Une amputation du budget de 40% pour nos services postaux dans nos territoires.

Les services postaux dans les territoires vont subir une coupe de 50 millions d’euros

Le contrat de présence postale territoriale finance les 17 000 antennes en France, permettant à La Poste de remplir sa mission de service public. Il est initialement assorti de crédits de 177 millions d’euros par an. Grâce à ce maillage, plus de 97 % de la population se trouve à moins de 5 kilomètres d’un « point de contact » postal. 

Le Monde avec AFP Publié hier à 21h54, modifié hier à 21h https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/09/27/les-services-postaux-dans-les-territoires-vont-subir-une-coupe-de-50-millions-d-euros_6337167_3224.html?lmd_medium=email&lmd_campaign=trf_newsletters_lmfr&lmd_creation=a_la_une&lmd_send_date=20240928&lmd_email_link=a-la-une-autres-titres-lire_titre_9&M_BT=53496897516380

La mission de service public de La Poste va être amputée. Le contrat de présence postale territoriale, qui finance les 17 000 antennes en France, doit être amenuisé de 50 millions d’euros cette année, a annoncé vendredi 27 septembre le PDG du groupe La Poste.

« Il y a cette coupe budgétaire de 50 millions d’euros sur 160 millions qui a été décidée et [dont] nous allons discuter avec l’Etat », a déclaré Philippe Wahl, en marge du congrès de l’Association des maires ruraux de France à Saint-Julien (Côte-d’Or), au cours duquel il a été interpellé par un élu. « Si cette coupe est faite en 2024, elle annonce sans doute une coupe en 2025, cela veut dire qu’on ne pourra plus faire fonctionner des agences postales communales », a-t-il ajouté.

Signé par La Poste, l’Association des maires de France (AMF) et l’Etat pour la période 2023-2025, ce contrat de présence postale territoriale, initialement assorti de crédits de 177 millions d’euros par an, vient compenser les pertes financières liées à la présence de 17 000 « points de contact » postaux (bureaux de poste, agences communales et intercommunales, France Services, etc.) sur la totalité du territoire.

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Un service géré « sous le prisme du profit »

Grâce à ce maillage, plus de 97 % de la population se trouve à moins de 5 kilomètres ou à moins de 20 minutes d’un « point de contact » postal. Mais le coût de la mission d’aménagement du territoire de La Poste progresse plus vite que les ressources qui lui sont allouées pour la financer.

« Dans les communes rurales, il y a énormément d’agences postales communales où La Poste paye une partie du salaire de l’employé communal, donc c’est un vrai drame pour l’avenir de ces points de contact », a souligné Philippe Wahl.

Selon l’AMF, depuis la signature du premier contrat de présence postale en 2008, « plus de 2,4 milliards d’euros ont été investis dans les territoires pour adapter et moderniser la présence postale et accompagner les clientèles les plus vulnérables ». En bénéficient « de manière prioritaire (…) les zones rurales, les zones de montagne, les quartiers prioritaires de la politique de la ville et les territoires d’outre-mer ».

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« La CGT s’élève contre cette annonce qui va clairement à l’encontre des intérêts de la population et des postières et postiers dont l’emploi se trouve menacé », a réagi le syndicat dans un communiqué, appelant « à faire du 1er octobre une grande journée de mobilisation pour le service public ».

« Que ce soit du côté de la direction de La Poste ou de l’Etat (qui reste l’un des deux actionnaires du groupe [avec la Caisse des dépôts]), les missions de services publics sont exclusivement prises sous le prisme des profits », a dénoncé de son côté Sud-PTT. Le syndicat a demandé dans un communiqué « un large débat sur l’avenir du service public postal, dans toutes ses composantes, bancaire, de communication, d’envois de courrier ou de colis, de présence territoriale ».

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Le Monde avec AFP

France Services : la Cour des comptes appelle à renforcer ces guichets de proximité, essentiels à la cohésion des territoires

L’institution estime que ce programme participe à réduire le sentiment d’abandon et les fractures territoriales. Mais il ne pourra être pérennisé qu’à la condition d’une orientation stratégique assortie de moyens financiers et humains plus importants. 

Par Camille Bordenet

Publié le 04 septembre 2024 à 12h00, modifié le 04 septembre 2024 à 13h46 https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/09/04/france-services-la-cour-des-comptes-appelle-a-renforcer-ces-guichets-de-proximite-essentiels-a-la-cohesion-des-territoires_6303878_3224.html

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Un espace France Services, à Ernée (Mayenne), le 16 novembre 2022.
Un espace France Services, à Ernée (Mayenne), le 16 novembre 2022.  LOUISE QUIGNON / HANS LUCAS POUR « LE MONDE »

Les espaces France Services, conçus pour répondre au sentiment de relégation exprimé lors de la crise des « gilets jaunes » dans les territoires confrontés au repli des services publics dans un contexte d’accélération de la digitalisation des démarches, ont-ils tenu la promesse alors formulée par Emmanuel Macron d’offrir à tous les concitoyens « un endroit où trouver réponse à [leurs] démarches de la vie quotidienne » ? Disposent-ils pour ce faire de moyens suffisants et pérennes ? C’est sur ces deux questions que s’est penchée la Cour des comptes dans un rapport évaluatif (2020-2023), rendu public mercredi 4 septembre.

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Désormais au nombre de 2 840 en France (antennes comprises), ces lieux d’accueil de proximité proposent, au sein d’un guichet unique tenu par au moins deux agents polyvalents, une aide pour diverses démarches administratives (impôts, retraite, immatriculation de véhicules, prédemandes de titres…). Soit une sorte de « couteau suisse de services », associant désormais onze partenaires nationaux (France Titres, France Travail, La Poste, Caisse nationale d’allocations familiales, Caisse nationale d’assurance-vieillesse, Mutualité sociale agricole, Agence nationale de l’habitat…). A cette offre minimale, dite « socle », peuvent s’ajouter des partenariats locaux propres à chaque structure.

