La nomination de Michel Barnier à Matignon accueillie avec circonspection par les acteurs de l’environnement
Quel est le Michel Barnier qui arrive rue de Varenne ? Le ministre de l’Environnement de 1993 qui a obtenu certaines avancées environnementales ou le représentant d’une formation politiquement minoritaire qui ne se distingue pas par son progressisme ?
Gouvernance | 05.09.2024 https://www.actu-environnement.com/ae/news/michel-barnier-nomination-matignon-accueil-circonspection-acteurs-environnement-44666.php4#ntrack=cXVvdGlkaWVubmV8MzYwNA%3D%3D%5BNDExMDgz%5D

© Parlement européenMichel Barnier, nommé Premier ministre, est chargé de former le nouveau gouvernement.
C’est la fin du nouveau monde. Emmanuel Macron a finalement choisi, après cinquante-et-un jours d’atermoiements, de nommer à Matignon celui qui était le ministre de l’Environnement d’Édouard Balladur, de 1993 à 1995, sous la présidence de François Mitterrand. Un autre siècle.
Si Michel Barnier n’a pas laissé que de mauvais souvenirs lors de son passage dans cette fonction, ni à la tête du ministère de l’Agriculture de 2007 à 2009 ou en tant que commissaire européen, les organisations impliquées dans la politique environnementale de la France s’interrogent sur l’action que va mener ce représentant des Républicains, formation qui ne se distingue pas par son progressisme en matière d’écologie.
Sans parler du problème politique, dénoncée par toute la gauche, de nommer le représentant d’une formation politique de droite alors que le Nouveau Front de gauche est sorti en tête des élections législatives du 7 juin dernier. Une indignation dont le tweet du sénateur écologiste Ronan Dantec est assez représentatif. « Cette nomination est un scandale démocratique. Sans le Front républicain, initié par la gauche, nombre de députés Renaissance ou LR ne seraient pas élus. Et c’est à Marine Le Pen que Macron confie l’arbitrage final du choix du Premier ministre. Inqualifiable ! » cingle l’élu.
« Dirigeant solide et respecté »
Les réactions ne sont cependant pas toutes négatives. Le Comité 21 salue ainsi la nomination de Michel Barnier. « Son parcours, marqué par un engagement de longue date sur les enjeux européens et nationaux, en fait un dirigeant solide et respecté. Tout au long de sa carrière, Michel Barnier s’est distingué par une sensibilité particulière aux questions environnementales. (…) En 1995, il a marqué une étape importante dans la gestion des risques environnementaux en France grâce à une réforme ambitieuse, connue sous le nom de « loi Barnier ». Celle-ci a notamment introduit le principe de précaution dans le droit français, permettant une gestion proactive des menaces environnementales, et a renforcé l’évaluation environnementale des grands projets publics et privés », rappelle cette association qui a pour ambition de fédérer les acteurs français du développement durable.“
Michel Barnier ne s’est pas illustré ces dernières années en ardent défenseur de l’écologie et il est à craindre qu’il ne fasse pas de la transition écologique une priorité ”RAC
Les ONG environnementales sont, de manière générale, beaucoup plus circonspectes. « Michel Barnier ne s’est pas illustré ces dernières années en ardent défenseur de l’écologie et il est à craindre qu’il ne fasse pas de la transition écologique une priorité », réagit le Réseau Action Climat (RAC) sur X. Pour Greenpeace France, il apparaît d’ores et déjà clair que « le renouveau écologique et social n’aura pas lieu ». « Dans un contexte où le besoin de changement est plus pressant que jamais et où des millions de citoyennes et de citoyens se sont rendus dans les urnes pour placer le bloc de gauche, mené par le Nouveau Front populaire en tête des législatives, cette nomination s’inscrit dans la continuité d’une politique ultralibérale maintes fois dénoncée par notre organisation pour son incompatibilité avec les enjeux de transformation radicale de notre système économique afin de répondre à la crise environnementale et sociale », dénonce l’ONG. Celle-ci met toutefois au crédit de Michel Barnier « un intérêt sincère pour les problématiques environnementales et un bilan concret sur ces sujets ».
