La course de fond du « ruffinisme » ne fait que commencer. 

Le « ruffinisme » a-t-il un avenir ? 

Affranchi de La France insoumise, le député François Ruffin fait sa rentrée dans la Somme samedi. Encore isolé, l’ambitieux élu tente de consolider un courant politique balbutiant, attaché à la France industrielle rurale.

Mathieu Dejean et Fabien Escalona

30 août 2024 à 18h28 https://www.mediapart.fr/journal/politique/300824/le-ruffinisme-t-il-un-avenir?utm_source=quotidienne-20240901-184505&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-%5BQUOTIDIENNE%5D-quotidienne-20240901-184505&M_BT=115359655566

Sourire en coin, s’exprimant à la mi-juillet devant une petite assemblée de militant·es et figures de la gauche radicale, l’économiste Frédéric Lordon met François Ruffin dans le même sac que Christiane Taubira, Marine Tondelier et Raphaël Glucksmann. Celui des « têtes de gondole » d’une social-démocratie « dégénérescente », tolérées par les médias et les classes dominantes car « vouées à la reconduction du même, c’est-à-dire à l’enlisement, la dérive, la désillusion et pour finir la démoralisation ».

Les temps ont changé depuis les tribunes partagées par les deux hommes pendant le mouvement Nuit debout, lancé au printemps 2016 en réaction à la loi sur le travail. À l’époque, le fondateur du journal Fakir est auréolé du succès de Merci patron !, déclinaison cinématographique de sa dénonciation de la mondialisation néolibérale et de la désindustrialisation, qui ont laminé la classe ouvrière, mais servi les intérêts du grand patronat, par-delà les alternances droite/gauche depuis trois ou quatre décennies. 

Un an après Nuit debout, en 2017, François Ruffin théorise une fonction de « député reporter » grâce à son élection dans la Somme aux législatives. Il siège alors dans le groupe de La France insoumise (LFI), même s’il n’y est qu’apparenté. Avec ces camarades-là aussi, la rupture est désormais consommée. Plusieurs de ses proches ont été écartés par LFI lors des élections législatives anticipées et lui-même a repris sa liberté après avoir sauvé sa peau dans sa circonscription, non sans avoir répudié toute proximité avec Jean-Luc Mélenchon.

Samedi 31 août, à Flixecourt (Somme), François Ruffin réunit ses proches et sympathisant·es pour acter une nouvelle phase de sa trajectoire politique. Mais où en est celui qui siège désormais dans le groupe écologiste à l’Assemblée nationale ? Les divergences avec ses ex-ami·es sont-elles d’ordre personnel, stratégique, idéologique, ou tout cela à la fois ? 


© Photo illustration Sébastien Calvet / Mediapart

Parmi les partisans, anciens camarades et actuels compagnons de route de François Ruffin, les jugements de valeur diffèrent, mais les diagnostics tendent à se rejoindre sur les constances et les évolutions du personnage. Le cœur de ses convictions dessine une ligne de gauche plébéienne, se voulant majoritaire, mais comportant des angles morts persistants. Au-delà du fond, le promoteur initial du « Front populaire » est une des rares figures présidentiables de la gauche, mais apparaît actuellement cornérisé par les appareils partisans.  

Une version rurale et ouvriériste de l’insoumission ? 

S’il y a un cap que François Ruffin tient, depuis ses engagements pour le protectionnisme jusqu’à son opposition à la réforme des retraites, en passant par le soutien aux « gilets jaunes », c’est bien celui de la défense des « petits » contre les « gros ». Un fil à plomb utile et rassurant pour celles et ceux qui apprécient sa sincérité en la matière.

« Sa démarche ne devrait pas être extraordinaire, mais l’est devenue en raison de l’abandon des classes populaires par le Parti socialiste, confie Hervé Kempf, rédacteur en chef de Reporterre et auteur de Comment les riches détruisent la planète (Seuil, 2007), un livre qui a influencé François Ruffin. Il défend réellement ce qu’autrefois on appelait prolétariat et pour lequel aujourd’hui on n’a plus de mot : les manutentionnaires, les femmes de ménage, les caristes. » 

C’est la raison pour laquelle son attitude à l’égard des gilets jaunes a été plus compréhensive que la moyenne à gauche, où la méfiance a prévalu lors de l’émergence du mouvement. Son obsession d’alors ne l’a pas quitté : combler le fossé entre d’un côté les soutiens de la gauche devenus majoritaires dans les métropoles et de l’autre les catégories modestes et intermédiaires qui vivent en dehors de ces grands centres de pouvoir économique et politique. 

