Michel Barnier premier ministre : comment Emmanuel Macron fait du RN un faiseur de roi et de lois (L’Humanité)

Méprisant le résultat des élections législatives qui ont porté le Nouveau Front populaire en tête, le président de la République a fait le choix de désigner Michel Barnier comme premier ministre avec l’aval du Rassemblement national, promu par Emmanuel Macron en faiseur de chef de gouvernement.

Du barrage républicain au Rassemblement national, il n’y a pas un monde, mais deux mois. Et treize lettres : Michel Barnier. Alors qu’à la veille du second tour des élections législatives, le 30 juin, Emmanuel Macron appelait à un « large rassemblement clairement démocrate et républicain » pour contrer l’extrême droite, le voilà qui lui obéit au doigt et à l’œil pour dessiner l’avenir politique du pays. Ou plutôt le sien.

Qu’importe que le Nouveau Front populaire soit arrivé en tête le 7 juillet en obtenant 193 sièges de députés, depuis rassemblés derrière la candidature de Lucie Castets à Matignon. Le président a préféré virer à tribord toutes en nommant à la fonction de premier ministre une figure des « Républicains », l’une des rares que le RN n’entendait pas automatiquement censurer.

Contrairement à Bernard Cazeneuve ou de Xavier Bertrand, recalés par l’extrême droite. « Le président s’est assuré que le premier ministre et le gouvernement à venir réuniraient les conditions pour être les plus stables possible, a immédiatement indiqué l’Élysée. Et se donner les chances de rassembler le plus largement. » Jusqu’aux ennemis d’hier.

Marine Le Pen savoure

« Michel Barnier semble répondre au moins au premier critère que nous avions réclamé, savoure Marine Le Pen. C’est-à-dire quelqu’un qui soit respectueux des différentes forces politiques et capable de pouvoir s’adresser au RN de la même façon qu’aux autres groupes. Ce sera utile parce que des compromis devront être trouvés. » En lui octroyant ce rôle d’arbitre, le chef de l’État place ainsi les 126 députés du RN en position de pivot, faiseurs de roi comme de lois.

Jordan Bardella, son président et eurodéputé, l’a bien compris : rien ne se décidera sans son parti, jubile-t-il. À moins de se heurter à la censure de ses troupes : « Nous jugerons sur pièces son discours de politique générale, ses arbitrages budgétaires et son action. Nous plaiderons pour que les urgences majeures des Français (…) soient enfin traitées. Et nous nous réservons tout moyen politique d’action si ce n’était pas le cas dans les prochaines semaines. »

Même si le député RN Jean-Philippe Tanguy voit en Michel Barnier un « fossilisé de la politique » du fait de sa (très) longue carrière, son parti, habitué du double jeu, entend composer avec cet ultralibéral : un ancien commissaire européen, soutien du « oui » au traité constitutionnel de 2005, garant de la rigueur budgétaire la plus stricte, donc de la doxa bruxelloise que le RN prétend combattre…

Il faut dire que, entre Michel Barnier et l’extrême droite, les points de convergence sont nombreux, et l’hostilité à l’immigration n’est pas des moindres. « Moratoire, limitation drastique du regroupement familial, fin des régularisations, de l’aide médicale d’État, expulsions facilitées… Monsieur le premier ministre, c’est le moment de tenir vos promesses ! » a lancé l’eurodéputée Marion Maréchal sur le réseau social X, en référence au programme présidentiel du nouveau locataire de Matignon lors de la primaire de la droite de 2021. « Les ingrédients sont réunis pour que la politique du président soit poursuivie, observe Lucie Castets dans un entretien à MediapartVoire qu’elle s’approprie davantage les grands marqueurs du RN. »

À gauche, les réactions n’ont pas tardé pour dénoncer ce choix contraire à l’expression des urnes. « C’est un coup de force, un déni de démocratie ! s’est insurgé Fabien Roussel, secrétaire national du PCF. Nous utiliserons tous les moyens à notre disposition pour combattre une politique qui tournerait le dos aux intérêts de la France, à commencer par la censure du gouvernement. »

Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, prédit de son côté « une crise de régime » avec le « déni démocratique porté à son apogée » que constitue la désignation d’un « premier ministre issu du parti qui est arrivé en 4e position et qui n’a même pas participé au front républicain ».

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Au nom de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon a, lui, dénoncé un « vol » de l’élection au « peuple français » : « Le message a été nié. Aussi bien le président, prétendant qu’il s’est assuré de la plus grande stabilité avec monsieur Barnier, avoue-t-il qu’il a d’ores et déjà reçu des engagements dans ce domaine. Sinon, comment pourrait-il croire qu’il y aura une majorité à l’Assemblée nationale pour accepter le budget qui est préparé dans l’ombre par ses ministres démissionnaires ? »

Une session extraordinaire du Parlement demandée

Tous les groupes parlementaires de gauche ont d’ailleurs fait savoir qu’ils voteront une motion de censure pour faire tomber le premier ministre. À l’inverse, les parlementaires LR, par la voix de leur président de groupe Laurent Wauquiez, ont salué « un homme d’une grande qualité qui a tous les atouts pour réussir dans cette difficile mission ». Dans le camp présidentiel, une seule voix discordante, celle de l’ex-macroniste Sacha Houlié, inquiet du fait que « cette nomination se justifie par la stabilité d’un gouvernement suspendu à la bienveillance du RN ».

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Le discours de politique générale du nouvel hôte de Matignon ne devrait pas se faire attendre : la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a demandé au président de la République la convocation « indispensable » d’une session extraordinaire du Parlement dans les meilleurs délais. « Le premier ministre doit pouvoir se présenter devant la représentation nationale pour exposer ses priorités et participer à des séances de questions », a-t-elle écrit dans son courrier adressé à Emmanuel Macron.

Sur le perron de Matignon, ce jeudi soir, Michel Barnier a donné un avant-goût de sa future adresse aux parlementaires. À l’occasion de la passation des pouvoirs avec son prédécesseur, Gabriel Attal, qui a souligné la capacité à « manœuvrer » en milieu hostile de l’ancien négociateur du Brexit, le nouveau premier ministre a promis de ne pas être « sectaire ».

« Quand on est sectaire, c’est que l’on est pas sûr de ses idées », a-t-il affirmé, promettant de respecter « toutes » les forces politiques représentées au Parlement et de piocher « partout » de « bonnes idées ». Dans certains camps plus que dans d’autres.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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