Un emballement sur les médicaments anti-obésité

Traitements anti-obésité : le risque du mésusage, de la contrefaçon et du marché gris

Les autorités de santé et les laboratoires pharmaceutiques s’inquiètent de la prolifération de copies frauduleuses pouvant mettre en danger les patients. 

Par Publié hier à 11h13, modifié hier à 15h00 https://www.lemonde.fr/economie/article/2024/09/05/traitements-anti-obesite-le-risque-du-mesusage-de-la-contrefacon-et-du-marche-gris_6304725_3234.html

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Des boîtes du médicament contre le diabète Ozempic dans une pharmacie, à Los Angeles, le 17 avril 2023.
Des boîtes du médicament contre le diabète Ozempic dans une pharmacie, à Los Angeles, le 17 avril 2023. MARIO TAMA / GETTY IMAGES VIA AFP

C’est le revers du succès. Alors que les médicaments anti-obésité connaissent une popularité croissante auprès du public, les dérives se multiplient un peu partout dans le monde. Au grand dam des autorités de santé et des laboratoires pharmaceutiques à l’origine de ces traitements, qui s’inquiètent de plus en plus du phénomène.

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Préoccupés, ces derniers multiplient les avertissements depuis plusieurs mois. En juin, l’Organisation mondiale de la santé a tiré la sonnette d’alarme, indiquant avoir découvert en 2023 plusieurs lots de stylos-injecteurs d’Ozempic contrefaits aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et au Brésil. L’agence onusienne n’est pas la première à faire ce constat. Quelques mois plus tôt, l’Agence européenne des médicaments avait déjà mis en garde les Etats membres contre la circulation de fausses seringues de ce produit sur le Vieux Continent, repérées notamment chez des grossistes allemands et autrichiens.

Ces copies frauduleuses, souvent illégalement achetées en ligne, et dont rien ne garantit le contenu, peuvent s’avérer particulièrement dangereuses pour la santé. Les autorités de santé du Royaume-Uni et de l’Autriche avaient ainsi révélé, en octobre 2023, que plusieurs utilisateurs de ces contrefaçons avaient dû être hospitalisés en urgence à la suite d’effets secondaires graves, notamment des convulsions et des chocs hypoglycémiques.

Emballement sur les réseaux

Si l’Ozempic, qui est pourtant destiné à traiter le diabète, est particulièrement ciblé par ce phénomène, c’est notamment en raison de sa popularité sur les réseaux sociaux. Cet antidiabétique, qui contient le même principe actif, le sémaglutide, que son petit frère Wegovy, autorisé, lui, dans le traitement de l’obésité, est devenu très recherché depuis que des influenceurs ont commencé à vanter ses propriétés minceur.

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L’emballement sur les réseaux sociaux a d’ailleurs obligé les autorités de santé des pays à renforcer également leur vigilance sur les cas de mésusage, certains patients réussissant à se faire prescrire ces traitements minceur à des fins cosmétiques. En France, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, qui suit avec attention ces détournements, estimait en juin qu’environ 1,5 % des patients prenant de l’Ozempic étaient concernés par ces pratiques.

Ces derniers mois, d’autres dérives mettent en ébullition les autorités de santé, notamment aux Etats-Unis. Appâtées par ce marché lucratif, des start-up se sont mises à vendre en ligne des copies des médicaments anti-obésité, s’engouffrant dans une faille réglementaire. En cas de pénurie sur un médicament, les pharmacies américaines sont en effet autorisées à fabriquer des préparations magistrales pour les patients.

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En tension d’approvisionnement

Or les médicaments anti-obésité commercialisés par les laboratoires Novo Nordisk et Lilly sont inscrits sur la liste des produits actuellement en tension d’approvisionnement dans le pays. Ce marché gris fait depuis la fortune outre-Atlantique de dizaines de sociétés, qui se sont mises à vendre des copies de ces traitements amaigrissants, fabriquées par des pharmacies. Vendues à prix moins élevés que ceux pratiqués par Novo Nordisk et Lilly, ces options sont plébiscitées par un nombre grandissant de patients.

