Michel Barnier premier ministre: « élection volée » pour Mélenchon, « tous les atouts pour réussir » selon Wauquiez

Michel Barnier, un homme de consensus à Matignon

L’ancien commissaire européen, membre du parti Les Républicains, devient, en pleine crise politique, premier ministre d’Emmanuel Macron. Il aura la délicate mission de trouver un chemin dans une Assemblée nationale morcelée. 

Par Solenn de RoyerPublié aujourd’hui à 13h27, modifié à 18h13 https://www.lemonde.fr/politique/article/2024/09/05/michel-barnier-un-homme-de-consensus-a-matignon_6304804_823448.html

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Michel Barnier, après une réunion du conseil exécutif du parti Les Républicains, au Musée social, à Paris, le 12 juin 2024.
Michel Barnier, après une réunion du conseil exécutif du parti Les Républicains, au Musée social, à Paris, le 12 juin 2024.  DIMITAR DILKOFF / AFP

Automne 2021, dans le Bas-Rhin. Candidat à la primaire de la droite, en vue de l’élection présidentielle de 2022, Michel Barnier visite une brasserie à Saverne, à côté de Strasbourg. Costume impeccable et cheveux argentés, il croise deux salariés. « J’ai visité votre entreprise : sympa et pro ! », les hèle-t-il, plein d’allant, désireux d’engager un dialogue. Les salariés lui lancent un regard interdit, ne sachant manifestement pas qui il est. L’ancien commissaire européen, qui a passé quinze ans dans les arcanes européens, comprend qu’il doit se présenter : « Michel Barnier, candidat à la présidence de la République ! »

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Peu connu en France, l’ancien négociateur du Brexit devient premier ministre, à 73 ans, en pleine crise politique, avec la délicate mission de trouver un chemin dans une Assemblée nationale éclatée en trois blocs, à l’issue des élections législatives des 30 juin et 7 juillet. Sa longue expérience dans les cercles du pouvoir devrait l’y aider, même si, selon l’un de ses proches, « Michel ne mesure pas la dégradation du débat public en France, ça va être un choc ».

Michel Barnier a cumulé les fonctions : élu plus jeune conseiller général de France à 22 ans, en 1973 ; benjamin des députés, en Savoie, en 1978 ; plus jeune président du conseil départemental de Savoie ; quatre fois ministre (environnement, en 1993 ; affaires européennes, en 1995 ; affaires étrangères, en 2004 ; agriculture, en 2007) ; deux fois commissaire européen ; et, enfin, négociateur du Brexit. Sans oublier son premier fait d’armes, auquel il aime se référer encore trente ans plus tard : l’organisation des Jeux olympiques d’Albertville, en Savoie, en 1992.

« Un bon négociateur »

Michel Barnier, qui va devoir rassurer Bruxelles, alors que la France est visée depuis le mois de juin par une procédure pour déficit public excessif, est respecté sur la scène européenne, qu’il a sillonnée pendant quinze ans, jusqu’à l’accord pour le Brexit, obtenu de haute lutte en décembre 2020. L’ancien commissaire européen s’est même fait applaudir – une rareté – par les Vingt-Sept, qui ont loué son art du consensus, sa patience et sa ténacité, quand il était le négociateur attitré. Dans les couloirs de l’austère Berlaymont, à Bruxelles, même le très provocateur premier ministre hongrois, Viktor Orban, l’apprécie. « C’est un bon négociateur, inclusif, il était très proche de nous », confiait en 2021 le macroniste Clément Beaune, alors secrétaire d’Etat aux affaires européennes.

Au sein du parti Les Républicains (LR), ses détracteurs l’ont longtemps fait passer pour un « macroniste déçu ». Proche d’Emmanuel Macron sur le fond, sur l’économie et l’Europe notamment, Michel Barnier a souvent critiqué la forme. « Vous ne pouvez pas diriger la France sans mettre tout le monde dans le mouvement », répétait-il pendant la pré-campagne présidentielle de 2022, dénonçant une présidence « verticale, arrogante et solitaire ». Ses relations avec le chef de l’Etat ont été en dents de scie. Michel Barnier, qui rêvait de prendre la tête de la Commission européenne en 2019, est convaincu qu’Emmanuel Macron ne l’a pas soutenu. Blessé, il en a gardé une amertume.

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Début 2020, il est approché par l’Elysée pour remplacer Edouard Philippe à Matignon. Mais une condition est posée par Emmanuel Macron : quitter LR, ce qu’il refuse. Depuis, Michel Barnier est resté en contact régulier avec le puissant secrétaire général de l’Elysée, Alexis Kohler, auprès duquel il est souvent venu plaider sa cause et avec qui il se trouve aligné sur de très nombreux sujets.

