Article du 25/09/24 Le Maine Libre – Ouest France https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/le-mans-72000/soins-psychiatriques-en-sarthe-epingle-par-la-haute-autorite-de-sante-lepsm-va-devoir-reagir-74e66250-7734-11ef-baa4-02fdc42b3515
Soins psychiatriques en Sarthe : épinglé par la Haute Autorité de Santé, l’EPSM va devoir réagir
« C’est partout pareil », osent dire certain·es de mes consoeurs et confrères psychiatres. C’est-partout-pareil disent ceux envoyés par notre ministère pour aider les établissements psychiatriques en difficulté.
C’EST-PARTOUT-PAREIL alors il va falloir
Audité, l’établissement public de santé mentale de la Sarthe n’a pas obtenu de bons résultats. Il va devoir revoir ses pratiques alors que la direction comme le personnel dénoncent le manque de moyens nécessaires pour améliorer les conditions d’accueil des patients.
Tous les quatre ans, la Haute autorité de santé (HAS) confie à des experts-visiteurs l’évaluation externe des établissements de santé publics et privés aboutissant à la certification, ou non, de ceux-ci.
Le 15 mai 2024 dernier, la HAS n’a pas reconduit la certification de l’établissement public de santé mentale de la Sarthe (EPSM) à la suite de son audit. Elle lui a attribué la note la plus basse (D), comme l’ont révélé nos confrères de Ouest France. Lors de la précédente évaluation, celle-ci s’élevait à B.
Cette fois, la HAS pointe du doigt plusieurs défaillances. Elle reproche notamment des pratiques de soins ne garantissant pas toujours le respect de la dignité du patient et de la confidentialité comme « l’absence de dispositif d’appel en cas de contention , le port de pyjama à l’admission dans une unité ainsi que sa prescription dans d’autres » et le « tutoiement des patients« . Le rapport déplore également « l’administration des médicaments en salle à manger dans la quasi-totalité des unités d’hospitalisation complète » quand une administration individuelle en chambre ou en de soins est attendue. Ou encore la fermeture « de la quasi-totalitédes unités d’hospitalisation complètes »empêchant les « patients en soins libres d’aller et venir comme le permet leur statut« .
Pas assez nombreux
Un rapport »désastreux qui n’est pas en notre faveur« , convient Frédéric David, infirmier et secrétaire général CGT. « mais il faut bien comprendre que le manque de personnel forcément un impact sur la qualité des soins. Tout n’est pas de la faute des soignants qui font des efforts pour que cet établissement tienne debout. On n’a pas les moyens de prodiguer des soins comme l’exigerait notre métier car nous ne sommes pas assez nombreux. On partage les responsabilités avec le gouvernement« .
Nouvelle expertise dans 2 ans
L’EPSM a moins de deux ans pour rectifier le tir et améliorer la qualité de ses pratiques. « On a tous une part à prendre dans cet effort collectif » insiste Céline L’aérais directrice de l’EPSM. Concrètement, elle va devoir réfléchir à comment accompagner les soignants, ceux-ci vont quant à eux devoir améliorer certaines de leurs pratiques, ce qui a déjà commencé. Des solutions ont été trouvées pour la prise en charge médicamenteuse, et « une unité de 10 lits de psychiatrie aiguë sécurisée » ouvrira prochainement « pour prendre en charge les patients très en crise ». Cette ouverture va « pacifier les autres unités, qui pourront rester ouvertes. Les patients pourront alors circuler librement« .
« Il va falloir corriger une grande partie de nos pratiques, oui, mais c’est difficile de rester optimistes, de motiver les médecins et les soignants quand on est en sous-effectifs et qu’un rapport comme celui-ci nous tombe dessus. Parce que l’on parle de l’EPSM mais c’est dans toute la région qu’on est à l’os en psychiatrie. Non seulement la situation ne s’améliore pas dans la Sarthe mais elle se dégrade chez nos voisins, à qui nous envoyons des patients faute de lits ici ».
Sur les 70 postes de psychiatres ouverts à l’EPSM de la Sarthe, seuls 25 sont pourvus, rappelle Céline Lagrais. « C’est plus difficile de porter les bonnes pratiques qualité dans les services quand il n’y a plus de médecins », reconnait-elle. Mais pour attirer de nouveaux praticiens, il faut être attractifs, et cela passe, aussi par la certification. « On a douze mois devant nous et l’obligation de réussir ».
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Réaction d’une psychiatre:
évaluer
expertiser
se réorganiser
mutualiser
excelliser
rationaliser
camemberiser
innover
sacrifier (la qualité des soins)
communiquer
beaucoup communiquer
surtout communiquer
« C’est partout pareil » nous dit-on avec une pointe surjouée d’empathie alors il va falloir
se taire
ne pas parler aux médias
ne pas parler aux associations d’usagers
ne pas chouiner
ne pas faire sa diva
encaisser
(la fatigue, la lassitude, la honte, la culpabilité)
faire du TTA
travailler en lendemain d’astreinte avec deux heures de sommeil
se taire
surtout : se taire
ne rien dire
rien dénoncer
rien revendiquer
rien contester
rien défendre
rien expliquer
rien politiser
casser les collectifs qui proposent un autrement, les bâillonner, les terroriser par l’exemple
Je viens de changer d’établissement et de région. Je raconterai sans doute tout cela un jour mais en attendant SPOILER : ce n’est pas partout pareil. Il n’y a pas partout quasiment deux tiers de postes de psychiatres vacants. Il n’y a pas partout un tiers de la population sans médecin traitant. Il n’y a pas partout une seule clinique psy pour tout un département.
Là, c’est en Sarthe. Mais, si c’est loin d’être-partout-pareil, beaucoup d’établissements psychiatriques traversent les mêmes difficultés. Parce que c’est d’abord une question politique. Re-spoiler et ce sera le dernier : ériger la santé mentale en « grande cause nationale » fait bien ricaner les professionnels de la psychiatrie qui ne peuvent qu’écouter d’une oreille distraite ces déclarations d’intention aussi vides que ces milliers de chambres d’hôpital fermées par la volonté politique des trente dernières années.
Geneviève Hénault psychiatre
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