loin de là.

C’est l’une des raisons d’être des équipes de soins spécialisés (ESS). Dans les mois prochains, vous allez travailler avec la Cnam sur l’élaboration du cahier des charges. Quels sont les enjeux ?

Ils sont multiples. Le premier enjeu, effectivement, c’est l’accès à l’expertise dans un délai qui ne fait pas perdre de chance aux patients. Une ESS, c’est une communauté de spécialistes qui, collectivement, va répondre à une demande, de façon urgente ou moins urgente. Il faudra mettre en place un questionnaire en amont pour pouvoir hiérarchiser ces demandes.

Il faudra avoir des collaborateurs, des IPA, des assistants médicaux, des protocoles. Il y aussi les enjeux de la formation, de l’évaluation entre pairs – qui amène à la qualité, et de la mise en place de l’éducation thérapeutique, car il y en a assez peu.

Tout cela devrait être développé à l’échelon départemental ou régional, en fonction du tissu local. Les ESS permettront de redonner un peu de souffle.

On veut aussi développer des pôles de santé spécifiques (pôles mères-enfants, pôles de santé mentale, pôles d’ophtalmologie…) et des centres autonomes pour faire de la chirurgie… Ce que j’appelle des établissements libéraux de proximité.

*L’avis ponctuel de consultant est un avis donné par un médecin correspondant à la demande explicite du médecin traitant ou, par dérogation pour le stomatologiste, à la demande explicite du chirurgien-dentiste. Coté actuellement 56.50 euros, il sera revalorisé à hauteur de 60 euros le 22 décembre prochain.

« On continue à croire au médecin traitant » : les réserves du patron de la Cnam sur l’accès « facile » aux spécialistes

Ce samedi 5 octobre, à l’occasion de ses Rencontres annuelles, le syndicat AvenirSpé a présenté son manifeste pour un meilleur accès aux soins devant, entre autres, le directeur général de la Caisse nationale d’Assurance maladie. Parmi les mesures que le syndicat porte : un accès simplifié aux spécialistes en vue de réduire les délais de rendez-vous.   

07/10/2024 Par Louise Claereboudt https://www.egora.fr/actus-pro/acces-aux-soins/continue-croire-au-medecin-traitant-les-reserves-du-patron-de-la-cnam-sur?utm_source=Newsletter&utm_medium=gms_egora&utm_campaign=A_la_Une___mardi_8_octobre_2024&utm_medium=gms_egora&utm_source=email&utm_campaign=A%20la%20Une%20-%20mardi%208%20octobre%20202420241008&sc_src=email_4394690&sc_lid=163526839&sc_uid=XYBlorZBtz&sc_llid=6398&sc_eh=5d463c22601bc0401

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« Réfléchir à un nouveau contrat social de la médecine du 21e siècle. » Telle est l’ambition que porte le syndicat AvenirSpé, qui a présenté son « manifeste pour un meilleur accès aux soins » en clôture des Rencontres de la médecine spécialisée, samedi 5 octobre à Lille. Ce document de 28 pages est « une charte d’engagements pour les acteurs de la santé, et un ensemble de propositions pour les décideurs politiques », a expliqué le président du syndicat, le Dr Patrick Gasser, devant le directeur général de la Cnam et la directrice générale de l’offre de soins. Il grave dans le marbre les deux grandes priorités d’AvenirSpé – la santé mentale et le handicap – et inscrit les sept engagements, validés par les verticalités adhérentes.

Ce manifeste « n’est pas une somme de revendications syndicales et corporatistes, a assuré Patrick Gasser. La négociation conventionnelle a déjà été faite, nous n’allons pas y revenir, même si un deuxième round doit bientôt arriver. » Il s’agit plutôt d’un plan d’actions pour faire face « aux défis qui sont immenses et qui attendent demain tous les professionnels de santé ». « Peut-être pouvons nous contribuer à sauver notre système ‘à la française’, mais il va falloir le faire évoluer »,a soutenu le gastroentérologue de Nantes. Les engagements du syndicat, que le président a présenté, doivent répondre à cet impératif.