Le « Joe Biden à la française »

Fin 2020, après avoir bouclé l’accord sur le Brexit à Bruxelles, Michel Barnier rentre en France, désireux d’être « utile » à son pays. Il se lance dans la foulée dans la primaire de la droite, persuadé que, s’il est élu par les militants LR, celui qui se présentait alors comme le « Joe Biden à la française » pourrait être une alternative rassurante à Emmanuel Macron. L’accord du Brexit a pesé lourd dans cette candidature. Selon ses proches, la fréquentation des chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE, côtoyés quatre ans dans l’enceinte du Conseil européen, lui aurait retiré tout complexe.

Né le 9 janvier 1951 à La Tronche (Isère), ce fils d’une chrétienne sociale et d’un républicain anticlérical, qui a poussé la porte de l’Union des démocrates pour la République, le parti gaulliste, à l’âge de 14 ans, a toujours pensé avoir un destin. « Quand il était jeune, il avait une fascination pour Kennedy », confiait, en 2021, l’ex-député LR de Savoie Michel Bouvard. Persuadé de sa valeur, tout comme de sa victoire à la primaire, Barnier répète alors qu’il s’est frotté treize fois au suffrage universel et qu’il a gagné treize fois. Il omet de préciser qu’en 2015, Laurent Wauquiez, son rival pour l’investiture de l’Union pour un mouvement populaire – l’ancien nom de LR –, aux régionales en Auvergne-Rhône-Alpes, n’avait fait de lui qu’une bouchée. Finalement, l’ex- « M. Brexit » arrive troisième au premier tour de la primaire, le 4 décembre 2021, contraint de se ranger derrière Valérie Pécresse pour la présidentielle.

Le « mystère Barnier »

Pendant sa campagne, il prend des positions surprenantes, orthogonales à ses convictions européennes. Sur les questions migratoires, il appelle à « retrouver une souveraineté juridique pour ne plus être soumis aux arrêts de la Cour de justice de l’Union européenne ou de la Cour européenne des droits de l’homme ». Destinés à plaire aux militants LR, réputés plus à droite que leurs élus, ces propos suscitent l’incompréhension à Bruxelles, où l’ancien commissaire se voit accusé de cynisme et de démagogie. L’intéressé, qui revendique alors une « ligne gaulliste patriote, européenne et progressiste », assure à l’inverse que son expérience européenne lui donne une légitimité pour critiquer les dysfonctionnements de l’UE et tenter d’y remédier, « afin d’éviter d’autres Brexit ».

Lire son portrait (2022) :    Election présidentielle 2022 : Michel Barnier, celui qui « coche toutes les cases » mais reste peu connu en France

Dans les couloirs de LR, on s’est souvent interrogé sur le « mystère Barnier ». Lisse, calme et courtois, dénué de tout second degré, il laisse peu de prises. « C’est très difficile de se fâcher avec lui », reconnaît son ami Michel Bouvard. Engagé en politique depuis près d’un demi-siècle, il a de fait échappé sans une égratignure à toutes les querelles de la droite, y compris les plus meurtrières. En 1995, Jacques Chirac, avec qui les relations étaient fraîches, l’a même nommé ministre alors qu’il avait soutenu Edouard Balladur. En 2007, Nicolas Sarkozy, qu’il indiffère, aussi. « C’est assez incroyable d’apparaître, à mon âge, comme quelqu’un de neuf », se félicitait-il auprès du Monde à l’automne 2021.

« J’aime bien programmer, anticiper »

Longtemps, le « major Thompson » de la droite – comme l’appelle le sarkozyste Brice Hortefeux – a été regardé avec un brin de condescendance au sein de sa famille politique, où l’on moquait ses centres d’intérêt – l’Europe et l’environnement – qui n’avaient pas la cote chez les gaullistes. « Quand ça n’intéressait personne, Barnier écrivait des livres pour sauver la planète, rappelait, pendant la campagne présidentielle de 2022, l’ex-conseiller élyséen Pierre-Jérôme Hénin. Beaucoup ricanaient : “Michel, c’est cui-cui les petits oiseaux.” » Mais les militants de droite lui reconnaissent « intégrité » et « cohérence » et louent sa fidélité à son parti, alors que ses deux rivaux à la primaire, Valérie Pécresse et Xavier Bertrand, ont dû reprendre leur carte à LR après avoir rompu avec le parti.

A la fois obstiné et méthodique, Barnier ne laisse rien au hasard, déteste improviser. A Bruxelles, il n’entrait jamais dans une négociation sans que tout soit cadré, millimétré, toutes les positions de repli listées. « J’aime bien programmer, anticiper », répète-t-il. Pierre-Jérôme Hénin, qui fut son collaborateur, louait en 2021 auprès du Monde le « profil rassembleur » et la touche « germano-scandinave » de celui qui a épousé la culture bruxelloise du consensus : « Il sait mettre des gens autour de la table pour trouver une solution. »

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Cette méthode revendiquée – concertation et sens du collectif – sera précieuse à Matignon, où ce premier ministre de crise sera pris en étau entre un président de la République fragilisé mais qui ne veut pas perdre le contrôle et une Assemblée nationale éclatée et vindicative, où LR ne compte que quarante-sept députés. « Ne sois jamais sectaire, c’est une faiblesse », lui répétait sa mère. Sage conseil pour les temps qui viennent.