Leur succès inquiète cependant de plus en plus les autorités de santé, car la qualité de ces préparations magistrales, beaucoup moins contrôlées, peut être variable d’une pharmacie à une autre. En Australie, le gouvernement a ainsi pris la décision radicale d’interdire ces préparations à partir du 1er octobre.

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Rivaux de longue date, les deux laboratoires sont engagés dans une course tous azimuts pour s’imposer sur le marché de la perte de poids. Mais d’autres concurrents se profilent à l’horizon. 

Par Publié hier à 10h00 https://www.lemonde.fr/economie/article/2024/09/05/medicaments-anti-obesite-derriere-novo-nordisk-et-lilly-la-competition-s-accelere_6304711_3234.html

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Sur la chaine d’assemblage de l’Ozempic, dans l’usine Novo Nordisk de Bagsvaerd, au Danemark, le 8 mars 2024.
Sur la chaine d’assemblage de l’Ozempic, dans l’usine Novo Nordisk de Bagsvaerd, au Danemark, le 8 mars 2024.  TOM LITTLE / REUTERS

Entre le danois Novo Nordisk et l’américain Lilly, la bataille des médicaments anti-obésité s’accélère. Le laboratoire d’Indianapolis a décroché, en novembre 2023, le feu vert aux Etats-Unis pour la commercialisation de son traitement dans la perte de poids, Zepbound. Ce dernier devient le concurrent direct du Wegovy (appelé Ozempic dans sa version originelle), best-seller de Novo Nordisk. La pression monte entre les deux rivaux, au coude-à-coude dans la mêlée.

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Le duo n’est en pas à son premier face-à-face. Il y a un siècle, l’arrivée des insulines, une révolution dans le traitement du diabète, avait déjà ouvert une ligne de front entre les industriels. Cent ans plus tard, la manne du diabète continue de faire leur fortune, mais c’est sur un autre terrain, celui de l’obésité, que les deux groupes intensifient leurs efforts grâce à une nouvelle génération de traitements prometteurs.

Premier arrivé, en juin 2021, sur le créneau avec le Wegovy, Novo Nordisk a profité d’une confortable avance face à son adversaire. En l’espace de trois ans, le laboratoire a déjà engrangé plus de 8 milliards d’euros grâce à son traitement. Une performance plutôt rare dans le secteur pharmaceutique. Il n’aura fallu que cinq semaines à la nouvelle vedette du danois pour parvenir au niveau de vente que son prédécesseur, le Saxenda, autre médicament indiqué dans la perte de poids commercialisé par Novo Nordisk depuis 2014, avait mis quatre années à atteindre.

Doper les commandes

Entré dans la course seulement à la fin de 2023, Lilly n’a toutefois guère eu de mal à trouver sa place, tant la demande de médicaments anti-obésité est élevée. D’autant plus qu’il jouit d’un avantage de taille : une perte de poids moyenne plus importante que son concurrent. Au deuxième trimestre, le Zepbound affichait ainsi 1,24 milliard de dollars de ventes (1,1 milliard d’euros), quand Novo enregistrait 11,7 milliards de couronnes danoises (1,6 milliard d’euros) de chiffre d’affaires pour son produit.

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Mais le groupe pharmaceutique n’entend pas jouer les seconds rôles. Dans l’objectif de doper encore davantage les commandes, l’américain a annoncé, le 27 août, le lancement aux Etats-Unis d’une version en flacon de son médicament, vendue à la moitié du prix catalogue de sa version sous stylo-injecteur. Un choix tactique : l’industriel entend ainsi attirer les patients non couverts par leurs mutuelles, mais prêts à payer de leur poche, tout en fluidifiant l’approvisionnement, la mise en flacon de médicaments étant industriellement moins complexe que la production de stylos-injecteurs.