Piloté par l’Agence nationale de la cohésion des territoires, le dispositif repose sur un réseau de porteurs locaux (collectivités territoriales, La Poste, associations, etc.). Dans le détail, 58 % des usagers ont plus de 55 ans et la majorité d’entre eux sont des femmes (56 %). Les jeunes sont faiblement représentés. Enfin, 82 % des demandes sont traitées sur place.

Maillage renforcé (doublement du nombre de structures), fréquentation accrue (quoique hétérogène selon les espaces), demandes traitées en augmentation continue (1,17 million en 2020, 9 millions fin 2023), écoute et accompagnement personnalisé… La juridiction de la Rue Cambon salue d’abord un programme qui « satisfait une majorité d’usagers »(plus de 90 %) en même temps qu’il « contribue à la cohésion sociale des territoires ».

« Lieux de sociabilité »

Près de 100 % des espaces se situent à moins de trente minutes de transport, conformément à l’engagement présidentiel. Ils sont majoritairement implantés en milieu rural (63 %) – 18 % sont en quartiers prioritaires de la ville. La Cour salue aussi des résultats supérieurs à l’expérience précédente des Maisons de services au public.

« Les usagers trouvent en France Services une relation de services “humanisée et humanisante” », salue la juridiction, ce qui allège « le fardeau administratif », notamment pour les personnes les plus éloignées du numériquePar ailleurs, ces espaces sont perçus par nombre d’usagers « comme des lieux de sociabilité », dépassant les ambitions de départ. France Services « a une influence sur le sentiment individuel d’abandon », estime la Cour, ce qui « participe incontestablement à la réduction des fractures territoriales ».

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En revanche, les conditions d’un fonctionnement pérenne « ne sont pas encore pleinement réunies ». L’institution financière invite à arrêter rapidement un scénario d’orientation stratégique, sans quoi les parties prenantes resteront sans visibilité. Elle propose une voie intermédiaire : « Elargir les capacités d’accueil du réseau, en lien avec ceux des opérateurs, rendant possible un enrichissement raisonné de l’offre de services. »

Le pilotage et la coordination des acteurs doivent également « gagner en efficacité ». Cela concerne les relations entre les conseillers au contact des usagers (le front-office) – ils sont environ 7 000 – et les services des opérateurs, experts sur leurs procédures (le back-office), très variables. La Cour recommande d’« identifier au sein de chaque opérateur des référents métiers en mesure d’être contactés directement par les conseillers France Services et de prendre en charge leurs questions ».

« Sur le plan des ressources humaines, les fonctions des conseillers exigent maîtrise technique, capacité d’initiative et savoir-être, face à des situations parfois complexes, rappelle la juridiction, confirmant ce que Le Monde a constaté lors de reportagesOr, les spécificités de ce métier ne sont pas encore suffisamment valorisées dans les parcours professionnels des conseillers. Leur formation continue nécessite d’être encore ajustée dans l’optique de mieux [les] fidéliser. »

« Saturation de certains espaces »

Les espaces France Services gagneraient aussi à « mieux prendre en compte les spécificités de chaque territoire », en s’appuyant sur les schémas départementaux d’amélioration de l’accessibilité des services au public. Afin d’atteindre les populations les plus éloignées, le programme doit également parfaire sa notoriété, celle-ci reposant surtout sur le bouche-à-oreille. Quant à rendre les usagers plus autonomes sur le numérique, « les conseillers France Services ne peuvent y parvenir sans l’appui des autres acteurs de l’inclusion numérique dans les départements ».

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Le coût total du programme, tous financeurs confondus, est estimé à 350 millions d’euros en 2024 (dont environ 113 millions au titre du budget général de l’Etat pour 2024, représentant moins de 1 % des crédits de paiement de la mission « cohésion des territoires »). « Bien que les financements progressent, la charge financière pèse davantage sur les porteurs locaux que sur l’Etat et ses opérateurs, souligne la Cour. Au surplus, le financement national ne tient pas compte des situations de saturation de certains espaces. »

Elle recommande donc de consolider le budget du programme, mais aussi d’instaurer une subvention forfaitaire supplémentaire (financée par l’Etat et les opérateurs) « pour les espaces ayant une fréquentation supérieure à trois accompagnements par heure et par agent ». Ce d’autant que le ministère de la transformation et de la fonction publiques se fixe l’objectif ambitieux d’augmenter de 25 % leur fréquentation d’ici à la fin 2026 (pour atteindre 1 million d’accompagnements par mois). « A ce jour, cet objectif n’est pas tenable pour les espaces déjà saturés, sans recrutement supplémentaire ou en limitant l’accueil sans rendez-vous », alerte la Cour.

Des recommandations qui interviennent dans un contexte des plus flous en l’absence de gouvernement : l’exécutif envisage de décaler le bouclage du budget pour 2025 et le ministre de l’économie démissionnaire, Bruno Le Maire, vient de prédire un nouveau dérapage des finances publiques.

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Le manque de lisibilité et de moyens des espaces France Services, de même que l’urgence à mieux valoriser le métier des conseillers avaient été évoqués au Monde par plusieurs spécialistes des services publics lors de la campagne des élections législatives anticipées des 30 juin et 7 juillet. Ces derniers rappelaient que le Rassemblement national exploite opportunément le sentiment de déclassement pouvant résulter, notamment, du recul des services publics.

Camille Bordenet

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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