Solenn de Royer

Les réactions à la nomination de Michel Barnier : « élection volée » pour Mélenchon, « tous les atouts pour réussir » selon Wauquiez

Le Nouveau Front populaire fustige à l’unisson la nomination d’une figure de la droite alors que la coalition de gauche est arrivée en tête aux législatives. Le Rassemblement national, lui, réserve sa prise de position. 

Le Monde avec AFPPublié aujourd’hui à 16h23, modifié à 16h53 https://www.lemonde.fr/politique/article/2024/09/05/les-reactions-a-la-nomination-de-michel-barnier-election-volee-pour-melenchon-tous-les-atouts-pour-reussir-selon-wauquiez_6304896_823448.html

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Négociateur du Brexit, ancien ministre, organisateur des Jeux olympiques d’hiver à Albertville en 1992 : Michel Barnier, 73 ans et figure de la droite, a été nommé premier ministre jeudi 5 septembre par Emmanuel Macron. Dans un paysage politique plus fragmenté que jamais, cette décision a suscité de vives réactions. A commencer par la gauche, où tous les responsables dénoncent une nomination incompatible à leur sens avec le résultat des élections législatives qui ont placé en tête le Nouveau Front populaire.

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« L’élection a été volée aux Français », a dénoncé Jean-Luc Mélenchon. Evoquant « un premier ministre qui est nommé avec la permission et peut être sur la suggestion du Rassemblement national », le leader de La France insoumise (LFI) appelle, dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux« à la mobilisation la plus puissante que possible » samedi, lors de la manifestation contre ce que LFI et des syndicats lycéens et étudiants appellent le « coup de force » d’Emmanuel Macron, à savoir son refus de nommer à Matignon la candidate de la coalition de gauche, Lucie Castets. « Après cinquante-deux jours d’un gouvernement battu dans les urnes, [Emmanuel] Macron continue de se vivre comme en autocrate », a renchéri sur X Mathilde Panot, la patronne des députés « insoumis », qui estime que « le président refuse de respecter la souveraineté populaire et le choix issu des urnes ».

Le secrétaire national du Parti socialiste (PS), Olivier Faure, décrit, de son côté, sur le réseau social X un « déni démocratique porté à son apogée : un premier ministre issu du parti qui est arrivé en quatrième position et qui n’a même pas participé au front républicain » contre l’extrême droite. A ses yeux, la France entre « dans une crise de régime ». Le PS, dans un communiqué, déclare qu’Emmanuel Macron « piétine le vote des Françaises et des Français » et fait savoir qu’il « censurera » le gouvernement de Michel Barnier – ce qui suppose toutefois de faire adopter une motion de censure à la majorité absolue des députés.

Pour Fabien Roussel, « un bras d’honneur »

Dépit comparable du côté de Marine Tondelier. « De qui se moque-t-on ? C’est un vrai scandale », a considéré la cheffe de file des Ecologistes dans une vidéo publiée sur X. Selon elle, « ce qui vient de se passer en France pendant soixante jours (…), si ça s’était passé n’importe où en Europe, on aurait trouvé ça déplorable sur le plan démocratique »« Cette histoire inédite prend une tournure extrêmement préoccupante », a-t-elle poursuivi.

Pour l’ancien député du Nord Fabien Roussel, la nomination de Michel Barnier à Matignon est « un bras d’honneur aux Français qui aspirent au changement ». « Libéral, européiste, antisocial, [Michel] Barnier est aux antipodes du message envoyé par les Français aux législatives », a réagi le secrétaire national du Parti communiste sur X.

De leur côté, le patron du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, et la présidente du groupe du RN à l’Assemblée nationale, Marine Le Pen, ont assuré que leur parti jugerait Michel Barnier sur son « discours de politique générale » avant de décider d’une éventuelle censure. « Nous plaiderons pour que les urgences majeures des Français, le pouvoir d’achat, la sécurité, l’immigration, soient enfin traitées, et nous nous réservons tout moyen politique d’action si ce n’était pas le cas dans les prochaines semaines », a affirmé Jordan Bardella sur X.

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Michel Barnier « semble répondre au moins au premier critère que nous avions réclamé, c’est-à-dire un homme qui soit respectueux des différentes forces politiques et capable de pouvoir s’adresser au Rassemblement national, qui est le premier groupe de l’Assemblée nationale, de la même façon qu’aux autres groupes », a déclaré, de son côté, Marine Le Pen sur LCI.

