Melenchon s’inscrit dans les pas d’une certaine gauche urbaine, qui ne l’a pas attendu pour cracher son mépris à l’égard du Français des champs, forcément « beauf », vulgaire, à l’esprit étriqué.

Un mépris qui vient de loin


Par Hadrien Mathoux
Publié le 13/09/2024 à 19:15
Si le rejet du tribun insoumis envers les Français vivant à la campagne s’est intensifié ces derniers mois sur fond de bataille idéologique avec
François Ruffin, la carrière politique de Jean-Luc Mélenchon est émaillée de déclarations condescendantes à l’égard des ruraux. Magnéto.
Le malentendu est tenace entre une famille politique, la gauche, qui s’est donnée pour vocation première d’émanciper les classes populaires, et la
fraction rurale de ces dernières, qui se refuse à elle depuis des décennies.
Trop conservateurs, trop attachés au terroir et aux traditions, les habitants des campagnes ? Trop urbaine, trop bourgeoise, finalement
méprisante, la gauche ?
Ces dernières années, la question de la sous-performance historique de la gauche dans les campagnes a pris un tour plus décisif : sous l’impulsion de Jean-Luc Mélenchon, la France insoumise accentue jusqu’à la caricature une stratégie électorale uniquement tournée vers les grands centres urbains peuplés d’électeurs diplômés, et leurs banlieues remplies
de citoyens de culture musulmane que LFI tente de séduire via un discours communautariste. Face à cette tendance, toute une partie de la gauche, François Ruffin en tête, s’insurge : non seulement la gauche pourrait parler aux ouvriers et employés qui peuplent la « France périphérique » et la ruralité, argue-t-il, mais en plus elle en aurait le «
devoir moral ».


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Le choix de Mélenchon semble pourtant fait. Ce samedi 7 septembre, en marge d’une manifestation, il lâche, capté par des micros : « Il faut mobiliser la jeunesse et les quartiers. Tout le reste, laissez tomber, on perd notre temps. » Une saillie qui a excédé Ruffin, déjà en rupture de ban avec LFI, et provoqué des échanges d’une violence inouïe entre le Picard et les insoumis. Une saillie qui s’inscrit surtout dans la longue durée : en réalité, Jean-Luc Mélenchon a toujours considéré avec méfiance, voire avec mépris, ces Français des champs qu’il préconise aujourd’hui d’abandonner dans les bras du Rassemblement national.
Retour en arrière à travers cinq épisodes clefs.


LE GAMIN DE TANGER


Jean-Luc Mélenchon est un immigré. Le futur candidat à la présidentielle est né en 1951 à Tanger, de parents pieds-noirs. Son déménagement en
Normandie, en 1962, est un traumatisme. Outre les rudesses du climat et le divorce de ses parents, le jeune Mélenchon supporte mal de passer du
Maroc à la campagne métropolitaine. Un entretien accordé à Hit-Radio garde la trace de cette rancoeur, à l’origine des choix de vie de l’homme
politique : « Je ne supporte plus de vivre autrement que dans un endroit où les gens sont mélangés », revendique le résident du 10e arrondissement de Paris, qui affirme qu’il « ne peut pas survivre quand il n’y a que des blonds aux yeux bleus ».

Jean-Luc Mélenchon : « Je ne peux pas survivre quand il n’y a que des blonds aux yeux bleus, c’est au delà de mes forces, quand on est arrivé en France, c’était l’horreur pour nous »
8:11 AM · 3 juil. 2024

Dans le même entretien, Mélenchon se montre particulièrement désobligeant envers les habitants du « coin perdu » qu’est le pays de Caux, contrée normande dans lequel il débarque à onze ans : « Les gens n’avaient jamais vu personne, hélas pour eux les malheureux souffraient d’un alcoolisme épouvantable. (…) Donc nous étions consternés. Et
personne ne parlait aucune espèce de langue étrangère, la France des campagnes était extraordinairement arriérée par rapport au Maroc des villes. Casablanca était une ville plus moderne que Clermont-Ferrand. »
Ses écrits le montrent, en matière de lieux de vie, Mélenchon a toujours réservé sa fascination pour les aires urbaines : c’est ici que les choses se
passent, que les humains se mélangent, que les révolutions se forment.
Mais à de plus rares instants, comme ici, il laisse transparaître un mépris affiché pour le peuple des campagnes.