« Il nous avertit que la gauche, ce n’est pas juste l’électorat jeune diplômé urbanisé, apprécie l’ex-Insoumis Alexis Corbière, ayant lui aussi trouvé asile dans le groupe écologiste à l’Assemblée. Sa constante, c’est de toujours mettre sur le devant de la scène des sans-grades, des gens qui vivent de peu et qui ne sont pas les plus connectés aux débats politiques. »

Le ruffinisme est un ouvriérisme.

Manuel Cervera-Marzal, politiste

« J’aime le fait qu’il ramène la parole de la province, d’un monde loin du microcosme parisien hyper politisé, assez peu écouté et représenté », témoigne le réalisateur Gilles Perret, un de ses fidèles compagnons de route. « Sa volonté d’insister sur ce qu’il appelle la “France des bourgs”, qui mêle monde rural et industrie, est singulière à gauche, abonde l’historien des milieux ouvriers Xavier Vigna. Au niveau politique, c’est le seul qui lui porte une attention de manière systématique, plus que le Parti communiste paradoxalement. »

Pour d’autres, cette matrice est a minimainsuffisante, en partie datée, voire propice à des glissements idéologiques. « Le ruffinisme est un ouvriérisme, tranche le politiste Manuel Cervera-Marzal, en poste à l’université de Liège (Belgique). Il adhère à une lutte des classes au sens restreint, du salariat contre ceux qui l’exploitent. Les autres fronts de l’émancipation relèvent de conflits secondaires qu’il ne nie pas, mais dont on sent bien qu’il ne les place pas au même niveau hiérarchique. »

Plusieurs épisodes sont régulièrement rappelés pour pointer cette impasse : le refus de porter un tee-shirt à l’effigie d’Adama Traoré, décédé à la suite de son interpellation par des gendarmes, en 2017 ; l’excuse du « foot » pour ne pas avoir participé à la marche contre l’islamophobie de novembre 2019 ; ou encore ses mots blessants pour les personnes transgenres en juin 2023. François Ruffin s’en est plusieurs fois expliqué et a fait évoluer son discours, mais ses contempteurs continuent à le trouver trop léger.

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« Son féminisme reste lié aux enjeux du travail, poursuit Manuel Cervera-Marzal. Il ne prend pas en compte ce qui se joue dans les vies intimes en raison du patriarcat. De la même façon, son antiracisme est moral et pas politique. Ça se résume à pointer des préjugés condamnables, au lieu de prendre la mesure des biais historiques et structurels qui ont infusé les pratiques étatiques, l’économie, les mentalités… »

« C’est un intellectuel complexé par sa classe sociale, regrette une personne ayant travaillé un temps avec son équipe. Pour porter la revanche de l’ouvrier défait et être “audible dans le PMU du coin”, comme le dit son équipe, il ne veut prendre aucun risque sur ce qu’on appelle le “sociétal”. Mais la gauche, ce n’est pas compartimenter les lieux de lutte. En fait, il poursuit des segments sociaux qui sont plus éloignés de la gauche qu’il ne le pense, au risque d’en négliger d’autres qui ne demanderaient qu’à lui faire confiance. »

Un autre « purgé » de LFI, le député de Marseille (Bouches-du-Rhône) Hendrik Davi, admet une « différence de culture » dont François Ruffin a d’ailleurs déjà débattu avec Clémentine Autain : « La centralité qu’il accorde au travail et à la classe ouvrière rurale font sa spécificité au sein d’une gauche qui a diversifié le “sujet révolutionnaire”. »  

Querelles stratégiques et ambitions incompatibles

Pour autant, la profondeur idéologique du conflit de Ruffin avec les dirigeants de LFI ne doit pas être exagérée. Les plateformes programmatiques n’ont jamais été l’enjeu de grandes controverses entre eux. 