Dans le bloc central, le parti macroniste, Renaissance, a fait savoir sur X qu’il compte présenter ses « priorités programmatiques » au nouveau locataire de Matignon et ne votera pas de « censure automatique » contre le nouveau gouvernement qu’il doit former. Pour Renaissance, le président a « rempli son rôle constitutionnel » en vue d’un « gouvernement stable »« Nous devons désormais réunir pour réussir (…). Les députés y prendront toute leur part et sauront prendre leurs responsabilités », a réagi, pour sa part, sur X Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale et membre du groupe politique macroniste.

Renaud Muselier (Renaissance), le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur a félicité Michel Barnier. « Nous avons besoin d’un gouvernement de sauvegarde nationale, et tout doit être fait pour qu’il réussisse. L’intérêt national, la responsabilité, c’est de l’aider et se rendre disponibles pour apporter nos contributions, a-t-il souligné sur X. Michel Barnier a les valeurs qu’il faut dans de telles circonstances : celles d’une droite gaulliste et rassembleuse. Refus des extrêmes et des incompétents. Constance, travail et grande expérience. »

La « totale confiance » d’Olivier Marleix

Edouard Philippe, l’ex-premier ministre d’Emmanuel Macron qui a annoncé mardi sa candidature à la prochaine élection présidentielle, a également réagi à la nomination de M. Barnier. « Sa tâche s’annonce rude mais la difficulté ne lui a jamais fait peur. Et nous serons nombreux à l’aider », a-t-il écrit sur X.

A droite, Laurent Wauquiez, le chef de file des députés de la Droite républicaine, s’est dit très enthousiaste sur X. M. Barnier « est un homme d’une grande qualité qui a tous les atouts pour réussir dans cette difficile mission qui lui est confiée », a-t-il écrit. Satisfecit également pour Olivier Marleix, vice-président du parti Les Républicains (LR), qui a fait part de sa « totale confiance » sur le même réseau. Quant à Valérie Pécresse (LR), la présidente de la région Ile-de-France, a jugé sur X que le nouveau locataire de Matignon « doit trouver un chemin parlementaire pour pouvoir rétablir l’ordre dans [les] comptes [de l’Etat][aux] frontières et dans [les] rues [de France] ».

La présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, a aussi félicité sur X ce fin connaisseur de Bruxelles qui fut tour à tour eurodéputé, commissaire européen et chargé de négocier avec Londres le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne. « Je sais que Michel Barnier a les intérêts de l’Europe et de la France à cœur, comme le démontre sa longue expérience », a-t-elle écrit.

Le Monde avec AFP

Barnier à Matignon : la gauche écœurée, les macronistes perplexes, le RN savoure

La nomination du nouveau premier ministre issu des rangs de LR suscite la méfiance des macronistes et la colère de la gauche, qui crie au déni de démocratie. La droite jubile et l’extrême droite apprécie sa position de faiseuse de rois.

Pauline Graulle,  Youmni Kezzouf et Clément Rabu

5 septembre 2024 à 19h47 https://www.mediapart.fr/journal/politique/050924/barnier-matignon-la-gauche-ecoeuree-les-macronistes-perplexes-le-rn-savoure?utm_source=quotidienne-20240905-185916&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-%5BQUOTIDIENNE%5D-quotidienne-20240905-185916&M_BT=115359655566

Le Rassemblement national (RN) a finalement nommé Michel Barnier à Matignon. Après avoir longtemps affirmé que son groupe ne voterait pas a priori une motion de censure, pour mieux soigner sa recherche de respectabilité à l’Assemblée nationale, Marine Le Pen a changé de stratégie au cours des dernières semaines, en comprenant qu’elle avait davantage de cartes en main qu’elle ne le pensait. Et imposé ses conditions à Emmanuel Macron.

Le parti d’extrême droite a ainsi récemment indiqué qu’il n’y aurait pas de censure automatique si le premier ministre « respecte le RN », ne traite pas ses élus « comme des pestiférés », s’engage à introduire la proportionnelle pour les élections législatives et, surtout, « n’aggrave pas le problème de l’immigration, de l’insécurité et qu’il ne rase pas les classes populaires et modestes dans son budget ».

Jeudi matin, l’entourage de l’ancienne candidate à la présidentielle a fait savoir que le groupe « attendra la déclaration de politique générale pour se positionner », donnant donc son feu vert à la nomination de Michel Barnier. « Nous prenons acte de la nomination de Michel Barnier comme premier ministre d’Emmanuel Macron », a ensuite réagi le président du parti, Jordan Bardella, laissant planer la menace en cas de non-application des idées et des volontés du RN.

Le nouveau chef du gouvernement peut avoir quelques convergences avec ces dernières. Michel Barnier s’est en effet illustré à plusieurs reprises par ses positions très à droite, notamment sur l’immigration. Son européisme affiché – un point qui ravit les troupes macronistes –, s’arrête en réalité aux problématiques migratoires. Ce que rappelle l’eurodéputé écologiste David Cormand, qui l’a vu à l’œuvre lorsque celui-ci était négociateur en chef pour le Brexit.

