DÉCRYPTAGE. Pharmacies : fermetures, baisse de la rentabilité… comment sauver les officines françaises situées en milieu rural
Publié le 29/08/2024 à 06:31 https://www.ladepeche.fr/2024/08/29/decryptage-pharmacies-fermetures-baisse-de-la-rentabilite-comment-sauver-les-officines-francaises-situees-en-milieu-rural-12160201.php
l’essentiel
Un décret publié le 7 juillet dernier invite les agences régionales de santé (ARS) à identifier très clairement les territoires qui manquent de pharmacies dans le pays. En France, le nombre d’officines n’a cessé de diminuer ces dernières années.
C’est un texte qui était attendu depuis de longs mois par les professionnels du secteur. Un décret, publié le 7 juillet dernier – pendant les élections législatives – pourrait bien permettre de lutter ou au moins de freiner les fermetures progressives des pharmacies en France. En pratique, il s’agira dans les mois qui viennent d’identifier les potentiels « déserts pharmaceutiques » qui existent dans l’Hexagone avant d’établir un plan de soutien aux établissements les plus fragiles.
Car c’est là que le bât blesse dans notre pays : « Le concept de désert pharmaceutique n’existe tout simplement pas aujourd’hui parce que nous ne savons pas où il manque des pharmacies sur notre territoire », souligne Philippe Besset, président de Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF).
C’est là tout le but du décret qui vient d’être publié : les différentes agences régionales de santé (ARS) ont donc six mois, jusqu’à février prochain, pour réaliser un zonage sur l’ensemble de l’Hexagone. « Il s’agit d’identifier des territoires fragiles en approvisionnement en médicaments, reprend Philippe Besset. On parle là de zones où il y aurait un risque potentiel de désertification si certaines pharmacies venaient à fermer ».
Des fermetures répétées
L’enjeu pour le secteur, est de « parvenir à maintenir en activité les pharmacies qui pour la plupart se trouvent en zone rurale, et qui accusent de sérieuses baisses de rentabilité », explique le président de la fédération.
Et pour cause, en 2007, on estimait à 24 000 le nombre de pharmacies en France. En 2024, le pays en compte un peu plus de 19 000. Sur les cinq dernières années, nous avons perdu près de 1000 établissements (soit une baisse de près de 5 %). « Et nous estimons qu’il y a entre 1 000 et 2 000 pharmacies en France qui sont menacées de fermeture, compte tenu des baisses de rentabilité », détaille pour sa part Philippe Besset.
Au mois d’avril dernier, Frédéric Valletoux, ministre démissionnaire de la Santé, affirmait devant les sénateurs français que « près d’une dizaine de pharmacies [étaient] en vente à un euro mais ne trouvaient pas de repreneurs, particulièrement en zones rurales ».
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Alors, comment sauver ces officines fragilisées ? Une fois que les opérations de zonage auront été réalisées par les ARS, l’État entend mettre la main à la poche pour secourir les établissements menacés par une fermeture. 20 000 euros par an seront alloués aux officines situées dans des zones considérées comme fragiles, pour que celles-ci puissent maintenir au mieux leur activité. Dans les communes de moins de 2 500 habitants, lorsqu’une pharmacie sera amenée à baisser le rideau, l’ARS aura la possibilité de reprendre la main pour rouvrir l’établissement. « Nous avons par ailleurs des conditions d’appui que nous allons définir avec les Caisses primaires d’assurance maladie », conclut Philippe Besset.
« Il faut avoir le courage d’aller chercher le relationnel »: les pharmacies rurales, enjeu principal du 60e congrès des étudiants en pharmacie organisé à Agen
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Pour les populations rurales, les pharmacies sont souvent le lieu médical privilégié. DDM – DDM MORAD CHERCHARI
Colloques et conférences, Santé, Agen
Publié le 04/07/2024 à 08:04 , mis à jour à 11:33 https://www.ladepeche.fr/2024/07/04/il-faut-avoir-le-courage-daller-chercher-le-relationnel-les-pharmacies-rurales-enjeu-principal-du-60e-congres-des-etudiants-en-pharmacie-organise-a-12058385.php
l’essentiel
À l’occasion de son 60e congrès, une association d’étudiants en pharmacie animera débats et tables rondes au Centre des Congrès Agen Agora et au campus du Pin.