Sur les enjeux qualifiés de « culturels » censés les séparer, comme la question de l’islamophobie, Jean-Luc Mélenchon a lui-même évolué au cours de sa trajectoire politique et même à la tête de LFI. Jusqu’au seuil des années 2020, il avait prétendu convaincre les « fâchés pas fachos » – ce qui est aujourd’hui volontiers décrit comme une illusion du député de la Somme. 

L’entourage de Ruffin, quant à lui, promet l’élaboration de positionnements plus subtils pour embrasser l’ensemble des grandes causes de l’émancipation. « Le travail sur l’antiracisme et la Palestine, il l’a pris à bras-le-corps cette dernière année, assure Guillaume Ancelet, président de Picardie Debout. Il a identifié que ce n’était pas son point fort et que si ce n’était pas une “priorité” dans notre coin, c’en était une dans la vie de millions de personnes en France. Il s’est bien entouré. »  

Si on se présente avec des intentions révolutionnaires dans nos circonscriptions, ça fait peur.

Guillaume Ancelet, président de Picardie Debout

La divergence porte davantage sur l’attitude à adopter et les territoires à viser pour élargir le socle de la gauche. Pour Ruffin, la gauche a besoin par principe et par intérêt stratégique d’augmenter son niveau électoral parmi les classes populaires et les « petits-moyens » des zones périurbaines et rurales. À cet égard, les mots d’ordre et les styles d’expression assumés par les responsables insoumis lui semblent aller dans le mur. 

« Dans une bataille culturelle qu’on a perdue à ce stade, et qui met les sujets identitaires sur le devant de la scène, la posture de LFI ne permet pas de retenir ou regagner ces gens-là », constate Lumir Lapray, militante de l’union de la gauche et sympathisante du député de la Somme. « Ce que dit François, c’est que la machine à buzz peut s’avérer contreproductive et éloignée des vrais problèmes des gens », complète Alexis Corbière. 

De là à parler d’« apaisement » et même de « tendresse » ? Les termes collent mal avec ses origines et son parcours au sein de la gauche de rupture, et certaines exaltations du conflit que l’on trouvait dans ses écrits jusqu’à l’éclatement de la pandémie. « Ce n’est pas un problème de fond mais de forme, explique Guillaume Ancelet. Si on se présente avec des intentions révolutionnaires dans nos circonscriptions, ça fait peur. Oui à l’universalité du programme, mais il peut y avoir des manières différentes de l’exprimer en fonction du lieu où on se trouve. »

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« Il sait qu’il ne peut pas gagner qu’avec les classes populaires, décrypte le journaliste Hervé Kempf. Il reprend la formule de Lénine : “Il faut que ceux du milieu basculent avec ceux d’en bas.” Le problème de la social-démocratie, c’est que ceux qui l’ont incarnée historiquement ont fait la politique du capitalisme. Mais je fais le pari qu’il a une conviction de réformiste radical. Il veut réellement passer au post-capitalisme. »

De fait, il y a plus de chances de parler à un large spectre de la population en refilant le mistigri du désordre à Emmanuel Macron, et en évoquant les vulnérabilités collectives qui peuvent être réparées par la puissance publique, qu’en faisant des grandes envolées sur le dépassement du capitalisme. Mais si l’objectif est bien de transformer le cœur de l’économie politique française une fois au pouvoir, il y a un risque d’anesthésier par avance des soutiens indispensables aux affrontements à prévoir.

« François a raison quand il dit que la population est en attente de consensus et pas de guerre, estime son collègue Hendrik Davi. La perte d’hégémonie des classes bourgeoises les rend plus autoritaires, et cela est mal vécu. Rassurer n’est donc pas absurde d’un point de vue rhétorique. Mais là où il y a une limite, c’est effectivement que la lutte des classes ne conduit pas au consensus. Face à la gauche, les grands intérêts sociaux ne seront ni tendres ni délicats. » 

Le député marseillais estime cependant que les débats stratégiques de ce type auraient pu être tenus dans une grande formation politique rassembleuse. « Le vrai problème, dit-il, c’est celui du pluralisme dans LFI et aussi celui de l’exigence unitaire, qui n’a pas été tout à fait réglé par le NFP. La question va se reposer avec la nécessité d’une candidature commune en 2027, qui ne peut pas être celle de Jean-Luc Mélenchon. »