« Non seulement il a réclamé, à l’unisson avec Orbán [le président hongrois – ndlr], de désobéir aux règles européennes sur les droits humains, pour mettre en place un bouclier migratoire en France [ce qui avait à l’époque créé la consternation au sein de l’Union européenne (UE) – ndlr], mais son storytelling de diplomate de haut vol, c’est de la flûte : négocier le Brexit où il n’y a que deux parties et sortir de la situation française, ça n’a rien à voir », indique l’élu.

Une censure collective de la gauche parlementaire

Du côté de la gauche, le choix du président de la République ne passe pas. « Déni démocratique »« bras d’honneur », « gâchis »… Les qualificatifs se sont multipliés sitôt l’annonce faite. « Le macronisme est définitivement une trahison, cette fois des électeurs : le président a éconduit la force arrivée en tête et récompensé la dernière », souligne auprès de Mediapart Boris Vallaud, président du groupe socialiste à l’Assemblée, qui votera la censure à l’unisson avec le reste de la gauche parlementaire. 

« C’est comme si Léon Marchand [médaillé olympique – ndlr] gagnait le titre et qu’on donnait la médaille d’or au 5e, ajoute l’eurodéputée La France insoumise (LFI) Manon Aubry. Les masques tombent, c’est la nomination de la clarification, celle de la jonction de toutes les droites. » « Le déni démocratique porté à son apogée : un premier ministre issu du parti qui est arrivé en quatrième position et qui n’a même pas participé au front républicain. Nous entrons dans une crise de régime »écrit le premier secrétaire du Parti socialiste (PS), Olivier Faure. 

« Censure, mobilisation, destitution », a indiqué la présidente du groupe LFI à l’Assemblée, Mathilde Panot, donnant rendez-vous dès samedi dans les rues. « J’en appelle à la mobilisation la plus puissante possible », a appuyé Jean-Luc Mélenchon dans une déclaration filmée, dénonçant une « élection volée au peuple français ». Les Insoumis ont également continué de promouvoir la signature de la pétition en ligne « Macron, destitution », qui avait gagné près de 10 000 signataires jeudi après-midi, pour s’établir à 235 000 personnes. 

Ne vous résignez pas. C’est exactement ce qu’ils attendent.

Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes

« Si ça s’était passé n’importe où en Europe, on aurait trouvé ça déplorable sur le plan démocratique », a déclaré Marine Tondelier dans une vidéo, « inquiète » d’une situation « extrêmement préoccupante »« Non seulement le cap ne va pas changer, mais lorsqu’on connaît les antécédents, il va s’intensifier au détriment des plus précaires, de la situation démocratique », a averti la secrétaire nationale des Écologistes. 

Avant d’ajouter, à destination des électeurs et électrices du Nouveau Front populaire (NFP) : « Ne vous résignez pas. C’est exactement ce qu’ils attendent. Ce n’est absolument pas la fin du rôle qu’a joué Lucie Castets dans l’avenir politique de ce pays, il y aura mille manières de répondre à la violence politique que nous venons de vivre. » 

La nomination de Michel Barnier a en tout cas ravivé les rancœurs au sein d’un PS, qui s’était divisé sur l’hypothèse Bernard Cazeneuve lors de son université de rentrée à Blois (Loir-et-Cher). « [La gauche] a préféré se draper dans la posture de l’intransigeance stérile, plutôt que de chercher des compromis. […] Irresponsable gâchis », a commenté le maire de Rouen (Seine-Maritime), Nicolas Mayer-Rossignol. Opposant interne à Olivier Faure, David Assouline déplore quant à lui auprès de Mediapart que le premier secrétaire du PS ait « tout fait » pour que Cazeneuve ne soit pas choisi pour Matignon. 

Pour eux, le scénario se révèle cauchemardesque : Emmanuel Macron a finalement nommé un chef de gouvernement issu du parti Les Républicains (LR) et que le RN se fera un malin plaisir de « faire sauter à la corde afin de ne pas se prendre une motion de censure de Marine Le Pen », indique David Assouline, qui note que les LR ont désormais la main sur le Sénat et sur l’Assemblée nationale. 

Les macronistes perdus

Dans l’écosystème macroniste, les avis sont pour le moins contrastés. Si la nomination de Michel Barnier n’est pas pour déplaire aux anciens LR, le « marais » centriste demeure perplexe. Et ce d’autant plus que le parti de Laurent Wauquiez a refusé de participer au front républicain, y compris face à des députés macronistes sortantsauxquels ils ont tenté de reprendre les circonscriptions en juillet. « Il est essentiel que, dans chaque circonscription, Les Républicains fassent barrage à la fois à LFI et au RN », expliquait d’ailleurs Michel Barnier au soir du premier tour des législatives anticipées.