D’abord, AvenirSpé appelle à faciliter l’accès aux spécialistes (autres que les médecins généralistes). « Pour une bonne part, [les] difficultés d’accès aux spécialistes s’expliquent par la nomenclature actuelle dite ‘parcours de soin’. Celle-ci impose de passer d’abord et toujours au préalable par le médecin traitant. Sans cette étape, le patient est pénalisé financièrement car moins remboursé et le médecin spécialiste moins bien rémunéré car considéré comme ‘hors parcours’. Cette hiérarchisation entre médecins constitue un vrai frein à l’accès aux soins en raison de la pénurie de généralistes sur le territoire », écrit le syndicat dans son manifeste.

Et de poursuivre : « En pratique, elle provoque un effet d’entonnoir – ou, pour parler comme les médecins, une ‘embolisation’ du système. » Un discours qui ne plaît guère aux représentants des généralistes.

Lire aussi : Non, « les généralistes ne bloquent pas l’accès aux soins » : réponse au président d’AvenirSpé

Pour améliorer l’accès des patients à des soins spécialisés, AvenirSpé soutient la création d’une consultation « de type nouveau », facturée au tarif de l’APC (avis ponctuel de consultant), soit 60 euros, dans deux cas : pour les soins non programmés ou sur demande d’avis « rapide » d’un spécialiste. Elle permettrait à un spécialiste de rediriger un patient vers un confrère d’une autre spécialité, un pneumologue par exemple pourrait rediriger son patient essoufflé, pour lequel il soupçonne un risque d’insuffisance cardiaque, vers un cardiologue.

Cet élargissement de l’APC avait été évoqué au printemps dernier lors des négociations conventionnelles et suscité de vives tensions entre syndicats de généralistes et syndicats de spécialistes. MG France, craignant un contournement du parcours de soin et dénonçant un mépris pour le rôle du médecin traitant, avait menacé de ne pas signer le projet de convention si cet élargissement subsistait. La mesure avait finalement été retirée.

Dans son manifeste, AvenirSpé remet ainsi la mesure sur le tapis, et milite pour que cet adressage soit aussi ouvert aux paramédicaux – « exemple : un kinésithérapeute envoie chez un orthopédiste un patient sportif souffrant d’entorses graves récidivantes » – ainsi qu’aux personnes référentes d’une personne âgée. Celles-ci pourraient prendre directement rendez-vous avec un ORL ou un gériatre pour le compte d’une personne âgée ou vulnérable.

Objectif avancé : « recevoir le patient dans les 4 jours pour un soin non programmé et dans les 3 à 4 semaines pour un avis spécialisé non urgent », s’engage le syndicat, avec un compte-rendu qui sera versé au DMP.

« Il faut faire attention à ne pas dégrader l’accès en soin en voulant faire sauter les barrières »

« On a inscrit dans la convention un certain nombre de sujets à approfondir autour de ces thématiques de cotation de l’APC, de spécialités en accès direct », a rappelé Thomas Fatôme, DG de la Cnam, lors de la table ronde qui a suivi la présentation du manifeste. Ce dernier s’est montré plutôt réservé vis-à-vis de la proposition d’AvenirSpé. « Je ne crois pas vraiment à la théorie qui voudrait qu’on ait aujourd’hui un système qui bloque les gens, et mobilise du temps de médecin traitant, dans un parcours très organisé « , a-t-il déclaré. Et d’ajouter : « On continue à croire au médecin traitant avec une équipe autour de lui. »

Jouant franc jeu, le patron de la Cnam a expliqué que l’avis ponctuel de consultant prend « de plus en plus de place » et donc « coûte de plus en plus cher » à l’Assurance maladie. Mettre en œuvre la proposition d’AvenirSpé, telle que présentée ce samedi, serait particulièrement coûteux pour la Sécu, dont les comptes sont en berne. « Entre adressage par un spécialiste, adressage par un professionnel de santé et adressage par une personne référente […] c’est un encadrement qui existe, mais qui a de larges fenêtres… C’est plus la baie vitrée que la petite fenêtre », a estimé Thomas Fatôme, attaché « à une forme de régulation des systèmes » : « le juste professionnel pour le juste soin ».