SUR LA CORSE, LE REGARD DU JACOBIN


Une première trace de ce trait de caractère mélenchonien peut être trouvée en août 2000. « JLM » est alors ministre délégué à
l’enseignement professionnel, et il écrit au sujet d’un thème qui fracture la gauche plurielle du gouvernement Jospin : la question corse. Faut-il
laisser davantage d’autonomie à l’île de Beauté ? Mélenchon répond, forcément, par la négative, dans une tribune publiée par… Marianne.
Son jacobinisme conséquent lui intime alors logiquement de militer pour l’application uniforme et égalitaire de la loi sur tout le territoire national,
et de lutter contre le régionalisme ethniciste des Corses.
Mais dans le texte affleure également un rejet plus profond, plus viscéral : « Le déshonneur ordinaire de l’île contamine l’Etat Républicain : faute
d’être capable de l’éradiquer, il en devient partie prenante », estime Mélenchon, qui y ajoute un passage lourd de sous-entendus sur l’arriération supposée d’une partie du peuple corse : « N’en déplaise aux griots du culte des racines et aux rebouteux de l’identité par le terroir, nous sommes très nombreux aussi à vouloir construire nous-mêmes notre identité culturelle en faisant librement notre miel de tout ce qui nous convient, sans subir au préalable l’accord du clan, la loi du grand- père, les préceptes de la grand-mère ni les coutumes dignes de leurs ancêtres ». Au point d’estimer qu’il serait « préférable de perdre la Corse que d’être obligé de lui ressembler. Car bien sûr, mieux vaudrait perdre la Corse que la République ».

LA BLESSURE D’HÉNIN-BEAUMONT


Lors des législatives de 2012, Mélenchon tente un coup politique : il vient défier Marine Le Pen sur les terres ouvrières d’Hénin-Beaumont, dans le Pas-de-Calais. Quelques mois après sa défaite dès le premier tour, le leader du Front de gauche avouera qu’il s’agissait de sa « pire campagne ». Dans le bassin minier, « JLM » découvre un peuple qui ne
correspond pas à l’image d’Epinal (ou de Germinal ?) qu’il s’est forgée.
Un reportage le montre, en mai 2012, injurier un partisan du Front national qui l’accuse de gagner 40 000 euros par mois : « Regardez moi ce gros imbécile », « Tu es un crétin et c’est tout », « Vous avez un pois chiche à la place du cerveau »… les noms d’oiseaux pleuvent.

Mais il y a peut-être plus grave que cet échange viril. François Ruffin le relate dans son dernier livre, Itinéraire – Ma France en entier, pas à
moitié ! (Les Liens qui libèrent) : « Quand [Mélenchon] me racontait
Hénin, c’était à la limite du dégoût, écrit le Picard : “On ne comprenait rien à ce qu’ils disaient…”, “Ils transpiraient l’alcool dès le matin…”, “Ils
sentaient mauvais…”, “Presque tous obèses…” ». Propos inventés de toutes pièces pour régler des comptes, ou échanges véridiques ?
Impossible de trancher, mais les réflexions de l’insoumis concernant l’alcoolisme et l’arriération des Nordistes ressemblent à d’autres propos
qu’il a pu tenir, micro ouvert cette fois-ci…


LA THÉORISATION DU REJET

Après la présidentielle 2022, Jean-Luc Mélenchon se met à théoriser explicitement ce qu’il avait jusqu’ici seulement mis en pratique : l’abandon des zones rurales et périphériques, au profit d’une stratégie
électorale uniquement conçue pour surperformer dans les banlieues.
L’insoumis veut triompher avec la « nouvelle France », celle « dont les parents émigrés des autres continents et des autres provinces de France
se sont rassemblés dans ces grands ensembles urbains que l’on voit partout sur notre territoire ».
Dans les colloques de l’Institut La Boétie, qu’il a fondé, Mélenchon assume son virage : « Bien sûr, il faut aller chercher les milieux ruraux, déclassés, etc. Qui va dire le contraire ? Mais le gros de la troupe, qui va nous faire gagner, ce sont les quartiers populaires où on vote pour nous à
80% au premier tour, mais où 30% seulement vont voter. Si nous montons à un niveau égal à celui de la participation du reste de la société,
nous avons gagné. »

