Quelle honte de proposer la généralisation du secteur 2 dans les déserts médicaux !

Faut-il généraliser le secteur 2 pour tarir les déserts médicaux ?

Quentin Haroche| 17 Avril 2024 https://www.jim.fr/viewarticle/faut-il-généraliser-secteur-2-tarir-déserts-2024a10007f6

Paris – Un député LR propose de généraliser le secteur 2 en Ile-de-France pour lutter contre la désertification médicale. Une proposition soutenue par plusieurs syndicats.null

En décembre dernier, l’association UFC-Que-Choisir faisait cette proposition choc pour améliorer l’accès aux soins en France : fermer l’accès au secteur 2 aux nouveaux médecins libéraux qui n’auraient plus le choix qu’entre le secteur 1 et l’Optam. Quatre mois plus tard, le député LR de Seine-Maritime Jean-Louis Thériot (dont on suppose que l’UFC-Que-Choisir n’est pas vraiment sa tasse de thé) fait la proposition exactement inverse : généraliser le secteur 2 pour lutter contre la désertification médicale.

Le député LR a déposé une proposition de loi en ce sens jeudi dernier. Il souhaite expérimenter pendant trois ans l’accès libre au secteur 2 pour tous les médecins libéraux d’Ile-de-France, y compris pour ceux qui ne remplissent pas les conditions réglementaires (être titulaire d’un clinicat ou d’un assistanat dans un établissement public ou avoir été praticien hospitalier). 

L’Ile-de-France, premier désert médical du pays

Pourquoi l’Ile-de-France ? Tout simplement parce que la région la plus riche et peuplée de France est également, contrairement aux idées reçues, la plus touchée par la désertification médicale : selon une enquête de l’Union régionale des professionnels d’Ile-de-France de juin dernier, 62 % des Franciliens, soit 7,5 millions de personnes, vivent dans une zone sous-dotée en médecins libéraux.null

La situation continue de s’aggraver, avec 244 généralistes de moins en 2022 et risque de se détériorer encore un peu plus au fur et à mesure des prochaines années : 45 % des généralistes et 49 % des spécialistes franciliens ont plus de 60 ans et même plus de 65 ans pour un quart des omnipraticiens et un tiers des spécialistes. Ce sont ainsi en tout 5 200 praticiens libéraux franciliens qui pourraient partir à la retraite ces prochaines années, tandis que l’Ile de France n’est pas toujours la région de prédilection des jeunes installés.

Ne croyant pas aux mesures coercitives prônées par l’UFC-Que-Choisir, susceptibles selon lui d’entraîner une « baisse de vocations pour les études de médecine », Jean-Louis Thériot croit que l’accès au secteur 2, actuellement presque totalement fermé aux généralistes (97 % d’entre eux sont en secteur 1) peut constituer le « choc d’attractivité » réclamé par les syndicats, propre à freiner la désertification médicale. « L’ouverture du secteur 2 est aujourd’hui la seule mesure de nature à encourager l’installation et le maintien des médecins dans les déserts médicaux » plaide-t-il.

Les syndicats emballés, les députés un peu moins

Devançant les objections qui pourraient être faites à sa proposition, Jean-Louis Thériot ne pense pas que la généralisation du secteur 2 nuirait à l’accès aux soins. Il rappelle en effet que les mutuelles prennent généralement en charge une partie des dépassements d’honoraires et fait confiance aux médecins pour faire preuve de « tact et mesure » dans l’application de ces dépassements, soulignant que les médecins franciliens en secteur 2 réalisent plus de 80 % de leurs actes avec un tarif opposable ou un dépassement d’honoraires inférieur à 10 %.

En cette période de restriction budgétaire, le député estime également que la généralisation du secteur 2 pourrait in fine entraîner des économies pour la Sécurité Sociale, puisque les médecins en secteur 2 ne bénéficient pas de la prise en charge d’une partie de leurs cotisations sociales par l’Assurance Maladie (il estime l’économie à 45 millions d’euros par an !). 

La proposition de Jean-Louis Thériot devrait être bien accueillie par les syndicats, qui réclament à cor et à cri des mesures pour améliorer l’attractivité de la médecine libérale. L’ouverture du secteur 2 à tous les praticiens libéraux, ou du moins l’assouplissement des conditions d’accès, figure d’ailleurs dans le programme de la CSMF et de la SML depuis plusieurs années. Par la voix de sa branche francilienne, l’UFML a d’ores et déjà apporté son soutien à la proposition du député Thériot.

Mais l’important est bien sûr de connaitre l’opinion des députés et du gouvernement sur une telle proposition. On sait que les parlementaires sont très divisés sur la question de la désertification médicale : nombre d’entre eux, surtout à gauche, préfèreraient l’option de la contrainte, en obligeant les praticiens à s’installer dans les zones sous dotées. Une option à laquelle les députés macronistes ont toujours refusé d’adhérer. Accepteront-ils donc la proposition du député Thériot de généraliser le secteur 2 ? D’après nos confrères du Quotidien du médecin, l’idée est loin de susciter l’enthousiasme chez les députés Renaissance.

Affaire à suivre…

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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