Le directeur général de la Cnam s’est par ailleurs montré « chiffonné » par le lien fait entre APC et « accès facile aux spécialistes ». « Est-ce que c’est systématiquement ça qui doit être le leitmotiv pour déclencher un rendez-vous rapide ? Je me pose la question », a-t-il lâché, se disant toutefois prêt à travailler sur la question. « Il faut faire attention à ne pas recréer des files d’attente sur certaines spécialités et à finalement dégrader l’accès aux soins en voulant faire sauter les barrières pour le simplifier », a alerté Marie Daudé, directrice générale de l’offre de soins.

Outre cet accès direct, AvenirSpé entend développer les équipes de soins spécialisés (ESS). Elle souhaite en installer une dans au moins 5 spécialités par département ou par région dans les trois ans à venir. « Nous les avons portées, mais nous avons encore des choses à faire sur le cahier des charges », a expliqué le Dr Gasser. Un dispositif auquel croit beaucoup le directeur général de la Cnam. « Nous avons mis dans la convention un principe de financement pérenne », a-t-il souligné. Un crédit d’amorçage (80 000 euros) et une dotation annuelle (entre 50 000 et 100 000 euros) ont été inclus dans le texte conventionnel. Un cahier des charges comprenant les modalités d’évaluation doit encore être validé par les partenaires lors d’une prochaine commission paritaire nationale.

À ce jour, selon la directrice générale de l’offre de soins, « une cinquantaine de projets ESS existent ; toutes les régions, sauf une je crois, ont au moins une ESS ». « Ce sera important d’avoir un pilotage national [afin d’évaluer] comment les ESS améliorent l’accès aux soins », a indiqué Marie Daudé. La nouvelle convention prévoit de fait que chaque ESS remette annuellement un rapport d’activité à sa CPAM et à son ARS pour « justifier du respect des missions socles ».

AvenirSpé s’engage également à augmenter le nombre d’assistants médicaux employés dans les cabinets de médecine spécialisée, et à « abaisser à 15 jours les délais médians des rendez-vous pour les patients adressés par leur médecin traitant sur tout le territoire dans les deux ans », lit-on dans le manifeste.  

Au-delà des ESS, le syndicat soutient aussi le développement des pôles de spécialités (ou instituts), qu’ils soient centrés sur un organe ou une pathologie ou qu’ils relèvent d’une thématique de santé publique (exemple, les pôles mères-enfants). Il fixe d’ailleurs l’objectif d’au moins un pôle de ce type « dans chaque spécialité et dans chaque région de France » d’ici cinq ans. Ceux-ci diffèrent des ESS, qui « traite[nt] plusieurs parcours ou maladies d’une même spécialité ». « Attention toutefois à ne pas multiplier les structures », a mis en garde Marie Daudé.

« La juste prescription est un levier considérable »

Alors que doit être présenté jeudi le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), AvenirSpé promet aussi de contribuer à réduire son déficit, en prenant le chemin de la déprescription. « La juste prescription est un levier considérable », a admis Thomas Fatôme, rappelant que les prescriptions des médecins libéraux représentent 57 milliards d’euros de dépenses d’assurance maladie : « C’est trois fois plus gros que les honoraires. » Au travers de la convention, la Cnam a ainsi mis en place 15 programmes d’action, dont plusieurs objectifs de diminution des prescriptions (d’IPP par exemple). « On aura une pression qui va s’exercer sur nous », a prévenu le directeur général de la Cnam.

AvenirSpé propose entre autres de mettre en place des formations communes avec les différents métiers de soignants sur la déprescription.

Le syndicat milite également pour une meilleure coopération de tous les soignants autour d’un même patient. « Il faut accepter en tant que médecin de participer uniquement collectivement à la prise en charge des patients […] C’est très difficile à faire comprendre, car à l’école des docteurs, on a été élevés comme ça […] avec cette idée que [nous sommes] les élites », a déclaré le Dr Gasser. Favorable à la délégation de tâches « dès lors que celle-ci est raisonnée et concertée », AvenirSpé juge que la coopération passe aussi par le partage d’informations entre les professionnels de santé, qui n’est pas toujours au rendez-vous.

