L’aromatase cérébrale, au centre du lien entre bisphénol A et autisme
Dr Roseline Peluchon | 02 Septembre 2024
Un lien entre TSA et exposition au BPA est largement suspecté. Une étude publiée récemment dans Nature Communications désigne l’aromatase cérébrale comme potentiel maillon central de cette association.
L’incidence des troubles du spectre autistique (TSA) est estimée entre 1 et 2 % dans les pays occidentaux et elle augmente. Si cette augmentation est en partie attribuée à un meilleur dépistage, l’influence d’autres facteurs semble désormais déterminante, parmi lesquels l’environnement initial, les gènes, et les interactions entre ces deux facteurs. Un fait est particulièrement notable : plus de 80 % des personnes diagnostiquées pour un TSA sont de sexe masculin, suggérant le rôle d’un trouble du neurodéveloppement spécifique au sexe.
Une enzyme impliquée dans le développement du cerveau mâle
Rappelons que le développement du système nerveux central des garçons est différent de celui des filles. L’aromatase cérébrale y joue notamment un rôle-clé. Pendant le développement fœtal, cette enzyme, fortement exprimée chez les garçons et encodée par le gène CYP19A1, transforme les androgènes neuronaux en œstrogènes neuronaux.
De nombreuses études ont suggéré le rôle de l’exposition précoce aux perturbateurs endocriniens, comme facteur de risque des TSA. Le bisphénol A notamment, plastifiant très répandu, a été mis en cause dans des études montrant que des taux maternels élevés de bisphénol A avant la naissance étaient associés à des troubles neurocomportementaux chez l’enfant, notamment des symptômes de TSA. Certaines de ces études montraient un effet en lien avec le sexe de l’enfant.
Etudes sur l’humain
Une étude récente apporte un nouvel éclairage sur la nature de ce lien, jusqu’à présent mal expliqué. Dans un premier temps, les auteurs ont examiné les données d’une cohorte de plus de 1 000 enfants pour lesquels un dosage maternel urinaire du bisphénol A pendant la grossesse était disponible.
Les données cliniques montrent que les taux urinaires maternels élevés de bisphénol A sont associés à un risque 3 fois plus élevé de symptômes de trouble autistique à l’âge de 2 ans et à un risque 6 fois plus élevé de diagnostic de TSA à 9 ans, uniquement chez les garçons, et seulement chez ceux génétiquement prédisposés à un faible niveau d’activité de l’aromatase, soit presque un quart de la cohorte suivie.
Le BPA supprime l’expression de l’aromatase in vitro et in vivo
Les auteurs constatent aussi que le bisphénol A supprime l’expression de l’aromatase in vitro et in vivo. L’exposition au bisphénol A à mi-gestation des souris pendant la grossesse est associée à des comportement de type TSA chez la descendance mâle, avec la présence de modifications structurelles et fonctionnelles du cerveau. Les mêmes résultats sont obtenus après des modifications génétiques rendant impossible la synthèse de l’aromatase chez les souris. Enfin, in vitro, le bisphénol A inhibe l’expression du gène CYP19A1qui permet la synthèse de l’aromatase.
Dans l’Union européenne, le bisphénol A est théoriquement interdit depuis 2011 dans les contenants destinés aux enfants de moins de 3 ans, mais reste toutefois largement présent dans l’environnement, utilisé notamment dans la production de matériaux courants en contact avec les aliments. Récemment, les membres de la Communauté européenne ont approuvé une proposition de loi visant à interdire le bisphénol A dans tous les emballages et contenants alimentaires (en France, cette utilisation est en principe interdite depuis 2015). Les auteurs de l’étude remarquent toutefois que cette mesure devrait s’accompagner d’une surveillance accrue de l’utilisation des autres bisphénols, dont la structure similaire autorise à penser qu’ils pourraient avoir des effets proches.
References
Symeonides C, Vacy K, Thomson S, et al. Male autism spectrum disorder is linked to brain aromatase disruption by prenatal BPA in multimodal investigations and 10HDA ameliorates the related mouse phenotype. Nat Commun. 2024 Aug 7;15(1):6367. doi: 10.1038/s41467-024-48897-8.