En parallèle, il s’est attelé, à l’instar de Novo Nordisk, à étendre son réseau de fabrication. Ces derniers mois, ils ont ainsi multiplié les investissements, en mettant des milliards d’euros dans leurs usines à travers le monde.

Nouvelles molécules

Le duopole va devoir également composer avec l’arrivée d’une flopée de concurrents. Appâtées par les juteuses perspectives de ventes, de nombreuses biotechs, mais aussi des Big Pharma, se sont lancées à l’assaut du marché. Développé par l’américain Amgen, le MariTide, aujourd’hui en cours d’étude clinique de phase 2, et qui selon son PDG, Robert Bradway, permettrait de réduire le nombre d’injections en passant à une administration mensuelle plutôt qu’hebdomadaire, ferait partie des concurrents potentiels sérieux.

Associé à la biotech danoise Zealand Pharma, le laboratoire allemand Boehringer Ingelheim mise de son côté sur le survodutide, une molécule en cours d’étude de phase 3, dont les données de phase 2 ont montré une réduction de 19 % du poids après injection d’une dose hebdomadaire de 4,8 milligrammes sur quarante-six semaines.

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Le suisse Roche étudie quant à lui plusieurs programmes, acquis lors de son rachat de la biotech Carmot en 2023, dont l’un, le CT-996, se présente sous la forme d’un comprimé à prendre quotidiennement. L’arrivée d’un médicament oral, plus pratique pour le patient, et plus simple à produire, constituerait un atout précieux. Moins avancés dans le développement de leurs candidats-médicaments, l’américain Pfizer, en dépit d’un premier échec en 2023, et le britannique AstraZeneca sont également sur les rangs.

Face à cette concurrence, Novo Nordisk et Lilly cherchent déjà la parade. Les industriels travaillent à toute une série de nouvelles molécules, destinées à être encore plus efficaces pour traiter l’obésité. « Nous sommes en position d’être compétitifs aujourd’hui et demain (…) Tout le monde est sur le pont », assurait Patrik Jonsson, vice-président de Lilly, le 8 août.

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Les nouveaux médicaments anti-obésité, succès public et financier malgré la prudence des professionnels de santé

Wegovy, Ozempic, Zepbound… De nouveaux traitements sont en train de changer le visage d’une maladie qui touche un milliard d’humains, faisant la fortune des laboratoires qui les ont conçus et bouleversant des secteurs entiers. 

Par  hier à 05h47, modifié hier à 09h21 https://www.lemonde.fr/economie/article/2024/09/05/l-irresistible-vague-des-medicaments-anti-obesite_6304515_3234.html

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Une affiche publicitaire vantant les injections de sémaglutide, à New York (Etats-Unis), le 25 juin 2024.
Une affiche publicitaire vantant les injections de sémaglutide, à New York (Etats-Unis), le 25 juin 2024. RICHARD B. LEVINE / NEWSCOM / SIPA

Assiste-t-on à un tournant dans la lutte contre l’obésité ? Après des décennies d’échecs dans la mise au point de traitements efficaces, l’arrivée d’une nouvelle génération de médicaments, qui affiche des résultats cliniques particulièrement prometteurs (de 15 % à 20 % de perte de poids en moyenne), suscite un vif enthousiasme ces dernières années auprès des patients. Au point que leurs fabricants, submergés par les commandes, peinent à répondre à la demande, malgré des usines tournant à plein régime.

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Avec plus d’un milliard de personnes dans le monde atteintes d’obésité, dont 890 millions d’adultes, ces traitements ne manquent pas de clients potentiels. D’autant que ces chiffres ne cessent de croître. En l’espace de trente ans, le taux d’obésité a plus que doublé chez les adultes et quadruplé parmi les enfants et les adolescents. Une aubaine pour le danois Novo Nordisk et l’américain Lilly, les laboratoires pharmaceutiques à l’origine du Wegovy et du Zepbound, ces nouveaux médicaments anti-obésité tant convoités. Les industriels n’ont d’ailleurs pas eu beaucoup d’efforts à fournir pour populariser leurs produits. Sur les réseaux sociaux, des anonymes euphoriques, à coups de photos virales avant et après traitement, se sont chargés d’en assurer la promotion. Tout comme les célébrités, à l’instar d’Elon Musk ou d’Oprah Winfrey, qui chantent leurs louanges.