Sur une tonalité proche, l’ONG 350.org dénonce un choix qui « risque d’aggraver les inégalités et la précarité, particulièrement pour les populations les plus vulnérables, face à une inflation galopante et une crise climatique qui s’intensifie ». « Après une précédente législature marquée par de graves reculs sur le plan environnemental », le WWF France exhorte de son côté le nouveau Premier ministre à « renforcer les engagements du Gouvernement pour la transition écologique et la protection de la biodiversité ». « Dans un contexte budgétaire très contraint, (…) plusieurs propositions visant à générer de nouvelles recettes vertes ou à réduire les dépenses nuisibles à l’environnement pourraient offrir aux finances publiques des marges de manœuvre indispensables pour impulser le changement », suggère l’ONG pour qui l’absence de majorité absolue ne signifie pas impuissance.
Un dirigeant connu des organisations agricoles
Michel Barnier est déjà connu des organisations agricoles du fait de son passage au ministère. Jeunes Agriculteurs et la FNSEA adressent leurs félicitations au nouveau Premier ministre et l’appellent à « se saisir au plus vite » de la proposition de loi qu’ils ont dévoilée il y a quelques jours. Un texte qui prévoit notamment d’alléger les contraintes pour les exploitants agricoles, notamment en termes de réglementation des installations classées, de réduction des délais des contentieux, d’allègement des sanctions environnementales ou de simplification de la gestion des haies. Cette proposition de loi prévoit également de réautoriser l’acétamipride, un insecticide néonicotinoïde interdit en France en 2020. Une proposition dénoncée par l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf) qui avait œuvré à cette interdiction.
La Confédération paysanne demande, quant à elle, à être reçue en urgence par le nouveau chef de gouvernement « pour aborder les priorités : les prix et le revenu, la régulation des marchés et la fin des accords de libre-échange, une PAC redistributive et des politiques publiques de protection des paysan·nes face aux aléas climatiques et sanitaires ». « S’agissant des dossiers emblématiques que sont l’A69 et les mégabassines, nous dirons à cet homme de dialogue notre détermination à les stopper et à faire rétablir le dialogue pour la préservation et le partage du foncier et de l’eau, indispensables pour la souveraineté alimentaire », ajoute le syndicat paysan.
« Nous devons admettre que Michel Barnier, en tant que ministre de l’Agriculture, a su résister aux pressions, notamment celles de la FNSEA, durant les négociations du Grenelle sur les pesticides (…). À cette époque, il avait également ouvert son ministère aux associations environnementales, rompant ainsi avec la seule cogestion traditionnelle entre l’État et les syndicats agricoles dominants », salue l’association Générations futures. « En tant que Premier ministre, Michel Barnier devra (…) s’affranchir des influences des lobbies agrochimiques, qui ont pesé de manière excessive sur les décisions de ses prédécesseurs. Nous espérons que Michel Barnier, fort de son expérience passée, saura prendre des décisions fondées sur la science indépendante et l’intérêt général, plutôt que de céder aux pressions économiques de court terme ou aux oukases de l’extrême droite ! » exhorte François Veillerette, porte-parole de l’association.
Renouer le dialogue entre l’État et les collectivités
Du côté des associations d’élus locaux, les réactions se caractérisent par un appel à renouer le dialogue entre l’État et les collectivités territoriales. « L’urgence réside principalement dans la préparation du budget. (…) Le Parlement, le Gouvernement et l’ensemble des associations d’élus doivent travailler main dans la main à ce travail essentiel à la bonne marche du pays », presse Intercommunalités de France. « La France a besoin aujourd’hui de changer de méthode de gouvernance, en associant tous les acteurs qui partagent les valeurs républicaines. Pour répondre aux attentes exprimées par les Français, nous devons instaurer un meilleur équilibre des rapports entre l’État et les collectivités », estime Carole Delga, présidente de Régions de France.
Côté fédérations professionnelles, la Capeb appelle Michel Barnier à « la tenue d’un Grenelle du logement conjuguant construction neuve et rénovation pour répondre à l’ampleur des besoins ». « La rénovation énergétique est une priorité nationale qui ne peut être une variable d’ajustement. Elle doit faire l’objet d’une stratégie et d’investissements à long terme, d’autant plus que chaque euro investi dans MaPrimeRénov’ rapporte trois euros à l’État », plaide l’organisation représentant les artisans du bâtiment.
De son côté, France Renouvelables demande au chef du gouvernement « une action immédiate permettant l’aboutissement de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) ». « Nous comptons sur M. Barnier, et son futur gouvernement, pour remettre les faits, la rationalité et l’expertise dans le débat énergétique », ajoute le syndicat représentant la filière des énergies renouvelables électriques.
