Qualité de l’air et simplification administrative : qu’attend Emmanuel Macron ?
Paris – En cette semaine de négociations conventionnelles où les réflexions sur la libération du temps médical demeurent toujours sous-jacentes, le Docteur Michael Rochoy, médecin généraliste à Outreau, qui avait déjà dans nos colonnes il y a quelques semaines proposé une analyse sans nuance de la façon dont les représentants politiques actuels avaient failli à répondre aux enjeux de l’organisation de la médecine libérale en France, revient pour livrer quelques propositions simples. Bien que le Docteur Rochoy ne cache pas une forme de fatalisme dans ce texte, on rappellera (comme il le fait également) que cette semaine a été marquée par des déclarations inattendues du ministre de la Santé, quant à sa volonté d’engager une réflexion sur la possibilité d’une auto-déclaration des arrêts maladies de moins de trois jours. Avant de connaître la suite donnée à ce discours très préliminaire, l’exposé du docteur Rochoy sur la simplicité de certaines dispositions qui pourraient être prises et les atermoiements constants que l’on observe sont probablement éclairants.
Par le Docteur Michael Rochoy
Dans une précédente tribune, nous évoquions les décisions incompréhensibles et plus démagogiques que pragmatiques d’Emmanuel Macron.
Si nous voulons améliorer l’accès aux soins, nous avons deux grandes possibilités simples.
La première grande action à mener est de diminuer les consultations pour infections virales en… diminuant les infections virales respiratoires ! Le candidat Emmanuel Macron, le 16 avril 2022, évoquait la piste de l’amélioration de la qualité de l’air « dans nos écoles, nos hôpitaux, nos maisons de retraite, et dans tous les bâtiments publics », dont les premiers effets seraient visibles fin 2022 : puisse le président Emmanuel Macron entendre ces promesses. Sur le plan législatif, des textes existent depuis fin 2022 (décrets 2022-1689 et 2022-1690 du 27/12/2022), obligeant notamment à faire un diagnostic d’ici la fin 2024 dans les établissements recevant du public avec une réévaluation tous les 4 ans. Cependant, les avancées sont timides et d’autres mesures barrières sont à envisager bien sûr, telles que le retour du port obligatoire du masque dans les établissements de santé (cabinets, hôpitaux, cliniques)…
Est-ce qu’un membre du gouvernement va s’emparer de ce sujet ? Est-ce qu’un mouvement politique va enfin s’intéresser sérieusement aux questions de l’accès aux soins, du temps médical disponible et de la santé des Français ?
La deuxième grande action à mener est de diminuer les consultations pour motif administratif en… diminuant les motifs administratifs !
La « simplification administrative » est un sujet que le président fait mine de porter depuis des années. Pourtant, comme nous l’avons vu en détail dans la précédente tribune, il y a un fossé entre les intentions affichées et la réalité des actions menées : si le Président dit vouloir libérer du temps pour les médecins, ses députés et ministres s’opposaient jusqu’à maintenant fermement à la suppression des arrêts de travail courts (inférieurs à 3 jours) ou à la suppression des arrêts pour enfant malade, quand bien même ces évolutions sont réclamées par le Collège de médecine générale (via le site certificats-absurdes.fr que je vous recommande), par les médecins interrogés pour le rapport Franzoni de janvier 2023, par l’intersyndicale ReAGJIR, ou soutenues par le Sénat… null
Le ministre de la Santé va-t-il s’imposer face au MEDEF ?
Cette semaine, la Cour des Comptes s’est ajoutée à la liste des requérants pour l’auto-déclaration d’arrêts de moins de 3 jours, et cette fois le ministre de la santé a annoncé dans la presse qu’il allait « ouvrir le sujet avec les employeurs » et qu’il faudrait « veiller à ce que ça ne soit pas évidemment une nouvelle filière d’abus » — car bien sûr les Français sont des oisifs ardemment désireux de réduire leurs salaires avec des jours de carence, comme chacun le sait. Le MEDEF, la CFDT, la CGT et FO ont déjà fait savoir qu’ils s’opposeraient à cette mesure : le MEDEF veut continuer de contrôler gratuitement les salariés (profitant des difficultés d’accès aux soins comme des difficultés d’accès à l’arrêt de travail, aussi légitime soit-il) ; les syndicats de salariés craignant un allongement des délais de carence ou une suspicion lors d’arrêt maladie — des craintes qui peuvent être levées par des annonces politiques claires…
Il faut donc espérer que le ministre de la santé se souvienne que son travail consiste plus à s’occuper de la santé publique et de l’accès aux soins que de s’occuper des problèmes de plannings dans les entreprises.