Du côté de Renaissance, Stéphane Séjourné et Gabriel Attal ont d’ailleurs publié un communiqué lapidaire après l’annonce de l’Élysée. « Suite à la nomination de Michel Barnier, il n’y aura pas de censure automatique, mais des exigences sur le fond, sans chèque en blanc »y est-il simplement écrit. La députée macroniste Sophie Errante rapporte à Mediapart les messages qu’elle a reçus de ses administrés : « Ils disent grosso modo : “Tout ça pour ça ? C’était pas la peine de mettre autant de temps !” »

Comme plusieurs autres de ses collègues, elle « attend de voir » sur pièces ce que donnera le nouveau premier ministre, espérant que le profil de vieux sage de Michel Barnier et la composition de son gouvernement permettront d’« apaiser »les Français·es. « Mais on n’en sait strictement rien puisqu’on ne sait pas pourquoi il vient. Je ne souhaite pas qu’il soit renversé tout de suite, mais moi, j’aurais préféré Bernard Cazeneuve, en qui j’ai confiance », estime l’élue qui a travaillé avec lui quand elle était au PS.

On pouvait avoir un premier ministre de centre-gauche et on se retrouve avec un premier ministre RPR.

Erwan Balanant, député MoDem

Si le député Renaissance Ludovic Mendès doute également du profil politique du nouveau chef du gouvernement – « C’est cool d’avoir enfin un premier ministre et c’est un excellent négociateur, sauf que personne ne sait ce qu’il veut faire… », dit-il –, il bouillonne surtout de rage face à l’attitude d’Emmanuel Macron, qui s’est mis dans les mains du RN. « On a passé trop de temps à savoir ce qu’allait faire le RN avec des consultations qui n’auraient pas dû avoir lieu », soupire l’élu, confiant ne plus savoir s’il appartenait à la majorité ou à l’opposition. 

Au MoDem aussi, c’est la consternation qui prévaut, même si les flèches visent davantage le PS que le camp présidentiel. « Je suis en colère contre l’immaturité de la classe politique française, glisse le député centriste Erwan Balanant. On pouvait avoir un premier ministre de centre-gauche et on se retrouve, par le refus d’obstacle du PS, avec un premier ministre RPR [Rassemblement pour la République, ancêtre de LR – ndlr]. »  

Quant à l’ancien président de la commission des lois à l’Assemblée, Sacha Houlié, qui a quitté le navire macroniste après les législatives, il a évoqué sur X son « incompréhension » et son effroi de voir un « gouvernement suspendu à la bienveillance du RN »« [LR] a perdu les européennes, perdu les législatives, reculé en sièges et sauvé beaucoup de députés à la seule faveur du front républicain. Si M. Barnier applique une politique de coupes dans les services publics, refuse la justice fiscale ou entend imposer les mesures régaliennes des LR (peines planchers, fin de l’excuse de minorité, retour des mesures censurées de la loi immigration), il n’aura pas mon soutien », a-t-il écrit.

LR savoure une nomination inespérée

Le parti Les Républicains, qui détient la majorité au Sénat, s’est en revanche offert une divine surprise : la nomination d’un premier ministre issu de ses rangs, à l’issue d’un scrutin où il n’a rassemblé que 5,4 % des suffrages exprimés au second tour. « J’adresse mes sincères félicitations et mes encouragements à Michel Barniera écrit la secrétaire générale de LR Annie Genevard. Il est désormais chargé de débloquer le pays. Je lui souhaite de réussir. Il connaît les priorités fixées par notre famille politique et destinées à répondre aux attentes et aux besoins des Français. » 

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5 septembre 2024Emmanuel Macron nomme Michel Barnier à Matignon, mais le problème reste entier

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Un temps pressenti à Matignon, Xavier Bertrand a aussi adressé à Michel Barnier « tous [s]es vœux de succès au service de la France et dans l’intérêt des Français face aux nombreux défis qui s’annoncent ». Le nouveau patron du groupe LR à l’Assemblée, Laurent Wauquiez, a considéré que le nouveau premier ministre avait « tous les atouts pour réussir dans cette difficile mission qui lui est confiée ». Désormais allié au RN avec son nouveau mouvement, l’Union des droites pour la république (UDR), Éric Ciotti a pour sa part loué « un homme respectable » dont « la nomination est malheureusement le symbole de la dilution d’une certaine droite dans le macronisme »

Si elle s’est défendue devant les journalistes d’être « la DRH d’Emmanuel Macron », Marine Le Pen a tout de même savouré la position devenue centrale de son parti, la survie du gouvernement Barnier dépendant de sa décision de le censurer ou non. Car c’est bien son groupe qui décidera, in fine, de la durée de vie de la future équipe gouvernementale. 

Jeudi matin, Sylvain Maillard, ex-président de l’ex-majorité à l’Assemblée, imaginait déjà une stratégie pour passer entre les gouttes : que le RN refuse de signer la motion de censure que ne manquera pas de déposer LFI. Le macroniste le reconnaissait toutefois : « C’est un trou de souris. »

Pauline Graulle,  Youmni Kezzouf et Clément Rabu

Les écologistes – Barnier : Tout ça pour ça !