Disponibles uniquement sur ordonnance, le Wegovy et le Zepbound (baptisé « Mounjaro » en Europe) se présentent sous la forme de stylos injecteurs préremplis, que les patients s’autoadministrent à un rythme hebdomadaire, à l’image des solutions disponibles dans le traitement du diabète. La coïncidence n’est pas fortuite. Ils font tous deux partie de la famille des analogues du GLP-1, qui comprend notamment le sémaglutide et le tirzépatide, leurs principes actifs respectifs, déjà utilisés depuis plusieurs années comme antidiabétiques en raison de leurs propriétés de régulation de la glycémie.

« Une base scientifique solide »

Car si ces produits, qui ralentissent également la vidange gastrique et augmentent la sensation de satiété, font aujourd’hui fureur auprès des patients obèses, ils sont en effet loin d’être nouveaux. Le tout premier analogue du GLP-1, l’exénatide, a été commercialisé par l’américain Lilly en 2005 pour la gestion du diabète.

En 2014, le liraglutide (Saxenda) était, quant à lui, le premier de cette classe de médicaments à décrocher une approbation dans le traitement de l’obésité. « Ils ont depuis largement été utilisés et disposent déjà de nombreuses études qui attestent d’une base scientifique solide, même si l’on est encore très loin d’avoir épuisé toutes les connaissances à leur sujet », observe l’épidémiologiste Mahmoud Zureik, à la tête d’Epi-Phare, l’agence publique qui mesure l’efficacité et la sécurité des médicaments.

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Les analogues du GLP-1 n’ont toutefois réellement pris leur envol qu’avec l’arrivée du sémaglutide, développé par le laboratoire Novo Nordisk (et connu d’abord sous le nom d’Ozempic). Affichant lors des essais cliniques une perte de poids moyenne de 12,4 % chez les participants après cinquante-six semaines, et près de 15 % au bout de deux ans, cette molécule s’est révélée bien plus efficace que ses prédécesseures, dont les moyennes tournaient plutôt entre 5 % et 8 %. L’arrivée du tirzépatide de l’américain Lilly, qui, pris à la dose la plus élevée, a induit dans les études une perte de poids moyenne de près 18 % sur un an et demi, a encore accru l’intérêt de ces produits. D’où leur incroyable succès.

« L’engouement s’explique aussi par le peu d’options en termes de médicaments qui existaient jusqu’ici pour traiter cette maladie chronique, souligne Karine Clément, professeure de nutrition à l’hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière. Avant les années 2010, quasiment tous les traitements développés ont échoué, principalement à cause de leurs effets secondaires graves. » Pour les patients, l’arrivée de cette nouvelle pharmacopée, en dépit de leurs effets secondaires connus (nausées, diarrhées, constipations, vomissements…), a non seulement soulevé un formidable espoir, mais elle est aussi venue légitimer une pathologie pour laquelle les malades étaient souvent considérés comme responsables de leur état.

« La prise en charge doit être globale »

De là à parler de révolution, il n’y a qu’un pas que les professionnels de santé se gardent bien de franchir. « C’est une nouvelle ère qui s’ouvre, mais ces traitements ne sont pas des produits miracles qui vont régler à eux seuls le problème. La prise en charge de l’obésité doit être globale : modification des habitudes alimentaires, activité physique… », avertit Karine Clément.

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Du côté des marchés financiers, l’emballement est bien réel. En Bourse, les fabricants de médicaments anti-obésité ont flambé ces trois dernières années. « La société Novo Nordisk est aujourd’hui devenue la première capitalisation boursière européenne, et Lilly, sa rivale, est passée en tête des valorisations de l’industrie pharmaceutique au niveau mondial », souligne Florent Cespedes, analyste chez Berstein.

