Commission européenne : von der Leyen obtient l’exfiltration de Breton, avec l’aval de Macron
Thierry Breton a annoncé lundi son retrait de la Commission, sur fond de vives tensions avec la présidente Ursula von der Leyen. Il avait été reconduit fin juin par Emmanuel Macron, qui a fini par le lâcher à la fin de l’été. La désignation de Stéphane Séjourné pour le remplacer va braquer un peu plus les partisans de la parité au sein du futur exécutif.
Ludovic Lamant et Ilyes Ramdani
LorsLors de la mise en place de la précédente Commission, il y a cinq ans, le parcours avait déjà été chaotique pour la France : le Parlement européen avait humilié Emmanuel Macron en évinçant Sylvie Goulard, la candidate de Paris au poste de commissaire européenne. C’était une première : jamais un·e candidat·e avancé·e par Paris n’avait jusqu’alors été désavoué·e. La France, tournée en ridicule, avait dû dégainer un autre nom, celui de l’ancien ministre Thierry Breton.
Cette année, les évaluations du Parlement européen n’ont pas encore commencé, mais rien ne dit que Paris va faire mieux qu’en 2019. Le même Thierry Breton, censé rempiler pour un second mandat au sein de l’exécutif européen, a annoncé lundi 16 septembre, à la veille de la présentation officielle du nouvel organigramme, qu’il jetait l’éponge. Selon Politico, il devait pourtant décrocher l’une des vice-présidences exécutives, à « l’industrie et l’autonomie stratégique ».
Dans son communiqué, Thierry Breton s’en prend sans détour à la présidente Ursula von der Leyen : il affirme que celle-ci aurait fait du lobbying à Paris pour que la France propose un autre candidat que Breton, en échange d’un portefeuille plus attractif. Il met en cause une « gouvernance discutable » de l’ancienne ministre de la défense allemande. Les relations étaient exécrables entre Breton et von der Leyen depuis au moins un an. Le Français reprochait notamment à l’Allemande une gestion trop autoritaire, qui ne prenait pas en compte l’avis de son collège de commissaires.
Au moment de la désignation de von der Leyen, en mars, comme candidate officielle de la droite européenne (PPE) pour présider de nouveau la Commission, Thierry Breton avait ainsi relevé, dans un message posté sur le réseau social X, l’étroitesse du soutien dont bénéficiait la candidate sortante, assurant, un peu abusivement, qu’elle avait été « mise en minorité par son propre parti » lors de ce congrès. Et de lancer, en signe de défi : « Le PPE lui-même ne semble pas croire en sa candidate. » À l’époque, Breton s’imaginait sans doute en nouveau président de l’exécutif à la place de von der Leyen – même si sa famille politique libérale (Renew) est en repli dans les urnes presque partout sur le continent.
Feu vert d’Emmanuel Macron
À Bruxelles, la rivalité entre von der Leyen et Breton est connue de longue date, et documentée. Mais cela n’avait pas empêché Emmanuel Macron de se précipiter, en annonçant au Monde, en marge d’un sommet européen à Bruxelles fin juin, que Breton serait de nouveau le candidat français. À l’époque, dans un contexte de législatives anticipées qu’il avait lui-même déclenchées, le président de la République voulait aller vite, pour couper l’herbe sous le pied à Jordan Bardella. L’eurodéputé RN avait en effet prévenu : s’il devenait chef du gouvernement, c’est à lui que reviendrait la responsabilité de nommer un·e candidat·e au poste de commissaire français·e.
Pour éviter ce scénario, Macron s’était donc précipité, quitte à confisquer tout débat sur le profil du futur commissaire français – alors que certains États membres en passent par des votes de leur Parlement respectif pour désigner ces candidat·es. Quitte, aussi, à ignorer les tensions bien connues entre Breton et von der Leyen.