Chères amies, chers amis,

En nommant Michel Barnier à Matignon, Emmanuel Macron piétine le vote des Français⸱es. Pour poursuivre à tout prix ses politiques libérales, il a finalement fait le choix de s’allier à la droite avec le soutien complaisant du Rassemblement national qu’il avait pourtant promis de combattre.

Michel Barnier, qui s’est déjà illustré par le passé en votant contre la dépénalisation de l’homosexualité, n’a pas appelé au barrage républicain et ses positions sur l’immigration résonnent avec celles du RN. Quelque soit sa composition, son gouvernement promet la poursuite des politiques menées depuis de trop longues années, notamment en termes d’inaction écologique, et ira à l’encontre de l’aspiration exprimée dans les urnes le 9 juin dernier.
 

Les Écologistes appellent à rejoindre en masse les mobilisations du 7 septembre pour la démocratie et contre le coup de force d’Emmanuel Macron, organisées à l’initiative des organisations de jeunesse.

Nous appelons toutes celles et ceux qui se battent pour une transition écologique juste, pour la justice sociale et pour la démocratie à nous rejoindre

Soyons nombreux⸱euses dans les rues pour faire savoir que l’avenir ne se construira pas sans nous, et surtout pas contre nous ! 

Michel Barnier, un faux modéré poussé par Wauquiez et Kohler

Le patron des députés de la Droite républicaine et le secrétaire général de l’Élysée ont largement encouragé la nomination de cet « homme de consensus », qui a surtout su s’arranger avec lui-même et ses propres idées.

La rédaction de Mediapart

5 septembre 2024 à 19h47 https://www.mediapart.fr/journal/france/050924/michel-barnier-un-faux-modere-pousse-par-wauquiez-et-kohler?utm_source=quotidienne-20240905-185916&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-%5BQUOTIDIENNE%5D-quotidienne-20240905-185916&M_BT=115359655566

DepuisDepuis sa nomination à Matignon, les amis politiques de Michel Barnier louent partout ses capacités de « discussion », de « concertation », de « négociation »« Un homme du consensus », titre même Le Monde. Mais ces dernières années, ce vétéran de la politique a surtout dû négocier et s’arranger avec lui-même, ses propres idées et ses engagements passés, lui qui s’est longtemps présenté comme un « gaulliste social » et un modéré, avant d’opérer une mue radicale et un virage droitier à la veille de la présidentielle de 2022.

Candidat à l’époque à la primaire du parti Les Républicains (LR), face à Éric Ciotti et Valérie Pécresse, cet ancien commissaire européen (2010-2014) et négociateur du Brexit (2016-2020), aux accents un temps fédéralistes, a bazardé pour l’occasion son héritage et adopté des obsessionssouverainistes et « anti-immigration », soucieux de donner des gages à la base du parti, sans doute. Ainsi qu’à Laurent Wauquiez, ancien rival en Auvergne-Rhône-Alpes qu’il qualifiait jadis de « populiste », mais dont il a fini par se rapprocher.

En 2021, soudain, Michel Barnier s’est ainsi fait le partisan d’un « moratoire » sur l’immigration, du rétablissement de la double peine ou d’un durcissement du regroupement familial, lui qui affirmait encore, en 2014, que la France a « besoin d’immigration pour garantir la pérennité de notre système de solidarité et le dynamisme de notre économie ». Pas si éloigné du « Frexit judiciaire » prôné par le Rassemblement national (RN), il est allé jusqu’à plaider pour la mise en place d’un« bouclier constitutionnel » censé permettre decontourner les normes européennes, consternant ses anciens collègues à Bruxelles.


Éric Ciotti, Valérie Pecresse, Christian Jacob, Michel Barnier et Xavier Bertrand lors de l’annonce des résultats de la primaire des Républicains au siège du parti à Paris le 4 décembre 2021.  © Photo Sébastien Calvet / Mediapart

Son score à la primaire de la droite aurait pu le rendre modeste, voire le disqualifier pour Matignon : en décembre 2021, Michel Barnier a en effet obtenu 23,9 % des suffrages des adhérent·es de LR, un parti qui, aujourd’hui, ne pèse même plus 10 % des sièges à l’Assemblée nationale. Mais le voilà, à 73 ans, premier ministre d’Emmanuel Macron – le plus âgé de la VRépublique (il est deux fois plus vieux que Gabriel Attal) –, chargé de « constituer un gouvernement de rassemblement au service du pays », selon le communiqué de l’Élysée.

