Il y a deux mois, François Ruffin quittait La France insoumise en pleine campagne des législatives. Dans un livre, il dit tout le mal qu’il pense des choix politiques de Jean-Luc Mélenchon. À la Fête de l’Huma, samedi 14 septembre, des huées ont accueilli l’élu picard. Il a été pris à parti avant d’être applaudi lorsqu’il a critique la stratégie électorale de La France insoumise. « Il s’agit de ne laisser tomber personne et de discuter avec tout le monde« , a-t-il avancé.
Une « campagne au faciès » qui fait grincer des dents
Par tribune interposée, Jean-Luc Mélenchon réaffirme son choix. « Nous nous occupons de la jeunesse des quartiers populaires, de la population qui travaille« , a-t-il martelé. Dans son livre, François Ruffin lui reproche de ne s’adresser qu’aux quartiers populaires et aux jeunes, au détriment de la classe ouvrière. Le député avoue avoir mené une « campagne au faciès » dans sa circonscription, provoquant à gauche des réactions contrastées. Le débat de la stratégie de la gauche pour gagner des voix est posé, mais pourrait nuire à la présentation d’une candidature commune à la prochaine présidentielle.
L’ÉDITO
Gauche : les leçons du clash Arnault-Ruffin
Par Mathieu Dejean Mediapart
Il y avait tout pour faire de la Fête de l’Humanité, qui avait lieu ce week-end à Brétigny-sur-Orge (Essonne), l’événement politique de la rentrée. La rage intacte du peuple de gauche après la nomination de Michel Barnier à Matignon ; l’énergie militante des partis, syndicats, associations qui ont soulevé la dynamique du Nouveau Front populaire (NFP) ; le nombre, enfin : 450 000 personnes ont déferlé en trois jours.
Pour les dirigeant·es de gauche et écologistes, ce devait être le shot d’adrénaline qui les rappelle à leur responsabilité dans la lutte contre un Rassemblement national (RN) plus fort que jamais, qui a repris de plus belle d’ici aux prochaines législatives anticipées. Mais la rupture de François Ruffin avec La France insoumise (LFI) en a décidé autrement.
Lundi, dans les médias, il n’en restait déjà que les échos des huées qui se sont élevéescontre le député de la Somme, et l’image d’un « Siamo tutti antifascisti » dont le sens a été travesti sur les réseaux sociaux pour donner l’impression d’une levée en masse contre François Ruffin. Aux heures de grande écoute, on prête désormais à une partie du public d’avoir « accusé implicitement [celui-ci] d’être fasciste », ce qui ne correspond pas à la réalité.
Et on s’interroge, sous des airs faussement angéliques : « Qu’est-ce que ça dit de l’état de la gauche et du NFP ? » Ce week-end, la gauche a sauté à pieds joints dans le piège qui lui est perpétuellement tendu dès qu’elle devient une menace concrète. Le peuple de gauche n’a plus qu’à ronger son frein jusqu’au prochain « sursaut » au sommet. Pourvu qu’il ne se lasse pas.