Le colistier de Trump, J.D. Vance est encore plus inquiétant

L’inquiétante idéologie de J. D. Vance, le binôme de Donald Trump 

Si on s’arrête à la forme, l’idéologie de Donald Trump peut paraître basique, voire grossière. Mais son binôme dans la course à la Maison-Blanche, James David Vance, dévoile quant à lui une pensée bien plus profonde et surtout plus inquiétante, le condensé du rêve américain et d’un anti-humanisme de plus en plus assumé dans la Silicon Valley.

Article Politique

publié le 29/09/2024 Par Jordi Lafon

Jeune, populaire et controversé, le choix de J. D. Vance comme colistier de Donald Trump à l’élection présidentielle n’a rien de consensuel. Il permet néanmoins de mettre en lumière une idéologie qui gagne du terrain au sein de la droite américaine. Et qui pourrait constituer l’avenir des États-Unis en cas de victoire des Républicains aux deux prochaines élections.

Donald Trump n’a devant lui que quatre ans de plus, puisqu’il déjà effectué un premier mandat de 2016 à 2020. Son potentiel vice-président l’a parfaitement en tête et ne se cache pas de préparer la suite ; il le confiait lui-même dans un entretien au long cours accordé à Politico.

Un « penseur », pur produit du rêve américain

Âgé seulement de 40 ans, il est élu pour son premier mandat de représentant politique comme sénateur de l’Ohio aux élections de mi-mandat de 2022. Avant cela, il effectue un parcours presque cliché de self-made man, incarnant le rêve américain. Il gravit ainsi l’échelle sociale : partant d’une famille pauvre de la Rust Belt, parents divorcés et mère accro à l’héroïne, il s’engage dans les Marines puis effectue des études d’abord dans une université moyenne, avant d’accéder à la prestigieuse université de Yale. Il devient avocat puis homme d’affaires (dans la société de capital-risque Mithril Capital fondée par Peter Thiel), pour finalement s’engager en politique.

Le socle de sa pensée et de sa popularité tient en 288 pages d’autobiographie, intitulée « Hillbilly Elegy » et vendue à plus de 3 millions d’exemplaires. « Hillbilly » est un terme dénigrant, que l’on peut traduire par « plouc » et qui était par le passé associé à la musique country. J. D. Vance y revendique donc une ode à cette Amérique blanche et déclassée, et retourne le terme pour en faire l’étendard de son ascension sociale, de sa légitimité et bien sûr, pour s’inscrire en opposition à une idéologie inclusive qui met en avant la défense des minorités.

Plus révélateur encore, il faut voir en lui un pur produit du New-Gilded Age – terme renvoyant au Gilded Age, désignant les dernières décennies du XIXe siècle aux États-Unis. De nombreux analystes et historiens font en effet le parallèle entre la période actuelle et ce Guilded Age, toutes deux caractérisées par des inégalités économiques croissantes et une radicalisation des opinions politiques dans les classes les plus favorisées comme les plus précaires.

Or, Vance fait partie de cette première génération de vétéran post-11 septembre, ce qui l’a conduit à rejeter fortement la politique étrangère américaine, ses guerres prolongées, comme celle en Afghanistan, et sa tendance incontestable à s’impliquer directement dans des changements de régime à l’étranger. Cette critique s’étend à l’ensemble de l’élite américaine.

Provenant d’un milieu plutôt précaire, il appartient désormais à cette classe éduquée, qui s’est montrée capable d’accéder à une position dominante en adoptant les codes de l’élite, tout en ponctuant son discours politique par une dénonciation de cette même élite. S’il est un cas paradoxal, il n’est en rien un cas isolé. Il n’est pas réellement surprenant que Donald Trump voie en lui un digne successeur. Pourtant, leur relation n’a pas démarré du bon pied : Vance l’a durement critiqué au début de son engagement politique, allant jusqu’à le qualifier de « Hitler américain ».

Donald Trump a accepté de laisser derrière lui ce type de déclaration, d’abord parce que Vance a admis ouvertement avoir changé d’avis à son sujet. Cette conversion politique s’explique, selon le mentor de J. D. Vance, par un « constat factuel » effectué par le jeune Républicain : la politique menée par Donald Trump à la Maison Blanche serait « bénéfique pour le pays ». Ainsi, le sénateur de l’Ohio s’est converti à une doctrine plus protectionniste en matière économique, voire isolationniste en matière de relations internationales – deux piliers de la politique de Trump qui résonnent avec le New Gilded Age.

