« Le redressement des hôpitaux est une urgence sociale et politique »
Tribune
Les trois responsables socialistes Guillaume Garot, Olivier Faure et Antoine Pelissolo plaident, dans une tribune au « Monde », pour un plan de redressement de l’hôpital public qui privilégie les besoins des patients et la défense de ses personnels.
« Désengorger les urgences avant la fin 2024. » La promesse d’Emmanuel Macron était belle, mais purement incantatoire puisque non accompagnée des grandes mesures structurelles indispensables pour sortir les hôpitaux de l’ornière dans laquelle ils s’enfoncent depuis des années.
Cet été, la liste des urgences fermées la nuit, tous les jours ou de manière récurrente est redevenue est une longue litanie, et les délais d’attente pour les patients, qui doivent être hospitalisés urgemment, se comptent souvent en jours, voire en semaines. Impensable il y a seulement quelques années, ce constat de carence majeure ne semble plus choquer certains responsables politiques, comme en témoigne l’autosatisfecit, mi-août, du ministre délégué à la santé démissionnaire, Frédéric Valletoux, expliquant qu’avec une « cinquantaine d’hôpitaux en tension », la situation est meilleure qu’en 2023…
Comment s’habituer à de tels chiffres, probablement loin de la réalité d’ailleurs, qui cachent tant de souffrances pour les malades et leurs proches, tant de complications et d’angoisses, et de plus en plus des pertes de chances de traitements qui risquent de se traduire, hélas, par des décès normalement évitables ? Sans parler des conditions de travail de tous les personnels hospitaliers, en première ligne face aux dysfonctionnements qu’ils tentent d’atténuer par un engagement sans faille, mais à qui on ne peut demander à la fois des efforts non récompensés et la recherche de solutions à des problèmes dont ils ne sont en rien responsables.
L’été est une période difficile du fait des congés, mais les épidémies de l’automne et de l’hiver provoquent, tous les ans, les mêmes engorgements aux urgences et en pédiatrie. Les services de psychiatrie ou de gériatrie, eux, sont débordés en toutes saisons. La crise est profonde et en rien conjoncturelle.
Question cruciale des effectifs
La saturation des urgences est la conséquence des dysfonctionnements de l’ensemble du système hospitalier, voire du système de santé dans sa globalité. Les trois étapes du parcours de soins sont touchées par des défaillances : en amont, par les insuffisances de prise en charge précoces et régulières conduisant à un recours accru aux urgences ; au sein des services d’urgences, par les pénuries de personnels ; en aval, par le manque de lits pour hospitaliser les patients.
Il est donc impératif et urgent de construire et de déployer un grand plan de redressement de l’hôpital public, avec pour objectifs premiers les besoins des patients, et comme levier d’action la défense de ses personnels. Toutes les réformes institutionnelles, organisationnelles ou technologiques, aussi pertinentes soient-elles, ne suffiront jamais à sortir les hôpitaux de la crise si les soignants ne sont pas considérés à leur juste valeur, c’est-à-dire la ressource vitale et la richesse essentielle de tout établissement de santé. Le soin est avant tout humain et, encore plus que tout autre service public, l’hôpital ne peut jouer son rôle qu’avec des personnels en nombre suffisant, reconnus pour leurs compétences et leur engagement, et dotés des moyens nécessaires pour mettre en œuvre leur savoir-faire.
Deux objectifs majeurs sont donc encore à remplir car insuffisamment pris en compte jusqu’à présent : la revalorisation des statuts et des rémunérations, et l’amélioration structurelle des conditions de travail. La question des effectifs est ici la plus cruciale, notamment pour les personnels au contact des patients, car elle est déterminante pour le temps qui peut leur être consacré. D’une manière ou d’une autre, une adéquation du nombre minimum de soignants par rapport au nombre de patients pris en charge doit être définie réglementairement, c’est une priorité absolue.
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Cette question des effectifs et des statuts est illustrée par l’actualité récente concernant le nombre d’internes, prévu en baisse pour novembre. Au-delà de l’aspect très conjoncturel d’une réforme qui aurait dû être mieux accompagnée, le malaise principal découle du fait que beaucoup d’hôpitaux, notamment universitaires, ne disposent pas des ressources médicales suffisantes pour fonctionner sans internes, alors qu’il s’agit de médecins en formation qui ont besoin d’être encadrés et dont le rôle principal ne devrait pas être de « faire tourner » les services. Faute de titulaires en nombre suffisant, l’activité de beaucoup de services repose sur ces étudiants, au risque qu’ils soient très fragilisés en cas de réduction de leurs effectifs. Il faut adapter les contingents de praticiens hospitaliers ou universitaires à la charge réelle de leurs services.
Précarité des médecins étrangers
Par ailleurs, le recours à des médecins étrangers ne devrait pas être considéré comme un palliatif. C’est trop souvent le cas actuellement, et cela dans des conditions précaires et avec des rémunérations scandaleusement faibles. Il faut en tout cas revaloriser leurs revenus, à la hauteur de leur niveau de formation et des services qu’ils rendent à la collectivité, en les alignant sur les revenus des médecins français effectuant le même travail.
S’y ajoute enfin le nécessaire maillage du service public hospitalier sur l’ensemble du territoire national, particulièrement en milieu rural où l’éloignement des habitants explique leur moindre prise en charge, et dans les outre-mer, avec une offre inférieure à celle de l’Hexagone.
Le redressement des hôpitaux est une urgence sociale et politique, pour les missions qui leur sont propres mais aussi pour qu’ils puissent contribuer à la réparation de l’ensemble du système de santé. Ils doivent jouer un rôle essentiel dans la lutte contre les déserts médicaux, en permettant de concilier qualité de l’offre de soins et proximité avec des coopérations ville-hôpital renforcées et la participation à des centres de santé dans les territoires en manque de professionnels. Mais ceci est impossible tant que leur équilibre financier et leur fonctionnement courant ne seront pas consolidés, ce qui ne peut plus attendre.
Guillaume Garot, député (Parti socialiste, PS) de la Mayenne, auteur d’une proposition de loi transpartisane de lutte contre les déserts médicaux ; Olivier Faure, premier secrétaire du PS et député de Seine-et-Marne ; Antoine Pelissolo,secrétaire national du PS, chargé de l’hôpital, chef du service de psychiatrie du GHU Henri-Mondor, à Créteil.