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Dans Le Monde, François Ruffin, encore lui, dénonce les propos tenus par « JLM » après l’entrée de 89 députés RN à l’Assemblée : « Mélenchon
déclarait : « De toute façon, ces terres-là n’ont jamais accepté la démocratie et la République » », désignant pourtant « le Pas-de-Calais, la Picardie, le Midi rouge, qui pendant un siècle ont envoyé des députés communistes et socialistes dans l’hémicycle ». Le tribun aurait ajouté, dépité : « Pour dénazifier l’Allemagne, ça a pris un demi-siècle, alors
bon… ». Une manière, selon Ruffin, de « choisir l’abandon » et de « découper la France en « segments » ».


DE L’INDIFFÉRENCE À L’INJURE


Non content de renoncer à conquérir ces territoires dans lesquels la gauche recule d’année en année, Jean-Luc Mélenchon s’est récemment
mis à leur asséner toute sa morgue. Ce faisant, il s’inscrit dans les pas d’une certaine gauche urbaine, qui ne l’a pas attendu pour cracher son
mépris à l’égard du Français des champs, forcément « beauf », vulgaire, à l’esprit étriqué.
En juillet dernier, le patron de la France insoumise
estime dans La Repubblica qu’il est impossible de « reconquérir les électeurs du RN » dans les campagnes : « Nous avons proposé un salaire
minimum à 1 600 euros, la restauration des maternités, la réouverture des écoles dans les zones périphériques… ça ne marche pas, et vous savez
pourquoi ? Leur priorité, c’est le racisme. Leur problème numéro 1, c’est les Arabes et les Noirs. »

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Plus récemment, c’est à l’occasion des universités d’été de LFI que Mélenchon s’autorise une énième pique, totalement gratuite celle-ci.
Lors de son discours, l’insoumis dresse d’abord l’éloge des Martiniquais, qui selon lui « ont toujours cultivé un certain sentiment d’élite intellectuelle. (…) Quand vous faites à la fois Césaire, Frantz Fanon, Glissant et Chamoiseau, vous ne pouvez pas dire, on est n’importe où ».
À ce compliment envers les Antillais, l’ancien candidat à la présidentielle croit alors bon d’ajouter : « En Lozère, vous n’avez pas ça, vous avez juste à vous en rendre compte ». L’attrait pour la « créolisation » semble décidément devoir être systématiquement associé, chez Mélenchon, au
dégoût pour la France profonde.

Entre François Ruffin et Jean-Luc Mélenchon, la guerre est déclarée

Le député de la Somme, qui a quitté La France insoumise lors des élections législatives, ne ménage pas ses critiques envers le chef de file de ce parti. Quitte à le considérer, désormais, comme un adversaire pour l’élection présidentielle de 2027, au risque de s’isoler. 

Par  et Publié aujourd’hui à 04h00, modifié à 11h26 https://infos.lemonde.fr/optiext/optiextension.dll?ID=cGHcM_aooHIG7YZTJXNSQs6YmceuiVi6kZLmLDR873rmZ3dYRUtr%2Blh_wGCv74ZXuUWNNGWg0HH9uHR19ij8sxIIOUluXutO8r4fqWci

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Le député François Ruffin, lors d’une réunion politique à Flixecourt (Somme), le 31 août 2024.
Le député François Ruffin, lors d’une réunion politique à Flixecourt (Somme), le 31 août 2024.  FRANCK CRUSIAUX / AFP

« Pitoyable »« l’archétype du politicard »« le fantôme de Doriot » [dirigeant communiste exclu du Parti communiste français (PCF) en 1934 et qui a collaboré avec l’occupant nazi]… Voici un tout petit échantillon des qualificatifs employés par des élus de La France insoumise (LFI) – dans l’ordre, Aurélien Le Coq (député du Nord), Paul Vannier (député du Val-d’Oise), Julie Garnier (conseillère régionale d’Ile-de-France) – pour qualifier François Ruffin, député de la Somme, qui avait décidé, depuis l’entre-deux-tours des élections législatives anticipées, en juillet, de ne plus siéger avec les représentants du mouvement de Jean-Luc Mélenchon. « Ruffin n’est pas un camarade », résumait, plus sobrement, le député Aurélien Saintoul (Hauts-de-Seine), mercredi 11 septembre, sur X.

