Un service civique médical pour les déserts médicaux

Déserts médicaux : l’idée d’un « service civique médical » qui dérange

Raphaël Lichten | 03 Octobre 2024

Paris – La députée centriste Géraldine Bannier vient de relancer sa proposition de loi visant à lutter contre les déserts médicaux, à travers la création d’un « service civique médical ».

Déjà soumise en 2022, mais jamais examinée par l’Assemblée nationale, la députée MoDem Géraldine Bannier a remis sa proposition sur la table au courant du mois dernier. Son objectif : lutter contre les déserts médicaux.

Un service civique médical obligatoire pendant un an

« La France est certes un désert médical dans son ensemble, mais les chiffres montrent clairement que la pénurie de médecins est inégalement répartie sur le territoire national », écrit la députée dans son exposé des motifs. « Sans vouloir remettre en cause la liberté de choisir leur lieu d’installation tout au long de leur carrière […], une réponse doit toutefois être apportée à un problème qui perdure nonobstant l’augmentation du nombre de professionnels de santé : certains territoires sont moins attractifs que d’autres ».

Géraldine Bannier propose donc que la première année d’exercice des médecins soit impérativement réalisée dans les « zones sous-dotées ». « Cette année, obligatoire, sera renouvelable deux fois, si le jeune médecin en fait la demande. Les loyers seront entièrement pris en charge », précise la députée. À l’expiration de cette année d’installation en zone sous-dotée, le médecin retrouve évidemment la pleine liberté d’installation.

L’objectif, on le comprend, est de lutter contre la problématique liée au fait que les jeunes diplômés « s’installent là où ils ont été formés, près de leur école ou de leurs lieux de stage et dans des localités qu’ils connaissent ». Évidemment, les zones rurales et certains quartiers prioritaires sont davantage délaissés comme on le sait, et sont considérés d’emblée comme moins attractifs.

Les internes seraient informés l’année précédant l’obtention de leur diplôme des postes à pourvoir dans chaque département et pour chaque spécialité. Les premiers étudiants concernés seraient ceux ayant commencé leurs études en 2023.

Une réponse simpliste selon les syndicats

Du côté des syndicats, on dénonce une réponse « mauvaise » et « simpliste », pour reprendre les termes de Bastien Bailleul, président du syndicat d’internes de médecine générale (ISNAR-IMG), interrogé par nos confrères de WhatsUp Doc« En France, nous sommes confrontés à une pénurie globale de médecins, et non à une simple mauvaise répartition géographique », affirme-t-il. « Obliger les jeunes médecins à exercer dans des déserts médicaux pour une période limitée ne ferait que déplacer le problème, sans s’attaquer à ses causes profondes ». 

Bastien Bailleul suggère ainsi plutôt de développer des antennes universitaires partout en France dans le but de recruter et de former davantage d’étudiants provenant de ces territoires — une manière de décentraliser la formation médicale, en dehors des CHU, selon lui. Il estime, enfin, qu’après dix ans d’étude « au service de l’hôpital public », un nouveau diplômé est légitime à choisir son lieu d’installation.

Un service civique médical… volontaire ?

À noter que la députée Géraldine Bannier ne propose pas uniquement un « service civique médical » obligatoire. Elle a déposé, en même temps que la première proposition de loi évoquée plus haut, une seconde proposition parallèle dans laquelle elle suggère cette fois la création d’un service civique médical basé sur le volontariat.

Là encore, l’année de service médical serait renouvelable deux fois si le médecin en fait la demande et les loyers seraient entièrement pris en charge.

Ces deux propositions, relativement similaires, ne répondent cependant pas à un problème de taille soulevé par Bastien Bailleul : le suivi des patients. « Penser qu’un médecin pourrait exercer son métier dans ces conditions, sans désir de s’investir à long terme dans un territoire, est une vision très réductrice » du métier, souligne-t-il.  

La députée a néanmoins conscience de cette limite, affirmant que si cette année de service civique médical n’apportera pas une solution de long terme aux patients, elle leur donnera « pour le moins une solution, une réponse, vraie, accessible, qui manque dans l’immédiat ». 

Voir aussi:

https://environnementsantepolitique.fr/2024/09/28/un-bon-pas-vers-mon-clinicat-assistanat-pour-tous/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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