Selon Manuel Cervera-Marzal, la rupture entre Mélenchon et Ruffin ne peut en effet pas complètement s’expliquer par des positionnements doctrinaux et stratégiques, puisque ceux-ci ont déjà fait l’objet d’inflexions et ne sont pas aux antipodes. En revanche, leurs prétentions respectives ne pouvaient guère cohabiter plus longtemps dans une organisation créée par et pour le déjà triple candidat à la présidentielle. « L’alliance d’intérêts réciproque a explosé cet été, car le temps politico-électoral s’est accéléré », résume-t-il. 

Cette accélération n’a pas servi François Ruffin, qui espérait être davantage suivi lors de son départ de LFI. Dans la Somme, samedi, la course de fond du « ruffinisme » ne fait que commencer. 

Mathieu Dejean et Fabien Escalona

À Flixecourt, François Ruffin cherche à fédérer une « maison commune »

Devant quelque 1 500 soutiens, le député de la Somme a détaillé son plan pour que la gauche « gagne pleinement ». Mais pour parvenir à faire entendre largement sa ligne, le député qui a rompu avec La France insoumise doit résoudre un épineux problème d’organisation.

Mathieu Dejean

1 septembre 2024 à 11h47

Flixecourt (Somme).– Une ribambelle de « gilets jaunes » entoure la salle du Chiffon rouge à Flixecourt ce 31 août. Sous les chapiteaux montés à l’extérieur, le logo de la marionnette Lafleur, héros irrévérencieux de la culture picarde, est omniprésent. Des jeux plus au moins militants complètent le paysage, pendant que les notes d’une fanfare s’élèvent au loin. Pas de doute, c’est bien la rentrée politique de François Ruffin, qui prend soin comme toujours de lui donner un air de fête.


Rassemblement des soutiens de François Ruffin à Flixecourt dans la Somme, le 31 août 2024. Photo: Daniel Perron (Hans Lucas via AFP).

Car si le Nouveau Front populaire (NFP) est toujours uni, le député reporter sait trop bien que, laissé entre les seules mains des directions partisanes, il risque la dislocation. « On a vu comment les mots doux se sont vite transformés en insultes [au moment de la Nupes, ndlr]. Il ne faut pas que ça recommence. Le NFP n’est pas né des partis, mais de la pression populaire. Il faut qu’ellesoit maintenue », dit-il. Alors François Ruffin prend timidement les devants, cherchant à fédérer par-delà les partis, seul avec tous.

« C’est un moment de respiration politique. Si on peint la situation en noir on ne pourra plus rallumer des fenêtres d’espérance pour la France qui manque », commente l’ancien député communiste Sébastien Jumel, encore « en convalescence » après sa défaite aux législatives anticipées. La vague du Rassemblement national (RN) l’a balayé le 7 juillet dernier, comme elle a bien failli emporter sur son passage François Ruffin lui-même.

Le député de la Somme n’a pas choisi ce lieu – pas facile d’accès pour ses sympathisants – par hasard. À deux pas de là, la friche de l’usine Saint-Frères rappelle le passé industriel de cette commune toujours communiste. Centrale dans sa circonscription, elle incarne à ses yeux ces anciens bastions que la gauche « abandonne » et où le RN progresse dangereusement. C’est ce « choix acté, délibéré, théorisé » de l’abandon qui l’a fait rompre avec La France insoumise (LFI) dans l’entre-deux-tours, où il a répudié toute proximité avec Jean-Luc Mélenchon.

Seul avec tous

Depuis, François Ruffin n’a plus d’autre attache partisane que celle de Picardie debout !, petit parti dont quelque 150 bénévoles assurent ce jour-là l’organisation. Il ne cache pourtant pas ses ambitions politiques nationales, comme l’indique le slogan – « Gagner ! » – qui s’étale sur tous les stands. « On est sur une ligne de crête et on ne sait pas de quel côté ça peut basculer. Je mène le combat pour que la bascule se fasse du côté d’une gauche généreuse et joyeuse », déclarait-il ce jour-là au 13 heures de TF1, s’assignant pour but de « jeter des ponts, briser des murs, même si c’est difficile »à gauche.