Enfin, éducation thérapeutique et prévention sont aussi d’autres leviers que le syndicat appelle à développer pour un meilleur accès aux soins.

« Nous sommes dans l’obligation d’aller plus loin et de remanier l’ensemble de nos exercices », a conclu le président d’AvenirSpé, appelant les médecins libéraux à se saisir de son manifeste, à l’adapter et à l’enrichir.

Auteur de l’article

Louise Claereboudt

Non, « les généralistes ne bloquent pas l’accès aux soins » : réponse au président d’AvenirSpé

« Le médecin généraliste aujourd’hui, c’est l’entonnoir de l’accès aux soins », lançait le Dr Patrick Gasser sur Egora, en amont des Rencontres de la médecine spécialisée à Lille. Plaidant pour un accès simplifié aux spécialistes, AvenirSpé demande à pouvoir coter plus largent l’APC, sur adressage d’un autre spécialiste ou de paramédicaux. Une position qui « témoigne d’une vision réductrice du rôle des généralistes dans le système de santé et méconnaît la réalité de leur contribution », lui répond le Dr Frédéric Villeneuve, président de la FMF-Gé dans un texte que nous publions en intégralité.

07/10/2024 Par Dr Frédéric Villeneuve https://www.egora.fr/debats/tribunes/non-les-generalistes-ne-bloquent-pas-lacces-aux-soins-reponse-au-president?utm_source=Newsletter&utm_medium=gms_egora&utm_campaign=A_la_Une___mardi_8_octobre_2024&utm_medium=gms_egora&utm_source=email&utm_campaign=A%20la%20Une%20-%20mardi%208%20octobre%20202420241008&sc_src=email_4394690&sc_lid=163526847&sc_uid=XYBlorZBtz&sc_llid=6398&sc_eh=5d463c22601bc0401

ACCÈS DIRECT SPÉCIALISTES

Non!

« Patrick Gasser, vous décrivez le médecin généraliste comme un ‘entonnoir’ de l’accès aux soins. Cette déclaration, au-delà de son mépris évident, témoigne d’une vision réductrice du rôle des généralistes dans le système de santé et méconnaît la réalité de leur contribution. Les faits, eux, sont têtus, et il est donc nécessaire de rétablir certains faits qui montrent l’importance des généralistes, non seulement pour l’organisation des parcours de soins, mais aussi pour la santé publique dans son ensemble.

Lire aussi : « On continue à croire au médecin traitant » : les réserves du patron de la Cnam sur l’accès « facile » aux spécialistes

  1. Le médecin généraliste est le pivot d’un système de santé efficace

Contrairement à votre métaphore d’entonnoir, les généralistes jouent un rôle de coordination essentiel. Ils ne bloquent pas l’accès aux soins, mais assurent une prise en charge globale et continue du patient. Des études internationales, ainsi que Florian Stigler, montrent que les systèmes de santé qui placent les soins primaires, et donc les généralistes, au cœur de leur organisation sont ceux où la population est en meilleure santé, avec des inégalités de santé et des hospitalisations inutiles réduites. En assurant un parcours de soins structuré et raisonné, les généralistes évitent la fragmentation des parcours de soins et la surcharge des consultations spécialisées, qui risqueraient d’entraver l’efficacité globale du système​. Peut-être que si vous comprenez mal cette réalité, c’est qu’on vous l’a mal expliquée.

 2. Un rôle déterminant dans la réduction de la mortalité et des hospitalisations


Les généralistes jouent un rôle décisif dans l’amélioration de la survie des patients et la réduction des hospitalisations. Une étude norvégienne a montré que les patients qui sont suivis par leur généraliste depuis plus de 15 ans ont 28% moins d’hospitalisations aiguës et 30% moins de recours aux urgences. De plus, cette relation de longue durée réduit le risque de décès de 25%. Ces chiffres montrent l’importance d’une prise en charge globale et continue, qui ne peut être remplacée par un accès direct aux spécialistes​. Une autre étude publiée dans Cancer en 2024 a également révélé que les patients vivant dans des zones où l’accès aux soins primaires est limité présentent un excès de mortalité significatif. Parmi les femmes atteintes de cancer du sein, celles ayant un accès restreint aux généralistes ont un risque de décès augmenté de 69% un an après le diagnostic et de 126% cinq ans après. Cette étude démontre clairement l’importance du rôle du généraliste dans la détection précoce, l’orientation vers les spécialistes et le suivi continu, particulièrement pour des pathologies graves comme le cancer. Ce n’est pas une simple opinion, mais un fait. Là encore, si ce raisonnement semble vous échapper, c’est peut-être qu’on vous l’a mal expliqué.