C’est une initiative lancée par des étudiants en pharmacie de tout le pays, sur un sujet toujours plus brûlant. Chaque année, l’Association nationale des Étudiants en Pharmacie de France (ANEPF) organise un congrès, avec une thématique spécifique, toujours dans une ville différente. Il s’ouvrira à l’espace Agen Agora ce jeudi, se poursuivra au campus du Pin vendredi et samedi et se clôturera dimanche à Agen Agora pour boucler la boucle.
Une première à Agen. Il s’agit de la 60e édition, et à une époque où les déserts médicaux n’ont jamais posé un tel problème, les accès aux soins seront au cœur des débats. Des pharmaciens locaux animeront des ateliers et des tables rondes, en parallèle avec les étudiants de l’ANEPF.
77 professionnels pour 100 000 habitants
« Parmi les enjeux dont nous souhaitons parler ces jours-ci, il y aura l’attractivité des territoires », souligne Adrien Cazes, étudiant en 5e année à Toulouse et secrétaire en charge des relations institutionnelles. « Les zones rurales sont touchées à la fois par le manque de praticiens et la difficulté d’accès aux soins. »
Les déserts médicaux ont atteint des niveaux stratosphériques, et même les pharmacies sont en souffrance. Le recrutement en officines pose problème, avec par exemple 77 professionnels pour 100 000 habitants en Nouvelle-Aquitaine et Occitanie.
Comme chez les médecins, les jeunes pharmaciens semblent rebutés par la perspective de venir pratiquer en zone rurale. « La plupart appréhendent la moindre quantité de services publics, par rapport aux grandes villes », expose Adrien. « Généralement, ils cherchent à s’installer assez près de leur école d’origine. Il y a un manque de recherche de la part de certains. On ne connaît pas forcément la richesse de tous nos territoires. »
« On découvre des études beaucoup plus riches que ce qu’on croit »
Pour Adrien, l’un des problèmes des jeunes pharmaciens est aussi qu’ils ne maîtrisent pas forcément les attributs de la campagne. « Les pharmacies des grandes villes et celles des départements ruraux ont chacune leurs spécificités. En milieu rural, on a un relationnel plus fort au patient. Il faut simplement avoir le courage d’aller le chercher… »
Les pharmacies apparaissent souvent comme le lieu médical privilégié dans les villages et petites villes. « Il y a moins de professionnels de santé, alors les gens ont tendance à préférer la pharmacie. Ils ne veulent pas surcharger les urgences, le temps d’attente est moins long, c’est plus facile que d’obtenir un rendez-vous chez un généraliste, et ils savent que nous sommes habilités à beaucoup de choses. La ville, c’est autre chose, les riverains ont des habitudes différentes. »
Ces quatre jours de congrès seront l’occasion pour les étudiants et pharmaciens professionnels de montrer tous les aspects de leur métier au grand public. « Et ils sont nombreux ! » affirme Adrien, enthousiaste. « On travaille avec la biomédecine, on fait de l’industriel, on a un lien avec les hôpitaux… On découvre des études beaucoup plus riches que ce qu’on pouvait croire au début ».
Des professionnels locaux, des étudiants étrangers et la direction d’UPSA
Vendredi et samedi, les étudiants venus de tout le pays animeront des conférences et des ateliers, par exemple sur les accès aux soins. Le dimanche sera consacré à l’assemblée générale de l’ANEPF.
Les pharmaciens lot-et-garonnais ne seront pas en reste. « Parmi eux, Gérard Deguin, pharmacien à Colayrac-Saint-Cirq et président de l’Ordre régional des pharmaciens de Nouvelle-Aquitaine, ainsi que la direction des laboratoires UPSA, que vous connaissez bien en Lot-et-Garonne », sourit Adrien Cazes.
Jean-Marie Nkollo, conseiller municipal et pharmacien lui-même, est ravi de pouvoir s’occuper d’un atelier sur les pharmacies rurales, au cœur du débat pour ce 60e congrès. « J’essaierai de montrer comment on peut coordonner au mieux l’offre de soins », précise-t-il. « J’aborderai aussi les bienfaits d’une installation à la campagne… La croyance populaire veut que seules les pharmacies et parapharmacies des grandes villes sont viables, mais c’est un tort. C’est le moment ou jamais de montrer qu’on est à l’avant-poste, notamment pour les premiers soins, il ne faut pas abandonner nos territoires ! »
« Nous accueillons même des étudiants étrangers », ajoute Adrien. « Cette année, on a une Polonaise et une Allemande, elles viennent grâce à la fédération européenne à laquelle adhère notre association nationale. C’est une chance pour elles et pour nous. Dans leurs pays, le système des officines est très différent. »
REPORTAGE. « Ça fait trois ans que je cherchais un repreneur »… À Boussens, la pharmacie Castan baisse définitivement le rideau
ABONNÉS
Située avenue du Onze novembre, la pharmacie Castan affiche désormais rideau baissé. DDM – Romain Sanchez
La Gazette du Comminges, Haute-Garonne, Boussens
Publié le 16/07/2024 à 18:11 https://www.ladepeche.fr/2024/07/16/reportage-ca-fait-trois-ans-que-je-cherchais-un-repreneur-a-boussens-la-pharmacie-castan-baisse-definitivement-le-rideau-12085902.php
l’essentielVingt-huit ans après son installation à Boussens, la pharmacie d’André Castan a fermé, faute de repreneur. Une disparition qui émeut clients habitués et acteurs du territoire. Nous sommes allés à leur rencontre.
