« Si on ne fait rien, il n’y aura bientôt plus de médecins ici » : la crainte des généralistes à Marseille
Mardi 17 septembre 2024
n mois après l’agression d’une médecin généraliste dans les quartiers Nord de Marseille, ses confrères sont inquiets. Si la soignante rouée de coups préfère se reposer pour l’instant, les généralistes marseillais font en sorte de médiatiser l’affaire pour réveiller les consciences.
Avec
- Victor Dhollande Journaliste
Direction le centre médical, dans le quartier de la Viste, à Marseille, ouvert en 2022 par le Docteur Saïd Ouichou. C’est dans ses locaux que la jeune généraliste, Sara Hambli, en poste depuis quelques mois seulement, a été agressée le 12 août dernier. Dans l’immense majorité des cabinets médicaux, partout en France, les patients sonnent et entrent directement sans contrôle. Ici, ce n’est pas le cas. « On sonne d’abord« , explique le médecin généraliste Saïd Ouichou. « Ensuite, s’ouvre un contrôle de caméra. Quand il y a du monde, j’ouvre systématiquement. Si je suis tout seul ou s’il est tard, je regarde toujours avant d’ouvrir la porte« . Il faut dire que les agressions contre les médecins se sont multipliées ces dernières années en France. 1.244 incidents et violences ont été recensés par l’Observatoire de la sécurité des médecins en 2022, soit une augmentation de 23% en un an.
Ici, dans les quartiers Nord, tout le monde connaît le docteur Ouichou. 18 ans de service dans les quartiers Nord de Marseille. Et toujours la même volonté, à 62 ans, de servir la population. « Peut-être que je risque d’être agressé, peut-être que je risque d’être violenté, mais je n’ai pas peur« , affirme-t-il. « Je viens soigner des gens qui en ont besoin et ça, on ne me l’enlèvera pas« .
La démographie médicale au plus bas dans les quartiers Nord de Marseille
Lui-même a pourtant déjà été agressé à plusieurs reprises. Ces cinq dernières années, dit-il, Saïd Ouichou a senti la violence monter contre les médecins. « J’ai eu récemment en consultation une vieille personne qui me disait : ‘À l’époque, on avait le médecin, l’instituteur et le maire dans les villages. C’était les trois piliers des villages. Et tout le monde les respectait’. Aujourd’hui, des trois, aucun n’est respecté« .
Il y a deux fois moins de médecins dans les quartiers Nord, à Marseille, que dans le reste de la France. À peine 65 généralistes pour 100.000 habitants. Et cette insécurité pousse des soignants à partir. Chaque mois ou presque, le Docteur Ouichou apprend qu’un confrère est sur le départ. Et la jeune génération ne se bouscule pas pour venir. « Les gens ne veulent pas venir ici« , se désespère-t-il. « Les jeunes ne viennent pas et dès que quelqu’un part à la retraite, il n’est pas remplacé. J’ai eu plus d’une dizaine de remplaçants, il n’y a aucun qui a voulu resté. Il faut faire quelque chose sinon il y aura plus de médecins ici« .
« Il faut sensibiliser, éduquer la population »
Dans sa salle d’attente, les patients sont très inquiets de cette situation, à l’image de Mohamed, 11 ans. Il est en cinquième, mais il a déjà le sentiment d’abandon de la part des pouvoirs publics. « Ces agressions ont lieu parce que les quartiers Nord ont été délaissés. On devrait davantage sensibiliser la population autour de ces agressions. Si on ne nous éduque pas nous, les futurs grands, on va finir comme la dame, ou pire, comme ses agresseurs« .