Qu’a pu dire ou faire François Ruffin pour provoquer une telle furie ? En cette rentrée, celui qui a été réélu à l’arraché, le 7 juillet, a tout simplement déclenché une guerre ouverte avec le leader de LFI, Jean-Luc Mélenchon.

Les désaccords politiques étaient connus entre les deux hommes : le premier reproche au second d’avoir abandonné les campagnes et les zones pavillonnaires au Rassemblement national (RN) en se concentrant sur la jeunesse et les quartiers populaires. Inversement, Mélenchon accuse Ruffin, par le biais des « insoumis », de taire le caractère raciste du vote d’extrême droite. En toile de fond de ces différends, une rivalité inavouée pour le leadership à gauche avec, en ligne de mire, la prochaine présidentielle.

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Déjà critique envers ce concurrent, François Ruffin a musclé son jeu et changé de sémantique. En support de cette offensive : un ouvrage en forme de réquisitoire de la stratégie jugée communautariste de Jean-Luc Mélenchon, même s’il se garde bien d’utiliser ce terme. Dans Itinéraire. Ma France en entier, pas à moitié (Les Liens qui libèrent, 160 pages, 12 euros), achevé le 1er août et publié le 11 septembre, le député samarien revient sur vingt-cinq années de cheminement politique depuis la faculté de lettres d’Amiens jusqu’aux dernières législatives, et distille les mots-clés accusatoires contre l’ancien sénateur du Parti socialiste (PS).

Revisitant les élections législatives de 2022, il écrit avoir eu « honte » d’avoir mené une « campagne au faciès », distribuant des tracts à l’effigie de Jean-Luc Mélenchon aux « Noirs et aux Arabes » d’Amiens-Nord, mais pas aux « Blancs », pour lesquels le leader de LFI faisait office de « verrou »« Tu mènes une campagne quasi raciale », résume l’interlocuteur imaginaire de ce livre écrit sous la forme d’un entretien.

François Ruffin renvoie LFI et le RN dos à dos

Le député-reporter dévoile aussi quelques sorties privées, embarrassantes pour son ancien mentor. En juin 2022, le chef de LFI a livré devant ses troupes une analyse toute personnelle du score de l’extrême droite, qui avait alors remporté 89 circonscriptions. « Les régions qui ont voté RN sont des terres qui n’ont jamais adhéré à la démocratie et à la République », aurait dénigré le leader « insoumis ». Avant d’ajouter : « Après la guerre, il a fallu vingt-cinq ans pour dénazifier l’Allemagne. » Une façon d’illustrer l’inutilité, selon lui, d’aller ferrailler contre le RN.

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Encore plus déplaisante, cette anecdote sur Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), la circonscription où M. Mélenchon s’était présenté, en 2012, contre Marine Le Pen. François Ruffin surprend l’ancien sénateur en plein mépris de classe. « Quand il me racontait Hénin, c’était à la limite du dégoût : “On ne comprenait rien à ce qu’ils disaient… Ils transpiraient l’alcool dès le matin… Ils sentaient mauvais… Presque tous obèses…” », se souvient l’élu de la Somme. Et de renvoyer dos à dos LFI et le RN, en accusant les « insoumis » de n’avoir pas écrit « une ligne » sur Thomas, cet adolescent poignardé en novembre 2023 à Crépol, dans la Drôme, un fait divers récupéré par l’extrême droite, mais de s’être indigné de l’agression de Mourad, un jardinier poignardé lui aussi, le 17 novembre dans le Val-de-Marne, mais qui a réussi à s’en sortir.

Lire aussi l’entretien |  François Ruffin : « Il fallait que je coupe la corde avec Jean-Luc Mélenchon pour pouvoir respirer

A cet ouvrage incendiaire s’est ajoutée une tournée médiatique – interview fleuve dans Le Nouvel Obs, entretien sur BFM-TV – pour lui donner une caisse de résonance. Pour le moment, M. Mélenchon n’a pas réagi. Lui-même a été malmené cette semaine par une déclaration attrapée au vol par les caméras de l’émission « Quotidien », lors de la manifestation du 7 septembre contre « le coup de force d’Emmanuel Macron »« Il faut mobiliser la jeunesse et les quartiers populaires. Tout le reste, laissez tomber, on perd notre temps », confie-t-il alors à une militante, illustrant la critique livrée par François Ruffin.

