Une mobilisation à la hauteur de l’inquiétude des salariés du centre hospitalier de la côte basque (CHCB)

Hôpital de Bayonne : des centaines de salariés mobilisés à la veille de négociations sur le temps de travail

Bayonne

De Thibault Vincent

Mardi 24 septembre 2024 à 17:30 https://www.francebleu.fr/infos/sante-sciences/hopital-de-bayonne-des-centaines-de-salaries-mobilises-a-la-veille-de-negociations-sur-le-temps-de-travail-9676096?fbclid=IwY2xjawFiTqNleHRuA2FlbQIxMQABHQ5XDI8u-6wXlj1pRRKr1l9iuU6g6Kt8dNfJUKyYgH2YNlaH43URCe2Z7A_aem_WJfS-6DKDuZR_PtovU7wzA

Par France Bleu Pays Ba

Plusieurs centaines de salariés se sont réunis, ce mardi 24 septembre, dans le hall du centre hospitalier de la côte basque à Bayonne. Ils s’inquiètent de la volonté de la direction de réorganiser le temps de travail et les services face au déficit de l’hôpital. Les négociations débutent mercredi.

Rassemblement de centaines de salariés du centre hospitalier de la côte basque (CHCB) à la veille de négociations sur la durée du travail
Rassemblement de centaines de salariés du centre hospitalier de la côte basque (CHCB) à la veille de négociations sur la durée du travail © Radio France – Thibault Vincent

Ils étaient environ 300, ce mardi à la mi-journée, à entourer les représentants syndicaux dans le hall de l’hôpital de Bayonne, rejoints au fur et à mesure des fins de service par d’autres collègues. Une mobilisation à la hauteur de l’inquiétude des salariés du centre hospitalier de la côte basque (CHCB). La direction a récemment annoncé l’ouverture de négociations pour revoir l’accord sur la réduction du temps de travail datant de 2002. Les quatre syndicats représentatifs de l’établissement (CGT, CFDT, FO, Unsa) dénoncent la volonté de l’hôpital, qui accuse un déficit de 18 millions d’euros en 2023, de faire des économies « sur le dos des salariés ». Le directeur, Frédéric Espenel, parle lui d’« assurer l’avenir du CHCB » en le modernisant et d’éviter les suppressions de postes. Il débute les discussions avec les représentants syndicaux ce mercredi après-midi.ⓘ

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« Pas le temps de s’occuper des patients correctement »

La réorganisation du temps de travail concerne environ 3 500 salariés du centre hospitalier à travers ses différents sites, hors médecins et cadres notamment. Beaucoup d’entre eux voient d’un mauvais œil les propositions de la direction sur l’organisation des journées en 7h30, 10h ou 12h, selon les services et le type de patients qu’ils prennent en charge. Pour Maryse, infirmière depuis près de 30 ans au CHCB, la crainte « c’est de ne pas avoir le temps de s’occuper des patients correctement. On fait déjà beaucoup d’heures supplémentaires. » Comme beaucoup de ses collègues, elle trouve absurde la remise en question des temps d’habillage et de déshabillage et du temps de repas, inclus dans le temps de travail : « quand on fait 7h-14h45, on se pose pour manger, quand on peut, à 14h40-14h45. Donc ils veulent nous enlever la pause repas qu’on n’a déjà pas… »

De nombreux salariés de l’hôpital ne veulent pas des changements de temps de travail journalier que souhaite la direction © Radio France – Thibault Vincent

D’autant que la direction souhaite revenir à des journées de 7h30 et non plus de 7h45 et ainsi supprimer 5 jours de RTT sur les 19 que comptent les salariés concernés par ce rythme. Pour Aritz, cuisinier à l’hôpital, c’est tout simplement se tirer une balle dans le pied : « dans l’équipe, on vient tous de la restauration traditionnelle et je ne vais pas vous cacher qu’on est rentrés pour avoir une une vie un peu plus normale (….) si les avantages qu’on a, sont petit à petit amoindris », l’attractivité de l’hôpital va en pâtir. C’est également l’avis de Marie-Pierre Etchebarne, déléguée CGT de l’hôpital : « on remet en cause des conquis qui justement faisaient en sorte d’atténuer certaines conditions de travail qui étaient assez raides pour les agents et qui les satisfaisaient parce que ça leur permettait d’avoir des jours de repos pour couper un peu et d’organiser leur vie privée à côté. » Des RTT qui expliquent, selon elle, l’absence de difficultés qu’a le CHCB à recruter, sauf exceptions.