Les différentes déclarations polémiques de Vance sur le droit à l’avortement, l’immigration, l’insécurité, la politique internationale, la démocratie, la dépendance aux psychotropes – qui le poursuivent à présent qu’il occupe une position de premier plan – témoignent également de cette radicalisation des opinions politiques. Seulement, cette radicalisation a cours également dans les classes dominantes de la société américaine, et c’est au service de celles-ci que travaille réellement J. D. Vance.

Un trait d’union entre la classe politique et la Silicon Valley

Quand il s’appuie sur ses origines modestes, le candidat à la vice-présidence de Donald Trump le fait uniquement pour défendre des positions plus répressives envers les plus précaires. L’enjeu du trafic de drogue et de ses effets dévastateurs sur les classes prolétaires américaines constitue pour lui un appui fondamental pour défendre une politique raciste et xénophobe. Sans ménagement, il tient l’immigration comme seule responsable de l’importation de drogue dans le pays – le tout en faisant valoir le fait qu’il a vu sa mère se détruire à l’héroïne pendant des années.

Rassemblement de campagne pro-Trump dans la 1st Summit Arena au Cambria County War Memorial le 30 août 2024 à Johnstown, en Pennsylvanie (Photo by CHIP SOMODEVILLA / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP)

Pour comprendre cela, il est indispensable de relever qui sont les principaux donateurs de la campagne des Républicains. Pour analyser une présidentielle américaine, le dicton « qui paie l’orchestre choisit la partition » est toujours un allié de choix.

En l’occurrence, la symphonie Trump/Vance est largement financée par Elon Musk et Peter Thiel. J. D. Vance est clairement identifié comme un trait d’union entre les magnats de la Silicon Valley et la classe politique américaine. Et dans le sillage de ces magnats se précise de plus en plus clairement une idéologie fascisante…

Un antihumanisme de plus en plus assumé

Musk comme Thiel, ces dernières années, se sont radicalisés dans leur rejet de la défense des minorités, dans leurs déclarations contre la démocratie et l’immigration, que le premier qualifie volontiers de « complot électoraliste des Démocrates ». Plus profondément, leurs entreprises respectives transpirent d’un projet digne de célèbres dystopies de science-fiction à visées impérialistes.

La dimension impérialiste se retrouve particulièrement chez Musk à travers l’idée de colonisation de l’espace (plus précisément de la planète Mars). La vision trans-humaniste est également très présente chez ces deux magnats qui financent des recherches sur l’immortalité et sur l’augmentation des capacités cognitives humaines grâce à des implants de composants électroniques dans le cerveau.

Or, ces deux figures agissent comme un bras financier au service de cette idéologie, et vont chercher les justifications de leurs actions –et au passage de leur enrichissement personnel – chez des théoriciens comme Mark Andressen, auteur du manifeste techno-optimiste, Curtis Yarvin ou encore Nick Land. Eux-mêmes basent leur idéologie en grande partie sur les écrits du futuriste italien Filippo Marinetti, fasciste actif soutien de Mussolini.

Dans cette mouvance néo-fasciste naissante aux États-Unis, on retrouve la dimension suprémaciste blanc à travers la stigmatisation des immigrés et des minorités. Elon Musk, en particulier, dénonce à chaque fois qu’il en a l’occasion les lectures socioéconomiques de la situation de certaines populations qui prennent en compte leurs origines ethniques pour analyser leurs conditions de vies. Il préfère avoir recours à l’individualisme le plus basique, dans lequel chacun est entièrement responsable de son parcours, ce qui sert également son rejet de la recherche d’égalité.

Peter Thiel doute quant à lui de la compatibilité entre démocratie et liberté, une opinion qui n’a rien de surprenant dès lors que l’on sait que cet homme est à la tête de Palantir, soit l’entreprise a mis l’intelligence artificielle au service de la surveillance de masse… La liberté est ici garantie à 100% pour l’élite économique, quand le reste de la population en est entièrement dépourvue.

Et bien sûr, tous deux incarnent parfaitement l’innovation technologique et l’accumulation de capital comme unique conception du « Progrès », ce qui rejoint l’apologie de la vitesse propre aux futuristes du début du XXe siècle. L’un des mantras chez Facebook, dont Peter Thiel a été le premier investisseur extérieur, c’est « avancer vite et tout casser » (« move fast and break things »). Appliquée en politique, une telle devise pourrait façonner le système d’une manière tout à fait inédite…

Photo d’ouverture : Le sénateur américain J.D. Vance prend la parole lors d’un rassemblement à l’entreprise de camionnage Team Hardinger le 28 août 2024 à Erie, en Pennsylvanie (Photo par JEFF SWENSEN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP)

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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