C’est le bras droit de M. Mélenchon et coordinateur de LFI, Manuel Bompard, qui s’est chargé de la réponse. « Ruffin-Zemmour, même combat ? », fait-il mine de s’interroger dans une note de blog intitulée « François Ruffin, la honte en entier et pas à moitié ». Le député des Bouches-du-Rhône accuse son collègue de « reprendre les arguments des adversaires historiques de la gauche », d’alimenter la « lecture identitaire » de la « fachosphère » sur Crépol et de ne pas comprendre « la classe ouvrière créolisée »« Il y a des pentes qui ne trompent pas. On en connaît le point de départ mais pas le point d’arrivée », conclut-il, traçant un parallèle implicite avec Marcel Déat ou Jacques Doriot, deux collaborationnistes venus de la gauche.

Fort rejet de Mélenchon dans l’opinion publique

Qu’est-ce qui prend à François Ruffin, qui a longtemps rechigné à critiquer ouvertement le triple candidat à la présidentielle ? Pour le politiste Rémi Lefebvre, le député ouvre, sans le dire, une nouvelle séquence, celle de la prochaine présidentielle.

« Il se construit contre Jean-Luc Mélenchon en profitant du discrédit de ce dernier. Il se situe à son niveau pour en être l’alternative. C’est audacieux, car ça l’isole aussi. C’est une prise de risque, car François Ruffin est politiquement plus proche de LFI que du PS », analyse-t-il. Alors que LFI a perdu des députés en juillet et qu’il est rattrapé par le PS, le leader « insoumis » fait l’objet d’un fort rejet dans l’opinion publique, avec 83 % de jugements défavorables, selon l’enquête Ipsos-Cevipof du 30 août pour Le Monde.

Mais, depuis des semaines, François Ruffin semble flotter. Sa rentrée à Flixecourt, dans son département de la Somme, le 31 août, avait laissé ses partisans sur leur faim. Allait-il enfin créer un parti, écrire la suite de son aventure politique ? Beaucoup attendaient qu’il « appuie sur le bouton ». Il n’en a rien été. « Le parti ? Il existe, c’est Picardie debout ! », avait-il esquivé. Le moral n’était d’ailleurs pas au beau fixe dans ses équipes, confrontées à celui qui oscille entre la nécessité d’aller de l’avant – le parti, « il le faudra », écrit-il dans son livre – et une aversion naturelle pour la « tambouille » et la politique traditionnelle.

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Décrit comme solitaire, voire instable, François Ruffin continue de semer le doute, y compris chez ses alliés. Les autres bannis de LFI, les députés de Seine-Saint-Denis Alexis Corbière ou Clémentine Autain, n’ont pas compris pourquoi il ne les avait pas rejoints dans leur nouvelle formation politique, L’Après. « Son identité, c’est de ne pas être un professionnel de la politique. Cela fait exister, mais cela ne fait pas forcément un présidentiable », avertit M. Lefebvre.

L’attaque frontale contre M. Mélenchon pourrait fragiliser le Nouveau Front populaire (NFP), déjà miné par la guerre intestine à laquelle se livrent LFI et le PS. « On ne va pas passer notre temps à commenter les trouble-fêtes. Stop ! Laissez-nous tranquilles ! », a réagi la cheffe de file écologiste, Marine Tondelier, vendredi, à la Fête de L’Humanité. Fabien Roussel a également invité à ne pas s’écharper : « Halte au feu ! Ce n’est pas en s’insultant que l’on va avancer », a averti le secrétaire national du PCF. En sourdine, d’autres avertissent du danger pour François Ruffin de « tout mettre sur la table » et de laisser « flotter l’idée qu’avant, il était insincère » lorsqu’il militait aux côtés de M. Mélenchon.

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Peu importe, le journaliste trace sa route. Un film documentaire sur le travail, intitulé Au boulot !, avec cette question provocante, « Peut-on réinsérer les riches ? », sort bientôt. Là aussi, il y aura de nouvelles « surprises ».

Voir aussi:

Éric Coquerel a la rescousse sur France-Inter

Eric Coquerel était l’invité de la matinale France inter le jeudi 12 septembre 2024 à propos du budget 2024 et 2025 et surtout pour réagir aux propos de François Ruffin.

https://youtu.be/avmerk9qlSU?si=hpzIs_fe4YsVdKGo

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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