Le nombre d’espèces de poissons menacées est cinq fois plus élevé que les estimations précédentes
Biodiversité | Aujourd’hui à 20h00 | M. Scharff

Les poissons marins seraient plus menacés que le prévoit l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Une étude (1) , menée par des chercheurs du CNRS et publiée ce jeudi 29 août 2024 dans la revue PLOS Biology, prédit un statut « menacé » pour 12,7 % des espèces de poissons marins. Or, l’organisation internationale n’a attribué ce statut qu’à 2,5 % d’entre elles. Soit cinq fois moins. Pourquoi une telle disparité ? Le manque de données est à blâmer. La fameuse liste rouge de l’UICN, qui répertorie plus de 150 000 espèces, vise à guider les actions de conservation à l’échelle mondiale en identifiant les plus menacées. Toutefois, 38 % des poissons marins (soit 4 992 espèces à date de l’étude) sont classés comme « insuffisamment documentés » et ne disposent donc ni d’un statut de conservation officiel ni des protections qui en découlent.
De nouveaux poissons menacés dans de nouvelles zones
Les auteurs de l’étude se sont penchés sur ce sujet, avec l’aide de l’intelligence artificielle (IA). En croisant des données sur la taxonomie, les caractéristiques biologiques, la distribution et les usages humains (pêche, aquariophilie), ils sont parvenus à classer 78,5 % des espèces pour lesquelles les données manquaient. Le nombre de poissons considérés comme menacés a alors été multiplié par cinq, passant de 334 à 1 671, tandis que le groupe considéré comme non menacé a grossi d’un tiers, de 7 869 à 10 451.
Les espèces menacées présentaient généralement une aire de répartition restreinte, une grande taille et un faible taux de croissance. Le risque d’extinction était également associé à des habitats peu profonds. La mer de Chine méridionale, la mer des Philippines, la mer des Célèbes, ainsi que les côtes occidentales de l’Australie et de l’Amérique du Nord ont été identifiées comme des points chauds pour ces espèces menacées. Les scientifiques recommandent donc de renforcer les efforts de recherche et de conservation dans ces régions. En outre, ils ont constaté un « changement significatif » dans la pertinence des zones de conservation : la mise en place de réserves marines, afin de protéger les nouvelles espèces identifiées comme menacées, serait cruciale dans les îles du Pacifique ainsi que les régions polaires et subpolaires de l’hémisphère Sud, malgré leur faible richesse en espèces.
Vers un statut UICN affiné par l’intelligence artificielle ?
Si les chercheurs soulignent que les modèles ne peuvent pas remplacer les évaluations directes des espèces réalisées par l’UICN, Nicolas Loiseau, premier auteur de l’étude, propose « d’incorporer les avancées en IA et en modélisation dans la prédiction du risque d’extinction ». Et pourquoi pas, pour compléter l’actuel « statut UICN estimé », un nouvel indice, baptisé « statut UICN prédit », pour réaliser des évaluations rapides, approfondies et à moindre coût du risque d’extinction des espèces.1. Consulter l’étude
http://journals.plos.org/plosbiology/article?id=10.1371/journal.pbio.3002773
