Près d’un médecin libéral sur quatre envisage d’arrêter les visites à domicile
Raphaël Lichten| 23 Septembre 2024
Paris – La section « médecins libéraux » de l’Union régionale des professionnels de santé (URPS) d’Île-de-France a mené une enquête auprès de médecins généralistes et gériatres libéraux franciliens sur leur pratique de la visite à domicile.
La visite à domicile (VAD) a-t-elle encore un avenir ? Les résultats de l’enquête menée par l’URPS IDF révèlent des chiffres préoccupants sur le sujet.
Trois médecins sur quatre ne peuvent plus suivre de nouveaux patients à domicile
On constate tout d’abord que la visite à domicile reste ancrée dans les pratiques : 72 % des répondants ont déclaré faire des visites à domicile régulièrement. Ils suivent en moyenne 32 patients à domicile. En revanche, seuls 23 % d’entre eux déclarent être en situation de pouvoir suivre de nouveaux patients à domicile.
Dans 68 % des cas, les médecins réalisent entre une à cinq visites hebdomadaires pour des patients le plus souvent âgés de plus de 80 ans. La grande majorité des VAD se fait au domicile du patient ou bien en EHPAD, et ces visites sont réalisées la plupart du temps pendant l’heure du déjeuner (entre 12 h et 14 h). null
La distance et le temps de trajet sont d’ailleurs loin d’être anecdotiques : la distance moyenne entre le cabinet et le domicile du patient est de 4,6 km pour un temps de déplacement moyen de 30 min. Les consultations, elles, durent 45 minutes en moyenne. « Les déplacements se font majoritairement en voiture (pour 65 % des médecins), mais aussi à pied pour 20 % et à vélo pour 12 % », souligne l’URPS.
Les patients chroniques sont vus en général une fois par trimestre (72 % des répondants) ou tous les mois (14 % des répondants). En parallèle, les visites pour un patient en dehors de leur patientèle sont particulièrement rares (7 %), et les médecins acceptant de répondre à une demande de visite régulée par le 15 le sont encore plus (3,4 %) !
D’ailleurs, à défaut de pouvoir rendre visite à leurs patients, les médecins les redirigent le plus souvent vers des associations de visite à domicile (39 % des cas), vers le centre 15 (37 %) ou vers les urgences (15 %).
Les répondants sont toutefois unanimes concernant la VAD : 92 % des répondants estiment que les visites à domicile peuvent permettre le maintien à domicile des personnes âgées ou des personnes dépendantes et 91 % considèrent qu’elles peuvent éviter des recours aux urgences.
Près de 40 % des médecins envisageant d’arrêter les visites
Statistique plus préoccupante : 37 % des médecins traitants installés en cabinet envisagent d’arrêter de faire des visites à domicile dans un avenir proche.
Les difficultés évoquées sont le manque de valorisation de cette pratique et les difficultés de circulation et de stationnement. La rémunération est aussi un facteur à prendre en compte, puisque 96 % des répondants considèrent que la visite à domicile n’est pas correctement rémunérée.
Concernant les médecins qui exercent en association de visite (SOS médecins par exemple), la visite à domicile constitue leur principale activité, et elle est même exclusive pour la moitié d’entre eux. Ainsi, 34 % en font plus de 50 par semaine et 42 % entre 20 et 50. La pédiatrie est d’ailleurs le premier motif de recours.
Ces médecins sont bien souvent le seul recours libéral effectif durant la nuit, puisqu’ils sont les seuls à réaliser des VAD dans le cadre des permanences à la demande du centre 15 entre 20 h et 8 h du matin et le weekend. «Ils interviennent aussi sur demande du centre 15 en journée dans certains départements, ce qui selon leur expérience et celle des médecins régulateurs du centre 15 évite un grand nombre de recours aux urgences», ajoute l’union régionale de médecins libéraux.
Néanmoins, 35 % des médecins exerçant en association de visite déclarent vouloir arrêter de faire des visites dans un avenir proche.
De fait, la prise en charge des patients en centre de soins non programmés et les téléconsultations prennent le relais, au détriment de la VAD qui pourrait même «disparaitre à terme, dans un contexte de vieillissement des médecins, d’insécurité et de dévalorisation de l’exercice de la visite», estime l’URPS.
Pour cette dernière, les VAD devraient justement être encouragées, notamment financièrement, en particulier parce qu’elles permettent de limiter le recours aux services d’urgences et certaines hospitalisations.
L’URPS Médecins libéraux IDF recommande donc de revaloriser les tarifs des VAD, de faciliter les déplacements des médecins. Cette recommandation va dans le sens des appels répétés de nombreuses structures, SOS Médecins en tête.