Après la défection de Breton poussé vers la sortie, l’Élysée a désigné Stéphane Séjourné comme candidat. Le ministre sortant des affaires étrangères n’aura pas eu le temps de siéger sur les bancs de l’Assemblée nationale, après son élection en juillet comme député d’une circonscription très favorable des Hauts-de-Seine. Il est propulsé à Bruxelles – où il a travaillé comme eurodéputé de mai 2019 à janvier 2024 – sur décision expresse d’Emmanuel Macron. « Pour lui, ce n’est pas un détail d’avoir quelqu’un de si proche à la Commission, justifie un membre du gouvernement au fait des échanges. Il l’a nommé en grande partie pour cela. »
L’Élysée n’a pas bataillé pour maintenir Thierry Breton en poste. Dans l’exécutif, on se félicite d’une « victoire incontestable » pour Paris, qui hériterait en échange de cette concession d’un portefeuille « très ambitieux » et « dimensionnant », dixit un ministre. À Matignon non plus, Michel Barnier n’a pas déployé d’efforts surhumains pour sauver la peau de son ancien collègue du gouvernement Raffarin. « Il a été consulté », se contente de relever son entourage, soulignant qu’il s’agissait d’une « décision présidentielle ». Le départ de Stéphane Séjourné à Bruxelles met en tout cas fin à l’hypothèse de sa reconduction au Quai d’Orsay, que soutenait l’Élysée mais qui ne suscitait qu’un faible enthousiasme du chef du gouvernement.
La parité mise à mal
Ursula von der Leyen était d’autant plus désireuse de remplacer Breton pour son second mandat qu’elle espère toujours tenir sa promesse, formulée le 17 juillet à Strasbourg, d’une Commission paritaire. De ce point de vue, la désignation de Stéphane Séjourné a des allures de provocation. À ce stade, avant les auditions au Parlement, l’équipe compte 17 hommes et 10 femmes.
Sur le fond, c’est tout l’argumentaire des macronistes qui s’écroule. À l’instar de Valérie Hayer sur France Info le 7 septembre, ils et elles exigeaient une commission paritaire – « Le collège des commissaires doit être le reflet de la société, il doit être paritaire ou toucher à la parité », a-t-elle dit –, tout en reconnaissant que le cas des commissaires sortants, dont Thierry Breton, était différent. En clair, tous les États membres auraient dû envoyer deux noms, un homme et une femme, pour qu’Ursula von der Leyen compose son équipe à sa guise, sauf quand ils voulaient reconduire le commissaire sortant.
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Mais la nomination au pied levé de Séjourné, qui a un temps présidé le groupe libéral au Parlement européen, prouve à quel point l’exigence d’un exécutif paritaire importe peu à Paris. Ce qui fait dire à l’eurodéputée LFI Manon Aubry sur X : « Macron envoie son clone à la Commission sans consulter personne et au mépris du vote des Français […]. Avec par ailleurs le choix comme toujours d’un homme : pourquoi s’embêter avec la parité. Vieux monde. »
L’eurodéputée écologiste Marie Toussaint s’est exprimée tout aussi sévèrement. « Les choses sont claires : Emmanuel Macron n’en a que faire du recul historique européen sur la parité. Soit », a-t-elle écrit sur X.
L’attitude de Paris en la matière est d’autant plus douteuse que d’autres capitales ont, elles, fini par bouger ces derniers jours. La Belgique a désigné une candidate tandis que la Roumanie et la Slovénie ont déjà troqué – dans la douleur – leur candidat contre une candidate. Dans la dernière ligne droite, Ursula von der Leyen continuait de mettre la pression sur d’autres « petits pays », comme Chypre et Malte, pour féminiser son équipe – en vain, à ce stade.
Après un report, la conservatrice allemande est censée présenter l’organigramme de sa nouvelle Commission dans la matinée du mardi 17 septembre aux eurodéputé·es à Strasbourg. La candidate slovène, Marta Kos, n’a pas encore reçu le feu vert officiel – ce qui pourrait encore retarder cette présentation. Pour rappel, l’ensemble des candidat·es au poste de commissaire vont faire l’objet d’un examen oral devant des eurodéputé·es spécialisé·es sur les sujets de leur portefeuille. Cela se passera sans doute début novembre.