« C’est assez incroyable d’apparaître, à mon âge, comme quelqu’un de neuf », confiait-il au Monde, il y a déjà trois ans. S’il n’en revenait pas lui-même, c’est qu’il y a quelques raisons : Michel Barnier fut élu plus jeune conseiller général de France en 1973, puis benjamin des député·es en 1978 (il avait voté contre la dépénalisation de l’homosexualité), avant d’être nommé quatre fois ministre – dans les gouvernements de Balladur, Juppé, Raffarin, et jusqu’à Fillon. « Un fossile », a lâché jeudi le député RN Jean-Philippe Tanguy.

Un rapprochement avec Wauquiez et Kohler

Mais qu’a-t-il pu se passer depuis son livre de 2014, intitulé Se reposer ou être libre (Gallimard), dans lequel Michel Barnier écrivait que « fermer nos frontières et nous recroqueviller serait à coup sûr sacrifier l’avenir au présent » (une citation de Pierre Mendès France) ? À Mediapart, il expliquait en 2021 : « La situation s’est dégradée. [Depuis 2014], il y a un million d’étrangers en plus. Il ne faut pas se faire d’illusions. Le pays va au-devant d’affrontements graves si on ne prend pas de décisions claires. »

Michel Barnier a surtout topé, dès 2021, avec Laurent Wauquiez, l’actuel patron des député·es de la Droite républicaine (ex-LR), censé avoir « eu raison avant d’autres sur un certain nombre de sujets ». Suivant ce modèle, il avait ainsi démarré toutes ses interventions publiques, lors de sa campagne pour la primaire à droite, sur le même refrain : immigration et sécurité, « deux préalables » à tout. Et enfourché le combat de Laurent Wauquiez contre « l’assistanat ».

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Sans surprise, celui-ci n’a donc eu aucun mal à adresser jeudi ses « félicitations à Michel Barnier […], un homme d’une grande qualité qui a tous les atouts pour réussir dans cette difficile mission qui lui est confiée ». Son groupe ne votera évidemment pas de motion de censure. Le patron des député·es de la Droite républicaine n’a toutefois pas précisé si sa formation resterait sur sa position de ne pas entrer au gouvernement.

L’autre soutien de poids de Michel Barnier s’appelle Alexis Kohler. Si l’on en croit Le Monde, le secrétaire général de l’Élysée serait resté en contact avec lui depuis qu’Emmanuel Macron avait envisagé, en 2020, de le nommer à Matignon pour succéder à Édouard Philippe… « Ça fait des mois que Barnier courtise Kohler, confirme l’un de ses anciens collègues de gouvernement à Mediapart. Sa nomination montre surtout que le vrai pouvoir, c’est Kohler. »

À l’époque, le Savoyard avait décliné la proposition, convaincu notamment que le chef de l’État l’avait laissé tomber un an plus tôt, alors qu’il rêvait de prendre la tête de la Commission européenne. Amer, Michel Barnier avait par la suite dénoncé une présidence « verticale, arrogante et solitaire ». Mais aux yeux d’Alexis Kohler, il satisfaisait désormais aux deux principaux critères fixés par Emmanuel Macron : la « non-censurabilité » par l’Assemblée « et la capacité à faire des coalitions ». La capacité à brader quelques convictions aussi, peut-être.

La rédaction de Mediapart

Conseil aux entreprises et cosmétiques : avant Matignon, l’intrigante reconversion dans le privé de Michel Barnier

Info Marianne

Par  Ulysse Padiro

Publié le 05/09/2024 à 16:30 https://www.marianne.net/politique/petites-indiscretions-grosses-revelations/conseil-aux-entreprises-et-cosmetiques-avant-matignon-l-intrigante-reconversion-dans-le-prive-de-michel-barnier?utm_source=nl_quotidienne&utm_medium=email&utm_campaign=20240905&xtor=EPR-1&_ope=eyJndWlkIjoiOGFhNDgzMzIwMWE0MDhlOGE1ZDc3NmFjMGI4NDRiYmMifQ%3D%3D

Mais où était passé l’ancien ministre de Sarkozy et Chirac depuis sa défaite à la primaire de la droite et avant sa nomination à Matignon ? Dans le privé. L’ancien négociateur du Brexit faisait dans le consulting et, plus étonnant, dans les cosmétiques, en intégrant le conseil de surveillance de la marque Sisley !

Après avoir négocié le Brexit de 2016 à 2020, puis perdu en 2021 le Congrès des LR pour la présidentielle de 2022, celui qui a été nommé Premier ministre ce jeudi 5 septembre a fait le choix du privé.

D’abord, dans les cosmétiques. Le 13 décembre 2022, Michel Barnier intègre le conseil de surveillance de Sisley, une grosse « entreprise de taille intermédiaire » française qui produit des cosmétiques de luxe (comptez entre 45 et 50 euros pour un rouge à lèvres d’entrée de gamme), dont le siège est situé au cœur du VIIIe arrondissement de Paris, du côté des Champs-Élysées. Il est nommé pour six ans, soit jusqu’en 2028. On imagine que cela devrait prendre fin…(suite abonnés)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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