La menace représentée par les bactéries résistantes «ne fera qu’augmenter avec le vieillissement des populations»,

D’ici 2050, 39 millions de personnes mourront d’une bactérie résistante aux antibiotiques » 

Date de publication : 17 septembre 2024

Le Figaro

« C’est le terrible calcul effectué par une équipe internationale pilotée par des chercheurs des universités d’Oxford et de Washington, auquel s’ajoutent 169 millions de décès associés à ces mêmes bactéries », révèle Soline Roy dans Le Figaro.
« Une menace grandissante sur la santé mondiale, que l’«inventeur» des antibiotiques, Alexander Fleming, avait prévu dès sa découverte de la pénicilline », note la journaliste. « Car elle est constitutive de ces produits bien particuliers que sont les anti-infectieux » : «Quand vous prescrivez un médicament classique, la cible, c’est le patient. Avec les antibiotiques, la cible est un organisme vivant qui se multiplie très rapidement et peut s’adapter», explique le Pr Marie-Cécile Ploy, responsable du service de Bactériologie-Virologie-Hygiène au CHU de Limoges.
« Pour la revue The Lancet , les auteurs ont compilé de très nombreuses données (de mortalité, hospitalières et microbiologiques, ventes pharmaceutiques, déclaration aux assurances…). Au total, 520 millions de cas qui leur ont permis de modéliser les dégâts de l’antibiorésistance sur le monde, et de prédire l’ampleur du phénomène jusqu’en 2050 », détaille Le Figaro.
« Ils estiment que pour la seule année 2021, 1,14 million de personnes sont mortes à cause d’une bactérie résistante, un chiffre qui monte à 4,71 millions si l’on y ajoute les cas où ce type d’infection était présente, sans être directement la cause du décès ; en 2050, ces chiffres monteront à respectivement 1,91 et 8,22 et millions de morts chaque année », rapporte le journal.
« Les auteurs observent également une inversion des tendances depuis 1990 : le nombre de décès chez les moins de 5 ans a diminué de moitié, et continuera à le faire dans les années à venir ; tandis que chez les plus de 70 ans il a augmenté de plus de 80% », souligne-t-il.
La menace représentée par les bactéries résistantes «ne fera qu’augmenter avec le vieillissement des populations», insiste le Dr Kevin Ikuta, de l’université de Californie à Los Angeles, coauteur de l’étude.


« Mais des améliorations sont possibles. Les auteurs estiment ainsi qu’un meilleur accès à l’hygiène, aux soins et aux antibiotiques permettrait de sauver 92 millions de vies d’ici 2050. Les progrès à réaliser sont immenses dans les pays en voie de développement pour l’accès à l’eau, à l’assainissement ou à la vaccination », reprend Soline Roy.
Mais «l’accès aux antibiotiques est aussi un problème en Europe, car il y a régulièrement des ruptures d’approvisionnement », souligne le Pr Marie-Cécile Ploy. « Quand un antibiotique n’est pas disponible, les médecins doivent recourir à un autre qui n’est pas toujours le mieux adapté et qui peut avoir un impact plus important sur le risque de développement de résistances », ajoute-t-elle.


« Des progrès doivent aussi être réalisés pour un bon usage des antibiotiques. En 2023, Santé publique France indiquait pourtant que les prescriptions et délivrances avaient cessé de diminuer dans le pays, avec une hausse de l’utilisation des antibiotiques à large spectre (non spécifiques à une catégorie restreinte de pathogènes), ou de dernier recours (normalement réservés aux patients chez qui les produits plus courants n’ont pas été efficaces) », fait savoir Le Figaro.


C’est alimenter «la “spirale vicieuse” de la résistance», s’inquiétait alors le Pr Jean-Christophe Lucet, ancien patron de l’équipe de prévention du risque infectieux à l’hôpital Bichat (AP-HP). « Quelque 125.000 infections à bactéries multirésistantes surviendraient chaque année en France, faisant quelque 5500 victimes, selon l’agence de santé publique en 2015 », précise l’article.
« La recherche doit aussi s’atteler à trouver de nouvelles molécules. Les auteurs du Lancet ont calculé que plus de 11 millions de décès pourraient être évités grâce au développement de produits ciblant des bactéries dites « à Gram négatif » (celles qui posent le plus de problèmes de résistance car leur membrane externe, peu perméable, laisse difficilement pénétrer les médicaments, et qu’elles échangent facilement des gènes de résistance) », indique Soline Roy.


« Mais le modèle économique du médicament est mal adapté à cette classe de produits », souligne la journaliste. «Quand on a un nouvel antibiotique, on veut qu’il soit utilisé le moins possible pour conserver son efficacité et éviter que des résistances apparaissent trop rapidement », explique Marie-Cécile Ploy. « Les laboratoires pharmaceutiques ont donc peu de retour sur investissement assuré. De nouveaux modèles économiques ont été proposés, qui permettent aux industriels un revenu garanti indépendant du volume de vente», révèle la spécialiste.
« Le développement d’alternatives comme les phages, des virus dirigés spécifiquement contre les bactéries, est aussi porteur d’espoirs », fait savoir Le Figaro. «C’est une piste à laquelle on s’intéresse beaucoup plus qu’il y a dix ans», concède Marie-Cécile Ploy.


« D’autres pistes sont explorées : immunothérapie (avec des anticorps modifiés en laboratoire qui ciblent des facteurs de virulence de la bactérie), peptides issus de toxines bactériennes, produits protégeant la flore intestinale du risque de développement de résistance, chimiothérapies contrant les capacités de mutation des pathogènes… », développe l’article
« Conscients de la menace, les États tentent de se mettre en ordre de bataille. La France vient de publier sa feuille de route interministérielle pour les dix ans à venir, après avoir confié à l’Inserm en 2020 la mise en musique d’un programme prioritaire de recherche », indique Soline Roy.
« Mais il faudra réussir à faire dialoguer les très nombreuses équipes travaillant sur le sujet en santé humaine, animale ou environnementale », note la journaliste. « C’est tout l’enjeu du programme Promise, piloté par le Pr Marie-Cécile Ploy », révèle-t-elle.


«Nous créons une communauté autour de la résistance aux antibiotiques. (…) Par exemple, nous avons généré une plateforme réunissant des données sur les bactéries résistantes chez l’homme, l’animal, et dans l’environnement. Cela n’existait pas auparavant, et il était très difficile pour un chercheur de combiner ces données. Les pathogènes sont pourtant les mêmes et circulent d’un monde à l’autre!», explique la spécialiste.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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