En 2019, trois candidat·es avaient été retoqué·es. Il n’est pas exclu que le Parlement décide de faire tomber un ou plusieurs candidats masculins cet automne, pour aider von der Leyen à tenir son objectif de parité. Un vote final du Parlement, sur l’ensemble de la Commission cette fois, doit avoir lieu courant novembre, pour une entrée en fonction de l’exécutif au 1er décembre.
Ludovic Lamant et Ilyes Ramdani
Récit
Commission européenne : mais qui a tué Thierry Breton ?
L’annonce ce lundi 16 septembre de la démission du commissaire français a créé la stupéfaction. En réalité, son sort était scellé depuis une dizaine de jours par Macron et Von der Leyen. Une partie de poker peu glorieuse qui illustre la faiblesse du président français.
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par Jean Quatremer, correspondant européen
Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen offrent à l’Europe une piètre pièce de boulevard dont ni la France ni l’Union européenne ne sortiront grandis.
Lundi matin, Thierry Breton, le commissaire européen français sortant et désigné pour effectuer un nouveau mandat de cinq ans au sein de la Commission européenne par le chef de l’Etat, le 25 juillet, a présenté sa démission avec «effet immédiat» à la présidente de l’exécutif européen. Une annonce fracassante manifestement destinée à tirer le tapis sous les pieds du chef de l’Etat puisqu’il était prévu que l’Elysée annonce ce lundi 16 septembre qu’il serait remplacé par Stéphane Séjourné, patron de Renaissance et brièvement ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement de Gabriel Attal. Un recasage in extremis, l’annonce de la répartition des portefeuilles entre les 26 membres du futur exécutif européen devant avoir lieu ce mardi matin à Strasbourg, devant le Parlement européen.
A Bruxelles, la stupéfaction est totale : jamais dans l’histoire européenne un grand pays comme la France n’a changé de cheval au dernier moment, surtout s’agissant d’un commissaire sortant promis à devenir un poids lourd dans le nouvel exécutif, comme cela a toujours été le cas pour ceux qui ont appris à maîtriser les complexes rouages communautaires. Ce coup de Jarnac souligne à la fois la fébrilité et la faiblesse d’Emmanuel Macron qui ne semble plus rien maîtriser, y compris dans l’un des dossiers où il a montré un indéniable savoir-faire au cours des sept dernières années, l’Europe. «Après avoir dissous l’Assemblée, Macron a décidé de dissoudre Thierry Breton», résume, amusé, un député européen allemand.
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Que s’est-il passé ? L’éviction de Breton, commissaire chargé du Marché intérieur, de la Politique industrielle, du Tourisme, du Numérique, de l’Audiovisuel, de la Défense et de l’Espace, avait été demandée à plusieurs reprises par Ursula von der Leyen qui déteste cette forte tête qui n’a pas hésité à lui mettre des bâtons dans les roues et à la critiquer publiquement pour son mode de gouvernance autoritaire. C’est d’ailleurs ce qu’affirme sans fard le commissaire français dans sa lettre de démission : «Il y a quelques jours, vous [Ursula von der Leyen, ndlr] avez demandé à la France de retirer mon nom – pour des raisons personnelles dont vous n’avez jamais discuté directement avec moi – et offert, en compensation, un prétendu portefeuille plus influent pour la France dans le futur collège.» Dès lors, «à la lumière de ces derniers développements, qui témoignent d’une gouvernance douteuse, je dois conclure que je ne peux plus exercer mes fonctions au sein du collège», écrit-il.
Selon nos informations, la présidente de la Commission a expliqué à Emmanuel Macron qu’elle reprochait à Breton d’avoir fait publiquement obstacle à la nomination, en avril, d’un député européen, Markus Pieper, comme «représentant de l’UE pour les PME», une fonction jusque-là honorifique, mais transformée pour l’occasion en poste grassement payé (plus de 20 000 euros par mois pour un contrat de quatre ans qui pourrait être prolongé de deux ans). Du pur clientélisme puisqu’il s’agissait d’une demande directe des chrétiens-démocrates allemands de la CDU, son parti, qui voulait lui trouver un point de chute après vingt ans passé au Parlement européen afin de faire de la place à du sang neuf.
