Ancien ministre de l’environnement, entre 1993 et 1995, M. Barnier aura-t-il la volonté de relancer la transition engluée depuis plusieurs mois à cause de la crise agricole, de l’état des finances publiques et d’un manque de volonté politique ?

Sur les questions climatiques et environnementales, les compromis s’annoncent ardus pour le futur gouvernement

Ministre de l’environnement entre 1993 et 1995, le nouveau premier ministre, Michel Barnier, n’a rien précisé sur ce dossier, vendredi 6 septembre au soir, lors de sa première interview. 

Par Publié aujourd’hui à 09h56, modifié à 10h50

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COLCANOPA

Pendant l’été, après le fracas des élections législatives, quelques chercheurs et acteurs de la cause environnementale ont tenté de faire entendre une petite musique. Le 11 juillet, le philosophe Pierre Charbonnier publie, dans la revue Le Grand Continentun long texte, intitulé « Il y a une majorité verte ». « Quelle que soit la marge de manœuvre du ou des gouvernements qui pourraient se former dans les prochains mois, s’agissant des politiques climatiques, un équilibre gouvernemental pourra être trouvé », pouvait-on lire sous la plume de l’essayiste, auteur de Vers l’écologie de guerre. Une histoire environnementale de la paix (La Découverte, 324 pages, 23 euros). Le 18 juillet, Le Lierre, un réseau de fonctionnaires engagés dans la transition climatique, écrit une longue note pour appeler à « la concertation et [à] la coconstruction des politiques » écologiques. Et puis le nom de Laurence Tubiana, incarnation du compromis de l’accord de Paris, adopté en 2015, lors de la COP21, est évoqué pour prendre le poste de premier ministre. Le climat, un sujet mondial par excellence, pourrait-il servir de plate-forme programmatique à une future coalition ?

L’hypothèse Tubiana n’aura en fait duré que quelques heures et le maigre espoir d’une alliance « verte » sera vite noyé dans la bataille des noms pour Matignon. « Sur l’écologie, les échanges pendant l’été et le débat public ont été très faiblards, constate Wandrille Jumeaux, cofondateur du Lierre. Les politiques n’arriveraient peut-être pas à se mettre d’accord, mais ils n’essaient même pas… J’inclus la gauche, qui n’a pas réfléchi à une plate-forme de gouvernement autour de cette thématique. »

Jeudi 5 septembre, lors de la passation des pouvoirs, le nouveau premier ministre, Michel Barnier, a, certes, parlé de la « dette écologique » qui pèse « lourdement déjà sur les épaules de nos enfants ». Mais, vendredi, lors de sa première interview, sur TF1, il n’a rien précisé sur ce dossier, alors que Matignon a la responsabilité de la « planification écologique ». Ancien ministre de l’environnement, entre 1993 et 1995, M. Barnier aura-t-il la volonté de relancer la transition engluée depuis plusieurs mois à cause de la crise agricole, de l’état des finances publiques et d’un manque de volonté politique ? S’il veut en faire un marqueur, l’ancien négociateur du Brexit, assis sur une majorité encore à construire, devra trouver des compromis entre un centre droit technophile et une gauche plus attachée à des évolutions comportementales et à une hausse des budgets.

Hypothétiques convergences

Les discussions entre les blocs de l’Assemblée sont, pour le moment, inexistantes. Dans les lettres envoyées par le Nouveau Front populaire (NFP) ou par le président du groupe Ensemble pour la République à l’Assemblée nationale, Gabriel Attal, durant l’été, cet enjeu a été à peine cité ou alors utilisé de façon stratégique. Dans son courrier, le premier ministre démissionnaire a ainsi placé l’environnement dans les sept « chantiers prioritaires » avant de proposer de couper, quelques jours plus tard, les financements du fonds vert de 1,5 milliard d’euros. Le NFP a, lui, mis en avant des mesures totémiques, l’augmentation du smic ou l’abrogation de la réforme des retraites, sans réfléchir à une coalition plus large sur l’écologie. « Cet enjeu a totalement disparu depuis le psychodrame des élections européennes puis de la dissolution,tranche le philosophe Pierre Charbonnier. Scientifiquement, économiquement, tous les éléments sont là pour mettre en place une stratégie systémique de transformation, mais les confrontations de court terme et les clivages politiques bloquent tout. »

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A la lecture des différents programmes des dernières élections, seul le Rassemblement national (RN), qui veut revenir sur l’interdiction de la vente des véhicules neufs à moteur thermique en 2035 et mettre en place un moratoire sur les projets éoliens, fait explicitement campagne contre les grands objectifs climatiques. Mais les chemins divergent entre un parti Les Républicains qui ne mise que les progrès technologiques, un macronisme accroché à la construction de quatorze réacteurs nucléaires et à la vente de 100 000 véhicules électriques par an grâce au leasing social, et une gauche plus allante mais au programme coûteux.

