Elinzanétant, un médicament non hormonal efficace contre les bouffées de chaleur
Dr Roseline Peluchon | 26 Septembre 2024
https://www.jim.fr/viewarticle/elinzanétant-médicament-non-hormonal-efficace-2024a1000hhn?ecd=wnl_all_240926_jim_daily-doctor_etid6859124&uac=368069PV&impID=6859124&sso=true
Alors que les bouffées de chaleur sont handicapantes pour de nombreuses femmes, deux essais de phase 3 montrent l’efficacité de l’élinzanétant, qui permettrait d’éviter les traitements hormonaux.
Les bouffées de chaleur de la ménopause altèrent lourdement la qualité de vie et peuvent être associés à des problèmes de santé à long terme. Les traitements disponibles actuellement sont hormonaux. Ils nécessitent un certain nombre de précautions et comportent des contre-indications.
La paroxétine a obtenu l’AMM dans certains pays, et d’autres inhibiteurs sélectifs de recapture de la sérotonine et inhibiteurs de recapture de la sérotonine-noradrénaline sont utilisés hors AMM. Récemment, le fézolinétant, antagoniste non hormonal sélectif du récepteur de la neurokinine 3 (NK3), a été approuvé par la Food and Drug Administration (FDA) et par la Commission Européenne, pour le traitement des troubles vaso-moteurs modérés à sévères de la ménopause.
Elinzanétant : agoniste doubles des neurokines 1 et 3
Une autre molécule non hormonale fait l’objet d’une publication récente dans le JAMA. Il s’agit de l’élinzanétant, premier antagoniste double des récepteurs de la neurokinine 1 et 3 (NK-1 et NK-3). L’élinzanétant a été testé au cours de 2 essais randomisés de phase 3 (OASIS 1 et OASIS 2), enrôlant des femmes ménopausées âgées de 40 à 65 ans qui présentaient des symptômes vasomoteurs modérés à sévères.
Les patientes recevaient soit l’élinzanétant à la posologie de 120 mg 1 fois par jour pendant 26 semaines (OASIS 1 : n = 199 ; OASIS 2 : n = 200), soit un placebo (OASIS 1 : n = 197 ; OASIS 2 : n = 200) pendant 12 semaines suivi par l’élinzanétant 120 mg par jour pendant 14 jours.
L’objectif principal des essais était d’évaluer les changements dans la fréquence et la sévérité des troubles vasomoteurs entre le début de l’étude, la semaine 4 et la semaine 12. Les troubles du sommeil et la qualité de vie à 12 semaines étaient également évalués et comparés.
Le traitement est efficace pour la moitié des patientes dès la 4ème semaine
Les résultats sont prometteurs puisqu’une réduction significative des troubles vasomoteurs est constatée dans les deux essais, en termes de fréquence et de sévérité des troubles.
Les effets escomptés apparaissent rapidement car, dès la 4ème semaine de traitement, l’élinzanétant est associé à une réduction de plus de moitié de la fréquence des bouffées de chaleur en comparaison avec le placebo (OASIS 1 : -55,9 % pour le groupe sous traitement vs -31,4 % pour le groupe placebo ; OASIS 2 -57,9 % vs -35,7 % respectivement). Le résultat se confirme après 12 semaines de traitement (OASIS 1 : -65,2 % vs -42,2 % ; OASIS 2 -67,0 % vs -45,9 %).
La sévérité des bouffées de chaleur est elle aussi réduite après 4 et 12 semaines de traitement, dans les deux essais, en comparaison avec le placebo. Les troubles du sommeil sont également améliorés, ainsi que la qualité de vie en lien avec la ménopause. Enfin le profil de sécurité d’emploi est favorable. Les effets indésirables les plus souvent signalés sont les céphalées et la fatigue.
En ce qui concerne son mécanisme d’action, l’élinzanétant pourrait moduler un groupe de neurones sensibles aux œstrogènes dans l’hypothalamus (les neurones KNDy). Avec la diminution du taux d’œstrogènes, ces derniers deviennent hypertrophiques et entrainent une hyperactivation du système thermorégulateur, perturbant les mécanismes de régulation de la chaleur corporelle.
References
Pinkerton JV, Simon JA, Joffe H, et al. Elinzanetant for the Treatment of Vasomotor Symptoms Associated With Menopause: OASIS 1 and 2 Randomized Clinical Trials. JAMA. 2024 Aug 22:e2414618. doi: 10.1001/jama.2024.14618.