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De trop mauvais rapports avec les entreprises américaines du numérique
En voulant passer sur le corps de Thierry Breton – la nomination ayant eu lieu en son absence alors qu’elle relève de ses prérogatives – et en tordant les règles de recrutement afin de complaire à son parti, Von der Leyen a suscité une levée de boucliers parmi les commissaires socio-démocrates et centristes et les eurodéputés (seuls les conservateurs du PPE la soutenant), ce qui l’a contraint à reculer, montrant ainsi qu’elle n’était pas toute-puissante. Pour ne rien arranger, durant la campagne des européennes, Thierry Breton l’a taclée publiquement à plusieurs reprises sur son mode de gouvernance autoritaire ou encore en soulignant l’absence d’enthousiasme du PPE, largement à la main de la CDU, à la soutenir pour un nouveau mandat. «Malgré ses qualités, Ursula von der Leyen mise en minorité par son propre parti», avait-il tweeté sur X le 7 mars. «La vraie question désormais : «Est-il possible de (re) confier la gestion de l’Europe au PPE pour cinq ans de plus, soit vingt-cinq ans d’affilée ?» Le PPE lui-même ne semble pas croire en sa candidate», ajoutait-il.
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D’autre part, Ursula von der Leyen aurait fait valoir au président de la République que le père de la législation réglementant les plateformes numériques (connue sous le nom de DMA-DSA) avait de trop mauvais rapports avec les entreprises américaines du secteur, ce qui risquait de compliquer la relation transatlantique, surtout en cas de réélection de Donald Trump. Elle fait ici allusion à la partie de bras de fer engagée cet été par le commissaire français avec le libertarien Elon Musk, patron de X (anciennement Twitter), accusé de violer la loi européenne. Il faut voir là le tropisme américain d’Ursula von der Leyen et de Bjoern Seibert, son tout-puissant chef de cabinet, qui les conduise à prendre d’abord par réflexe la défense des intérêts américains. Ainsi, le duo s’est d’abord félicité de l’IRA américain (loi visant à réduire l’inflation) sur la transition verte avant de se faire reprendre par la France qui leur a fait remarquer qu’il s’agissait d’une législation protectionniste destinée à attirer à coups de subventions les entreprises européennes aux Etats-Unis…
A priori, ces éléments constituaient autant de raisons de maintenir Thierry Breton à son poste en temps normal, puisqu’il a prouvé son indépendance face à la présidente de la Commission et au PPE, et qu’il a réussi à placer la politique industrielle si chère à la France tout en haut de l’agenda européen (du numérique à la mise en place d’une industrie européenne de la défense avec l’accélération de la production d’obus en passant par la fabrication des vaccins contre le Covid). Pour Aurore Lalucq (Place publique), la présidente de la commission économique et monétaire du Parlement européen, «Thierry Breton, c’était l’homme de la politique industrielle et de la régulation contre une ligne «la concurrence pure et parfaite se suffit à elle-même» incarnée par la Danoise Margrethe Vestager, la commissaire à la Concurrence».
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«Les circonstances politiques ont changé»
Surtout, la France n’a jamais cédé à une demande de cette nature d’un président de la Commission, même lorsque c’était justifié pénalement. Ainsi, en 1999, le Luxembourgeois Jacques Santer, qui présidait alors l’exécutif européen, n’avait pu obtenir de Jacques Chirac et de Lionel Jospin le rappel d’Edith Cresson, ancienne Première ministre de François Mitterrand et commissaire à la Recherche, accusées de prévarication (une affaire révélée par Libération), ce qui avait contraint le collège à démissionner en bloc. Mais les temps ont changé, surtout depuis la dissolution ratée de l’Assemblée nationale. Emmanuel Macron est en position de faiblesse politique et Ursula von der Leyen le sait parfaitement : jamais elle n’aurait osé se lancer dans une telle négociation avec un gouvernement français fort.