Reste à voir quelle orientation le nouveau locataire de Matignon va donner à son action, en premier lieu à travers la nomination de son équipe gouvernementale, dans un cadre politique d’une instabilité inédite sous la Ve République.

Laurent Radisson, journaliste
Rédacteur en Chef de Droit de l’Environnement
Nomination de Michel Barnier comme Premier ministre : « une refonte en profondeur des politiques agricole, environnementale et de santé publique est nécessaire ! » (Communiqué de générations futures)
Émis par : Générations Futures

La nomination de Michel Barnier au poste de Premier ministre doit tourner la page des errements du gouvernement Attal, marqué par un affaiblissement des engagements en matière d’environnement et de santé publique.
Générations Futures appelle aujourd’hui à un changement radical de cap, en mettant en avant l’urgence d’une politique plus ambitieuse et responsable en matière de santé environnementale.
Retour sur le passé : Michel Barnier, ministre de l’Agriculture
Nous devons admettre que Michel Barnier, en tant que ministre de l’Agriculture, a su résister aux pressions, notamment celles de la FNSEA, durant les négociations du Grenelle sur les pesticides. Il a maintenu les objectifs de réduction des pesticides du Plan Ecophyto et son indicateur de référence, le NODU. À cette époque, il avait également ouvert son ministère aux associations environnementales, rompant ainsi avec la seule cogestion traditionnelle entre l’État et les syndicats agricoles dominants.
Cependant, 15 ans ont passé, et les récentes prises de position du gouvernement démissionnaire ainsi que les propositions de lois soutenues par la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs (JA) sont extrêmement inquiétantes. Alors que la crise environnementale s’aggrave, il est impératif que Michel Barnier rouvre ces dossiers et réexamine les décisions de son prédécesseur Gabriel Attal,qui avait cédé sans concertation aux lobbies agrochimiques.
Santé environnementale : Un impératif pour les politiques publiques
Les menaces croissantes sur la santé humaine et celle du vivant, en raison de l’exposition aux pesticides, perturbateurs endocriniens et autres substances toxiques, exigent que la santé environnementale soit placée au cœur des politiques publiques. Les dernières années, sous la présidence de M. Macron, ont été marquées par une insuffisance criante dans la gestion de ces enjeux cruciaux. La préservation de l’environnement et la santé publique ont été sacrifiées au profit d’intérêts économiques de court terme, sous l’influence démesurée des lobbies.
« Nous demandons à Michel Barnier de rompreavec ces pratiques et de mettre en place des réformes ambitieuses qui prennent pleinement en compte les effets des pesticides et autres polluants chimiques sur la santé du vivant. Il est indispensable de reconnaître la santé environnementale comme une priorité nationale se matérialisant par une fonction ministérielle dédiée à ce sujet pour construire un avenir sain et durable pour nos concitoyens », déclare François Veillerette, porte-parole de Générations Futures.
« En tant que Premier ministre, Michel Barnier devra également s’affranchir des influences des lobbies agrochimiques, qui ont pesé de manière excessive sur les décisions de ses prédécesseurs. Nous espérons que Michel Barnier, fort de son expérience passée, saura prendre des décisions fondées sur la science indépendante et l’intérêt général, plutôt que de céder aux pressions économiques de court terme ou aux oukases de l’extrême droite ! », poursuit François Veillerette.
Gouvernance : une nouvelle ère d’inclusion et de concertation
La gouvernance en matière de santé publique ne peut plus être une variable d’ajustement. Il est grand temps de mettre en place une gouvernance qui intègre de manière proactive les ONG, les scientifiques indépendants et les représentants de la société civile dans l’élaboration des politiques agricoles et environnementales. Contrairement à la gestion sous le mandat de E. Macron, où les décisions en matière de pesticides et de transition écologique ont souvent été prises sans réelle concertation, nous appelons à un véritable dialogue sociétal ouvert sur ce sujet.
Michel Barnier a désormais l’opportunité d’insuffler une nouvelle dynamique en matière d’agriculture et de protection de l’environnement et de santé environnementale, pour relever les défis majeurs de notre époque et répondre aux attentes des citoyens. Mais saura-t-il le faire alors qu’il devra dans ce cas s’opposer à la droite, l’extrême-droite et la Macronie ? Générations Futures va scruter attentivement les engagements du nouveau PM et de son futur gouvernement sur ces points, soyez en sûr ! …
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François Veillerette – Porte-parole – francois@generations-futures.fr
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