« A part le Rassemblement national, tous les partis ont compris qu’il fallait en discuter, estime Benoît Leguet, directeur de l’Institut de l’économie pour le climat. Mais, pour cela, il faut sortir des postures, car il y a des débats impossibles où personne ne sera jamais d’accord dans une coalition. Le nucléaire, la sobriété, le pourcentage exact de renouvelables… Par contre, l’électrification des transports, les pompes à chaleur, ça peut rejoindre la question de la compétitivité de nos industries face à la Chine, ça peut faire se parler la gauche et la droite. »

Ces hypothétiques convergences sur quelques idées concrètes sont souvent mises en avant par l’aile gauche du bloc macroniste à l’Assemblée nationale. « Les compromis sont possibles, à condition de savoir parler aux différents groupes », affirme Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée de l’agriculture démissionnaire. En 2022 et en 2023, alors ministre de la transition énergétique, elle avait scindé les sujets énergétiques pour faire passer sa loi sur les renouvelables avec la gauche et sa loi sur le nucléaire avec la droite, mais elle affirme aujourd’hui qu’un consensus est toujours possible : « Il faut arriver à faire pivoter des partis peu enclins à défendre l’écologie en évoquant la compétitivité, les économies sur les coûts à venir en matière de catastrophes ou de hausse des prix du pétrole, la défense des paysages. »

Sauf que les macronistes n’ont jamais réussi à gagner la confiance d’une grande partie de la gauche, en refusant toute idée de contraintes sur les grandes entreprises ou en coupant dans les crédits promis cette année. « Beaucoup de politiques en parlent, ça fait bon chic bon genre, critique Marine Tondelier, secrétaire nationale des Ecologistes. Mais quand il faut passer à l’action, ils veulent nous convaincre qu’il suffira de baisser le chauffage à 19 °C, qu’il suffira de construire des mégabassines. Ils sont dans une forme de fuite en avant sans jamais changer de paradigme. »

« Ventre mou »

Concoctées au sein d’un futur gouvernement forcément pluriel, ces éventuelles coalitions sur des projets précis pourraient-elles survivre à la bataille politicienne qui s’annonce à l’Assemblée nationale ? Habitué aux discussions européennes plus feutrées, M. Barnier va découvrir un chaudron et vivra sous la menace du groupe RN, arbitre de sa nomination, et sans aucune marge de manœuvre budgétaire.

Dès cet automne, le projet de loi de finances sera le premier juge de paix. « Il n’y a pas d’antinomie radicale entre la notion de compromis et l’écologie. Mais, dans l’organisation de la vie politique, les acteurs se considèrent comme des rivaux, sont liés à leur étiquette, amplifient les antagonismes et les confrontations, estime Thierry Pech, directeur de Terra Nova et coprésident de la Convention citoyenne pour le climat. La convention était fondée sur la délibération et des très longs échanges, un temps dont ne disposent pas des parlementaires qui ont beaucoup moins de moyens que leurs homologues allemands. »

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Dans ce contexte politique éruptif, l’un des grands risques de la transition climatique est surtout de disparaître de l’agenda d’un gouvernement de coalition qui n’aurait pas le temps politique de mettre à plat ses désaccords et ses convergences.« Une coalition peut se transformer en un ventre mou sur le climat, s’alarme Géraud Guibert, président de La Fabrique écologique. Différents partis peuvent arriver à se mettre d’accord sur quelques priorités, le travail, la compétitivité, la sécurité, et laisser ce sujet complexe de côté en se disant que la transition va se faire naturellement. »

Une situation qui serait très dommageable, alors que tous les pays doivent présenter, en 2025 devant l’ONU, les efforts qu’ils ont réalisés depuis l’accord de Paris, en 2015. Cette éventuelle invisibilisation de la cause climatique ne serait pas une rupture. Depuis la crise des « gilets jaunes » et sa déclaration sur la « pause réglementaire », en mai 2023, Emmanuel Macron ne porte quasiment plus le dossier climatique, considérant que la baisse des émissions peut se prolonger sans mesures structurelles, à part le développement du nucléaire et de l’éolien en mer.

« Pendant des décennies, les politiques n’étaient même pas d’accord sur le but à atteindre, un “grand soir” ou un capitalisme technologique et industriel. Là, la majorité des partis sont d’accord sur les objectifs climatiques, analyse David Djaïz, essayiste, coauteur de La Révolution obligée (Allary, 304 pages, 21,90 euros) et ancien conseiller d’Emmanuel Macron pour lequel il a organisé le Conseil national de la refondation. Mais les responsables, souvent conscients, parfois bousculés par leurs propres enfants, sont enfermés dans des réflexions coûts-avantages en se disant qu’ils ont beaucoup à perdre sur cette question. »

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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