Sur la scène du Chiffon rouge pleine à craquer pour son meeting relocalisé à l’intérieur pour cause de pluie torrentielle, une auxiliaire de vie, un ouvrier autoroutier ou encore une retraitée ex-« gilet jaune » prennent la parole avec des représentants politiques. Sur toutes les lèvres de ses sympathisants pourtant, la question de l’organisation se pose.

« Il n’aura pas d’autre choix que de se structurer un peu, car quand la question de Matignon serapassée, à gauche, c’est celle du candidat à la présidentielle qui va resurgir. Soit il y aura une démarche de production d’un candidat unique de la gauche, soit il devra créer un parti », analyse le politiste Rémi Lefebvre, venu participer à une des conférences organisées l’après-midi.

Le maire écologiste de Margny-sur-Matz (Oise), Baptiste de Fresse de Monval, proche de François Ruffin, se veut serein en la matière : « Les gens identifient bien la ligne Ruffin, ils y associent sapersonnalité, il manque juste la structure avec les intermédiaires, les élus locaux… J’ai espoir qu’on soit dans cette deuxième phase pour atteindre l’objectif affiché partout ici. »

Une incertaine recomposition

Député depuis 2017, François Ruffin a noué des liens étroits avec des personnalités de toutes les familles de la gauche. À Flixecourt, le député communiste du Cher Nicolas Sansu est par exemple de la partie : « Je suis pleinement engagé avec lui. Il ne lâche rien sur les convictions et il est capable d’assurer une union très large, c’est la clé du succès », confie-t-il. Sont aussi là les ex-Insoumis Clémentine Autain, Alexis Corbière, Raquel Garrido et Danielle Simonnet (qui ont fondé L’Après), l’écologiste Boris Tavernier, le socialiste Stéphane Troussel et les élus de Génération.s Sébastien Peytavie et Sophie Taillé-Polian. 

Parmi les Insoumis, seuls le député Damien Maudet (son ancien collaborateur parlementaire) et l’eurodéputée Leïla Chaibi sont venus. La perspective d’une nouvelle élection législative dans moins d’un an aura dissuadé d’autres de ses anciens camarades de le suivre dans sa rupture avec LFI. L’Amiénois Léon Deffontaines, ex-tête de liste du Parti communiste français (PCF) aux européennes, a aussi passé une tête, espérant que François Ruffin et Fabien Roussel, qu’il sent en phase politiquement, reprennent vite contact. Nicolas Sansu a une manière bien à lui de poser les termes de l’équation à gauche : « Dans quatrechapelles, on rentre moins de monde que dans une cathédrale. »

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L’ancienne sénatrice socialiste Marie-Noëlle Lienemann, membre de la Gauche républicaine et socialiste (GRS) et venue elle aussi soutenir la démarche, le dit d’une autre façon : « La gauche se recompose, et François Ruffin peut jouer un rôle politique dans cette recomposition, parce que le message qu’il tient contribue à ce qui manque aujourd’hui à notre identité : la reconquête des catégories populaires. » Le timing est cependant mal choisi pour lancer un nouveau rassemblement, en pleine séquence unitaire à gauche et alors que Lucie Castets s’apprête à mener campagne dans le pays pour incarner l’alternative du NFP. 

Sur la scène du Chiffon rouge, c’est donc en pointillé que François Ruffin dessine l’avenir. « Il nous faut une maison commune, un lieu commun », a-t-il lancé à propos des milliers de citoyens qui ont pris part à la campagne du NFP sans se reconnaître dans aucun parti. 

Quant à la question de son propre parti, il n’a fait qu’imaginer quelques règles qui pourraient s’y appliquer : s’engager « moins sur Twitter et davantage avec les Restos du cœur », instaurer « le salaire moyen pour les élus, pour attirer des gens qui servent plus qu’ils ne se servent », interdire les « parachutages » et demander la parité sociale – « les ouvriers, les employés, ne doivent pas être éclipsés par les surdiplômés ». Pour l’heure, si le projet ruffiniste s’affine, la question de l’appareil reste donc entière. 

Mathieu Dejean

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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