Y a-t-il une droitisation de la société française ?

La France est-elle de droite ou de gauche ? Avec Vincent Tiberj et Jérôme Fourquet

Mardi 3 septembre 2024

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Vincent Tiberj, auteur de « La Droitisation française, mythe et réalités », et le sondeur Jérôme Fourquet sont les invités du grand entretien ce mardi 3 septembre.

Avec

Y a-t-il une droitisation de la société française ? Pour son ouvrage « La Droitisation française, mythe et réalités », à paraître le 4 septembre, le sociologue Vincent Tiberj, politiste français spécialisé dans la sociologie électorale, des valeurs et de l’immigration, a analysé des dizaines d’enquêtes d’opinion. Selon lui, les résultats des dernières élections montrent que les valeurs conservatrices véhiculées lors des campagnes sont en décalage avec la société.

« Quand on parle de droitisation, il y a différentes dimensions : la scène politique, une partie de la scène médiatique se sont droitisées. Mais la question est de savoir s’il y a une droitisation chez les citoyens », explique Vincent Tiberj. « Le but du jeu pour moi était de reprendre l’ensemble des enquêtes d’opinion qui ont pu être faites, par des institutions de sondage ou les institutions européennes et françaises. Quand vous agrégez toutes ces séries de questions, sur le racisme, l’homosexualité, les questions de genre, le rôle de l’État, le poids des impôts, vous vous rendez compte que ce n’est pas aussi simple. »

« Conservatisme d’atmosphère »

Selon le chercheur, « la France a considérablement progressé, notamment sur les questions de genre et de minorités sexuelles. On passe d’un monde très hétéronormé, centré sur les hommes, et ça a considérablement changé. C’est aussi la tolérance à l’endroit de la diversité, du multiculturalisme ». Il estime qu’un « conservatisme d’atmosphère » existe en France. « Des intellectuels et des médias conservateurs, il y en a eu avant. Certaines de ces figures étaient là dans les années 80 et sont encore là aujourd’hui, simplement on les entend beaucoup plus. Le monde médiatique a aussi beaucoup changé : avec les spectateurs de CNEWS, il y a par exemple une forme de boucle d’enfermement. »

« Sur les questions économiques ou sociétales, on ne peut pas diagnostiquer de droitisation. Là où il peut y avoir débat, c’est sur les questions plus régaliennes, l’insécurité ou l’immigration. Sur la question de la peine de mort, on a, dans les enquêtes récentes, encore un Français sur deux qui demeure favorable à la peine de mort », estime pour sa part Jérôme Fourquet, sondeur et analyste politique, directeur du département « Opinion » de l’Institut français d’opinion publique (IFOP).

« L’importance des sondages »

Vincent Tiberj souligne d’ailleurs « l’importance des sondages » qui deviennent « élément du débat politique »« Sur la peine de mort, on voit que les enquêtes qui ont lieu par Internet arrivent à du 50/50 quand celles qui sont faites par des enquêteurs, au téléphone ou en face-à-face, on voit une continuelle progression du refus de la peine de mort », ajoute-t-il.

« Le souci est aussi de se poser la question de la représentativité des élections », indique-t-il encore. « Quand on regarde le vote, le placement à gauche ou à droite, la proximité partisane. On se rend compte qu’aujourd’hui, les élections se gagnent avec une minorité des électeurs et des citoyens. Fut un temps, les abstentionnistes étaient considérés comme des gens qui n’étaient pas intégrés, qui ne comprenaient pas. Aujourd’hui, une majorité des millénials et post-baby boomers sont désormais des électeurs intermittents. Non pas parce qu’ils ne s’intéressent pas à la politique, mais que le système ne leur convient plus. Globalement, le système politique ne fonctionne plus. »

« On n’a jamais été face à des citoyens aussi compétents pour jouer leur rôle qu’aujourd’hui, dès lors qu’on leur permet de le faire », souligne par ailleurs le sociologue. « Les conventions citoyennes sont l’exemple type que quand vous mettez ensemble des citoyens qui se mettent à travailler ensemble, ils réussissent à trouver des choses. Mais en face, on se retrouve avec un exercice du pouvoir très descendant, parfois méprisant à l’endroit des citoyens. »

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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