3. La continuité des soins, un suivi qui fait la différence

Vous passez également sous silence la force de la relation de long terme entre un généraliste et ses patients. Les patients suivis par un même généraliste pendant plusieurs années bénéficient d’une gestion plus efficace de leurs maladies chroniques, d’un recours plus limité aux urgences et même d’un risque de décès plus faible. Ce lien de confiance ne peut être remplacé par un accès direct et fragmenté aux spécialistes, qui n’ont ni le temps ni la vue d’ensemble nécessaires pour assurer cette continuité.

4. Le mythe du « quand on fait tout, on fait tout mal »

Votre affirmation selon laquelle « quand tout le monde fait tout, on fait tout mal » est une caricature qui méconnaît la réalité des compétences des généralistes. Les généralistes ne font pas tout, mais ils assurent une coordination intelligente des soins, orientant les patients vers les spécialistes appropriés lorsque cela est nécessaire. Cette approche réduit les coûts et améliore les résultats pour les patients, comme en témoigne une étude menée aux États-Unis sur cinq millions de patients, où les consultations en soins primaires ont permis d’économiser en moyenne 3 976 dollars par patient​. Vous parlez de complexité, mais cette coordination est justement ce qui rend les soins plus simples et efficaces. Peut-être que si cela semble trop simple, c’est qu’on vous l’a mal expliqué.

5. Un accès direct aux spécialistes sans coordination : un modèle coûteux et inefficace

Ouvrir un accès direct aux spécialistes sans passer par le filtre des généralistes entraînerait une augmentation des coûts et une désorganisation des parcours de soins. Les systèmes qui ont tenté ce modèle ont vu les coûts de santé exploser et la qualité des soins se dégrader, en raison de l’absence de coordination. Les généralistes, en revanche, orientent les patients de manière appropriée, évitant ainsi les consultations redondantes et les examens inutiles​. Par ailleurs, si nous pouvions adresser plus facilement nos patients aux spécialistes sans être freinés par des délais d’attente toujours plus longs, peut-être que cette fausse opposition entre soins primaires et spécialistes disparaîtrait d’elle-même. Le premier et le second recours doivent travailler ensemble, pas en parallèle.

6. La prévention et l’équité, des priorités fondamentales pour les généralistes

Les médecins généralistes ne se contentent pas de traiter les maladies, ils sont les premiers acteurs de la prévention. Les patients suivis par un généraliste sont beaucoup plus susceptibles de bénéficier d’actes de prévention, tels que vaccinations, coloscopies, ou mammographies. Ce rôle préventif est essentiel pour les populations vulnérables, réduisant ainsi les inégalités sociales de santé​.

En conclusion, opposer les médecins généralistes et spécialistes ne sert qu’à affaiblir l’efficacité globale du système de santé. Les généralistes sont le cœur battant de ce système, garantissant une prise en charge globale, cohérente et centrée sur les patients. S’il y a un entonnoir, il réside dans les modèles de soins fragmentés et inefficaces que vous proposez, où la comptabilité l’emporte sur la qualité des soins. Si vous percevez le rôle du généraliste comme un « entonnoir », c’est peut-être parce que vous voyez dans l’approche globale du soin une complexité que vous n’êtes pas prêt à embrasser. Renforcer le rôle des généralistes n’est pas seulement souhaitable, c’est indispensable pour un système de santé équitable, efficace et durable. Mais peut-être que cela aussi on vous l’a mal expliqué…… »

Auteur de l’article

Dr Frédéric Villeneuve

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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