« Mieux concilier vie professionnelle et personnelle » et réduire les dépenses

Au contraire, du côté de la direction, on affirme que la remise à plat du temps de travail et de l’organisation des services, qui datent de 2002, va permettre de moderniser le fonctionnement de l’hôpital, d’« améliorer la lisibilité des plannings qui aujourd’hui changent beaucoup » et d’attirer les jeunes professionnels « qui attendent de pouvoir mieux concilier la vie professionnelle et la vie personnelle », assure Frédéric Espenel, le directeur du CHCB. Mais, il reconnait que ce n’est pas la principale raison à cette volonté de revoir l’organisation. En 2023, le centre hospitalier de la côte basque a accusé un déficit de 18 millions d’euros sur un peu plus de 400 millions de budget. Selon le directeur, parmi les causes de ce « trou », « l’organisation des services, les modalités d’élaboration des plannings ainsi que l’accord local sur le temps de travail sont effectivement générateurs de dépenses sans doute supérieures à celles qu’on peut connaître dans d’autres établissements qui sont organisés différemment ». L’objectif est donc clairement de gagner en efficacité et de réduire les « dépenses de remplacements », que ce soit les contrats à durée déterminée, les heures supplémentaires ou le recours à l’intérim, qui « ont beaucoup augmenté dans les années précédentes ». La direction souhaite notamment créer des « brigades volantes » internes, non rattachées à un service, qui pourront assurer les remplacements en fonction des besoins.

Les représentants syndicaux ont pris tour à tour la parole dans le hall de l’hôpital avant de tendre le micro aux salariés présents © Radio France – Thibault Vincent

Mais il y a aussi d’autres raisons à l’important déficit : l’inflation et les coûts de l’énergie, les recrutements des dernières années et la hausse des salaires décidée par l’Etat après le Covid, mais pas totalement compensée dans les financements alloués aux établissements hospitaliers. C’est ce qui fait tiquer les syndicats : « on a des coûts qui sont plus importants que les recettes. Le directeur décide, sous la pression de l’Agence régionale de santé, de récupérer l’argent sur le dos des agents qui travaillent auprès des malades ». Frédéric Espenel s’en défend. Il n’y a, selon lui, aucune pression, mais une volonté de respecter la réglementation : « ce n’est pas le cas à certains endroits, la réglementation n’est pas respectée sur le nombre d’heures de travail dans la semaine (48h maximum), sur le nombre de week-end travaillés dans le mois (2 maximum).« 

Le directeur du CHCB assure que rien n’est figé et dit vouloir discuter de façon apaisée avec les syndicats et le personnel service par service. « Je souhaite, par le dialogue et par l’explicitation de tous les enjeux, rassurer les personnels : il n’y a aucune raison, de mon point de vue, d’être inquiet. Je crois que le dialogue nous permettra d’avancer collectivement sur ce sujet ». Ce qui ne l’empêche pas de mettre un petit coup de pression en assurant qu’il n’y a pas de suppressions de postes, contrairement à d’autres établissements en France, et que sa volonté de réorganiser le temps de travail et les plannings « c’est pour éviter d’en arriver là ».

Réaction Christophe Prudhomme:

Alors que nous avons du mal à recruter dans les hôpitaux, le directeur de l’hôpital de Bayonne veut supprimer des jours de RTT. C’est sûr que cela va augmenter l’attractivité et favoriser les embauches ! Assez de ces mesures qui ne sont motivées par la recherche d’économies à tout prix et qui tuent l’hôpital public

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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