Médecin généraliste remplaçant et athlète paralympique, un parcours compliqué

Double médaillée des Jeux Paralympiques : Marie Patouillet, médecin, championne et militante

Jean-Bernard GervaisAUTEURS ET DÉCLARATIONS 

9 septembre 2024

PARIS – La Dre Marie Patouillet, cycliste paralympique sur piste et sur route, a participé à sa dernière compétition, remportant une médaille d’or et une médaille d’argent aux Jeux paralympiques de Paris. Elle souhaite désormais se consacrer à temps plein à sa vocation de médecin généraliste. 

Médecin généraliste remplaçant dans le 14earrondissement

« On m’a beaucoup plus parlé de ma coupe de cheveux que du fait que j’ai été championne olympique sur route en 2022 », avait déclaré avec ironie la Dre Marie Patouillet en 2023 à nos confrères de Brut.

Et pour cause : comme pour revendiquer son homosexualité, Marie Patouillet, 36 ans, médecin généraliste remplaçant dans le 14e arrondissement et cycliste paralympique sur piste et sur route, avait teint le drapeau arc-en-ciel sur ses cheveux, signe de ralliement de la communauté LGBTQUIA+.

Alors qu’elle n’a commencé le cyclisme de compétition qu’en 2018 – à peu près en même temps qu’elle achevait ses études de médecine – elle a tout de même réussi l’exploit de décrocher la médaille d’argent du contre-la-montre 500 mètres en cyclisme sur piste le 29 août aux Jeux paralympiques de Paris 2024. Elle a aussi battu sa compatriote Heidi Gaugain en finale de la poursuite individuelle 3 000 mètres C5 de para cyclisme sur piste dimanche, décrochant la médaille d’or.

Marie Patouillet concourt dans la catégorie C5 qui correspond aux athlètes atteints d’une « amputation ou atteinte unilatérale de membre supérieur ». « Les cyclistes paralympiques sont classés dans des catégories qui vont de C1, les atteintes les plus sévères, à C5 qui correspond aux handicaps les plus légers », précise-t-elle.

Malformation du pied gauche

Née avec une malformation du pied gauche, elle s’est lancée dans le cyclisme lorsqu’elle a appris qu’elle ne pourrait plus courir, en 2017. « J’avais le choix entre le cyclisme et la natation, j’ai préféré le cyclisme car c’est un sport d’extérieur, donc c’est plus sympa », a confié Marie Patouillet à Brut. La vocation de médecin est venue tout naturellement, du fait de son handicap. « Je suis née avec une agénésie partielle au niveau du pied gauche et une inégalité de longueur du membre inférieur gauche. C’est une malformation de l’ensemble de la jambe qui nécessite un suivi orthopédique. Pendant toute mon enfance et jusqu’à l’âge adulte, j’ai été suivie par le même chirurgien orthopédique. Je lui faisais confiance, il répondait à toutes mes questions, il était un exemple. C’est lui qui m’a donné envie de faire médecine », avait déclaré Marie Patouillet, au Journal du conseil de l’Ordre des médecins.

Médecin remplaçant

Entrée à 18 ans à l’école du service de santé des armées de Bordeaux, puis devenue médecin militaire et capitaine de l’armée française après dix ans sous les drapeaux, Marie Patouillet est revenue à la médecine de ville après la détérioration de son état physique. Toutefois, elle n’exerce sa profession de médecin qu’en tant que remplaçant, tant il est vrai qu’il est difficile de mener de front le métier de médecin et celui d’athlète de haut niveau : « Pour le moment, j’ai plutôt la casquette de sportive de haut niveau car le vélo demande beaucoup d’entraînement, entre 20 et 25 heures par semaine », déclarait-elle au journal du conseil de l’Ordre.

Arrêter la compétition

Mais il semble bien que la passion de la médecine soit en train de prendre le dessus. Ces jeux paralympiques seront les derniers, et la course sur route du 6 septembre dernier, où Marie Patouillet a fini cinquième, est sa dernière compétition.

« J’ai décidé d’arrêter après les Jeux paralympiques de Paris. J’ai 36 ans et j’ai envie de prendre soin de mon corps, d’arrêter de le pousser dans ses limites. J’ai aussi hâte de renouer avec mon activité de médecin généraliste. Mettre mon métier de côté a été l’un des gros sacrifices auxquels j’ai consenti pour le sport de haut niveau. J’arrive à un moment où la balance va commencer à être déséquilibrée », a-t-elle confié au quotidien Ouest France.

Pas sûr pour autant que la Dre Patouillet, qui rêve d’une installation en cabinet, laisse tomber le militantisme, contre l’homophobie, et contre le sexisme dans le sport. « Je me souviens que l’on m’avait dit que si j’en avais marre du sexisme dans le sport, je n’avais qu’à pratiquer un sport de filles. Ça veut tout dire : il y aurait des sports pour les hommes et des sports pour les femmes », ironise-t-elle, auprès de Brut.

Quoi qu’il en soit, la future médecin généraliste en cabinet pourra au moins accrocher dans sa salle d’attente ses deux médailles de bronze des jeux paralympiques de Tokyo, sa médaille d’argent des Jeux de Paris et son titre de champion du monde sur route en 2022, pour se rappeler sa carrière d’athlète de haut niveau.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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