Selon les estimations, les médicaments anti-obésité pourraient rapporter plus de 100 milliards de dollars (90,2 milliards d’euros) d’ici à la fin de la décennie. Et cela, sans compter les potentiels nouveaux débouchés de ces produits. Des études cliniques récentes de Novo Nordisk et Lilly menées sur des patients obèses ont ainsi mis en avant des résultats très prometteurs sur l’insuffisance cardiaque, la prévention des accidents vasculaires cérébraux, l’insuffisance rénale ou l’apnée du sommeil.

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D’autres recherches, encore à des stades très préliminaires, soulignent d’éventuels effets des analogues du GLP-1 sur les addictions à l’alcool ou au tabac, la stéatose hépatique (plus connue sous le nom de « maladie du foie gras »), Alzheimer et même Parkinson. « Cela rappelle l’arrivée des statines il y a trente ans. Les articles de recherche sur leurs vertus supposées pour prévenir les fractures des hanches, Alzheimer ou certains cancers, au-delà de leur utilisation dans l’hypercholestérolémie, ont foisonné. Mais, finalement, rien n’a été confirmé », met en garde Mahmoud Zureik.

L’industrie agroalimentaire pourrait en pâtir

Les spéculations sur les conséquences d’une épidémie de kilos en moins frisent même parfois la démesure. L’industrie agroalimentaire, qui, selon certains experts, pourrait pâtir de l’effet coupe-faim des traitements, est ainsi scrutée de près. Tout comme les paniers de courses des géants de la grande distribution. Il y a un an, le patron de l’enseigne américaine Walmart avait affolé les marchés après avoir admis observer une légère inflexion dans les habitudes d’achats de ses clients.

Dans le secteur médical, certains oracles de la finance pronostiquent déjà une baisse des chirurgies bariatriques et des ventes de dispositifs médicaux pour les pathologies liées à l’obésité. Jusqu’à présent, le seul dommage collatéral reste celui de l’industrie des régimes alimentaires, où l’ancienne gloire du secteur, Weight Watchers, a annoncé, au mois d’août, un plan de restructuration après avoir vu son cours de Bourse chuter de plus de 90 % depuis le début de l’année.

Avant de faire l’inventaire des gagnants et des perdants, encore faut-il que ces médicaments soient adoptés à grande échelle. Si la demande des patients est pour l’instant au rendez-vous, certaines inconnues demeurent. « On doit repenser la prise en charge de l’obésité afin de bâtir la séquence thérapeutique idéale pour chaque patient. Qui sont les bons répondeurs à ces médicaments ? A quel moment de leur parcours de soins faut-il les prescrire ? Pour quelle durée ? Toutes ces questions sont encore sans réponses », souligne Sébastien Czernichow, professeur à l’université Paris Cité et chef du service de nutrition à l’hôpital européen Georges-Pompidou.

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Autre défi de taille : le coût de ces traitements, aujourd’hui très onéreux. En surchauffe ces dernières années, les systèmes de santé s’inquiètent du choc sur leurs budgets. Au Danemark, patrie du Wegovy, un comité d’experts a ainsi recommandé, en juin, d’en restreindre les prescriptions, tandis qu’aux Pays-Bas un autre déconseillait au ministre de la santé néerlandais, mi-juillet, leur remboursement.

Aux Etats-Unis, le Congressional Budget Office relevait en mars que les économies potentielles d’une réduction de l’obésité ne compenseraient pas, à ce stade, les coûts d’une prise en charge de ces produits. « L’arrivée de nouveaux produits concurrents sur le marché dans les prochaines années fera baisser leurs prix », estime Florent Cespedes. Dans tous les cas, les négociations de prix entre les autorités de santé et les laboratoires s’annoncent ardues.

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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