Un couple s’avance vers la grille métallique qui recouvre l’entrée. Sur la porte vitrée située derrière, il découvre l’affiche apposée « Pharmacie fermée définitivement. Dossiers transférés à la pharmacie Cazelles à Martres. » Après avoir marqué un temps d’arrêt, le couple repart. Sans doute représentatif de la stupeur qui a frappé les Boussinois à l’annonce de la fermeture, cet exemple donne le ton, dès notre arrivée à Boussens.
Une centaine de mètres plus loin, à la supérette Vival, Olivier et Patrick, tous deux boussinois, discutent avec Philippe. Interrogés sur la pharmacie, les trois amis font part de leur inquiétude. « C’est préoccupant, les pharmaciens sont un métier précieux. Avant, dès qu’on sortait de chez le médecin, on pouvait acheter nos médicaments juste à côté. Maintenant, on va devoir aller à Martres ou Mazères. »
Christian Sans, maire de la commune depuis 2001, ne cache pas sa déception face à la fermeture de ce commerce de proximité. « C’est un profond regret. Pour les personnes âgées, c’était quand même très pratique d’avoir une pharmacie à deux pas du logement. » Mais Boussens est loin d’être le seul village à être impacté par ce phénomène. En moyenne chaque année, la France perd 200 établissements de ce type. Et face à cette dynamique, la situation semble encore plus difficile pour les pharmacies situées dans les petits villages.
Romain Cazelles, gérant de la pharmacie de Martres-Tolosane, a repris une partie de la clientèle d’André Castan. Il ne se montre pas avare en compliments à l’évocation de son ancien collègue. « Castan et moi on a toujours été confraternels. C’est quelqu’un d’une gentillesse extrême. » Et comme le premier magistrat de Boussens, le pharmacien se montre inquiet face à la situation des établissements dans le milieu rural. « Aujourd’hui, selon les règles fixées par l’ARS (NDLR : Agence Régionale de Santé), il faut justifier d’une clientèle de 2 500 habitants pour pouvoir ouvrir une pharmacie. Malheureusement, il n’y a pas de marché pour les petites pharmacies, ce n’est pas tenable. »
Une vocation de longue date
Pour le principal intéressé, André Castan, le cœur du métier de pharmacien, ce sont pourtant « les relations clients ». C’est d’ailleurs ce rapport particulier, de proximité, qui l’a poussé à venir s’installer à Boussens en 1996. Quant à son désir de prendre sa retraite, il était réfléchi depuis un moment. « Ça fait trois ans que je cherchais un repreneur. »
Malgré ces trois années, André Castan ne sera donc pas parvenu à dénicher un potentiel acheteur. La faute aux évolutions sociétales que le pharmacien met sur le dos d’une mentalité différente chez la nouvelle génération. « J’ai reçu quelques jeunes et la première chose qu’ils me disaient, c’était « Quand est-ce que vous prenez vos vacances ? » ou bien « Il faudrait doubler le chiffre d’affaires, comme ça, on pourrait travailler une semaine sur deux ». C’est la mentalité maintenant. Les jeunes pharmaciens veulent travailler 35 heures, comme un fonctionnaire ».
Si la fermeture de sa boutique est encore un déchirement pour André Castan, ce dernier a tout de même pu compter sur l’appui de ses clients fidèles. Mots d’encouragements, bouquets de fleurs, cadeaux de départ… les Boussinois ont tenu à témoigner leur franc soutien à celui qui a occupé le 9 avenue du Onze novembre pendant plus de deux décennies. À présent, à 70 ans, André Castan peut profiter d’une retraite, bien méritée.