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Il est aussi vrai que les demandes de Von der Leyen ont coïncidé avec le désir de Macron de placer ses hommes et surtout de garder des leviers d’influence à Bruxelles, d’autant que le groupe Renew n’est plus aussi puissant au sein du Parlement de Strasbourg après la déculottée des élections européennes. En effet, Thierry Breton, 69 ans, n’est pas un homme de Renaissance et, comme on le dit avec componction à Paris, «les circonstances politiques ont changé», en clair avec la nomination du LR Michel Barnier à Matignon. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la décision de débarquer Thierry Breton a été prise le même jour que celle de la nomination du nouveau Premier ministre, le premier week-end de septembre. Macron a manifestement estimé qu’il lui fallait à la Commission l’un de ses proches «pur Renaissance», afin de garantir «l’équilibre politique» entre les conservateurs, les socialistes et les libéraux, c’est-à-dire la coalition majoritaire au Parlement. Dès lors, qui de mieux que Stéphane Séjourné qui a présidé plusieurs années le groupe Renew et qui dirige (en théorie du moins) le parti du Président ? D’autant qu’il ne fera pas d’ombre au chef de l’Etat, contrairement à Thierry Breton. «Macron a nommé quelqu’un qui lui mangera dans la main», se désole un eurodéputé français. Et tant pis si ce copinage rappelle «l’ancien monde» tant dénoncé par Emmanuel Macron.
L’Elysée tente de réécrire l’histoire, comme il se doit, en affirmant que le chef de l’Etat a d’abord négocié le portefeuille avant de s’intéresser à la personne, ce qui ne tient pas la route puisque Breton a été confirmé le 25 juillet et non fin août comme cela était possible. Surtout que, en dehors du titre, le portefeuille dont héritera le commissaire français ressemble à celui que détenait Breton, mais tout de même élagué, puisque la défense, le numérique, le tourisme, l’audiovisuel et l’espace (un dossier sur lequel il s’affrontait avec Musk là aussi) seront distribués à d’autres commissaires. Séjourné sera «vice-président exécutif» chargé de la «prospérité et de la compétitivité» avec une autorité directe sur les directions générales du marché intérieur et de l’industrie et disposera d’instruments de financement. Pour le reste, il aura autorité sur quatre commissaires : recherche et innovation, commerce, économie et finance et services financiers. Vu l’expérience de la Commission sortante, ce sera surtout une autorité nominale d’autant que, parions-le, ces commissaires seront sans doute tous PPE et s’adresseront en priorité à Ursula von der Leyen. L’Elysée ne craint pas d’affirmer que, vu le portefeuille, Séjourné est l’homme de la situation, puisque selon Paris, il serait un économiste de qualité, ce que le monde semblait ignorer jusque-là. Pour en rajouter, rappelons qu’il ne parle pas parfaitement anglais, ce qui est un rien gênant pour un tel poste… Le Parlement européen aurait donc toutes les raisons de le retoquer, mais, vu le rapport de forces internes, c’est douteux.
Pour s’en sortir la tête haute, le chef de l’Etat aurait pu nommer une femme au nom de l’égalité (malmenée) au sein de l’exécutif communautaire, ce qui aurait donné un certain panache à ce revirement. Mais l’Elysée n’en est même plus là à l’heure du sauve-qui-peut général. Autant dire que l’habillage laborieux de la capitulation de Macron face à Von der Leyen et son reniement de la parole donnée ne résistent pas à l’analyse : c’est bien cette dernière qui dicte sa volonté. «La présidente de la Commission considère désormais la France, sans gouvernement stable avant longtemps, comme un petit pays qui ne mérite pas plus de considération, estime un haut fonctionnaire européen, l’influence française va en pâtir et c’est la CDU allemande qui va dicter la marche de l’Europe.» «C’est un aveu de faiblesse terrible», reconnaît Aurore Lalucq. Ursula von der Leyen, qui a montré qu’elle n’hésitait pas à se débarrasser d’un commissaire gênant, comme l’avait déjà démontré le renvoi, en août 2020, du commissaire irlandais au Commerce, Phil Hogan, pour une affaire lunaire de violation des règles de confinement, est désormais hors de contrôle. Qui osera encore s’opposer à elle ?
Un avis sur « Thierry Breton a annoncé lundi son retrait de la Commission, sur fond de vives tensions avec la présidente Ursula von der Leyen »