Là aussi, est-ce qu’un membre du gouvernement va vraiment s’emparer de ce sujet ? Est-ce qu’un mouvement politique va enfin s’intéresser sérieusement aux questions de l’accès aux soins, du temps médical disponible et de la santé des Français ?nullLISEZ LA SUITE CI-DESSOUS
Y-a-t-il un responsable dans la salle ?
Pour améliorer la qualité de l’air, il faut une volonté politique descendante, dans notre pays très hiérarchisé (voire monarchisé, diraient certains).
Les politiques locaux assurent que ça ne les concerne pas parce qu’il n’y a pas de retour attendu sur les recettes, et qu’ils ne feront (pour la plupart) rien en absence d’incitation forte, ayant d’autres priorités sur leur budget. Pourtant, les infrastructures sont gérées par les communes (écoles primaires — maternelle et élémentaire), les conseils départementaux (collèges) et régionaux (lycées).
L’Assurance Maladie assure que ça ne la concerne pas. Pourtant, c’est sur elle que retomberont les économies réalisées par l’amélioration de la qualité de l’air.
L’Éducation Nationale assure que ça ne la concerne pas. Pourtant, améliorer la qualité de l’air, c’est améliorer la concentration des enseignants et élèves (altérée par un niveau élevé de CO2), diminuer les absences (pour infections respiratoires, pour pathologies liées aux allergènes).
Ainsi, les communes, départements et régions doivent dépenser de l’argent qui seront profitables principalement à l’Assurance Maladie et à l’Éducation Nationale… il ne faut pas être un fin psychologue pour voir où se situe le problème, et qui est la seule personne qui peut le résoudre facilement (pour indice, il se prénomme Emmanuel).
De nombreux exemples étrangers (pour une fois) à suivre !
Pour simplifier l’administratif, il faut contacter plusieurs personnes.
Il faut déjà faire changer d’avis le MEDEF et la CPME, qui sont de farouches opposants à la simplification administrative sur les arrêts de travail courts et arrêts enfants malades, bien trop ravis d’avoir un flicage « gratuit » (payé par la société) de leurs salariés, qu’ils considèrent par défaut comme des fraudeurs. Pour cela, nous pouvons leur rappeler que le motif est souvent non vérifiable par un médecin : lombalgie, diarrhée, anxiété par exemple. Nous pouvons également leur rappeler une énième fois que cette simplification existe déjà pour les Belges, Allemands, Italiens, Portugais, Anglais ou Québécois… Il faut surtout convaincre la société, par des actions médiatiques, qu’une telle mesure de simplification a plusieurs vertus : simplification pour les patients, libération de temps médical, amélioration de l’accès aux soins, diminution des dépenses de santé.
Pour convaincre les syndicats de salariés, il « suffit » de… ne pas allonger le délai de carence.
Il faut ensuite contacter l’association des maires de France, pour que cessent les demandes sans fondement légal : certificats sportifs dans les associations et clubs locaux (non affiliés à une fédération sportive, fédérations qui pour leur part ont supprimé le certificat chez les mineurs et défini un rythme — ou supprimé — pour le certificat chez les majeurs) ; certificats sportifs pour les clubs de gymnastique douce chez les seniors ; certificats pour absence au centre aéré (pour bénéficier d’indemnités de la CAF) ; certificats pour absence scolaire (pour ne pas payer la cantine), etc. Là encore, de nombreuses pistes sont déjà présentées sur certificats-absurdes.fr
Il faut enfin contacter France Assurance pour que cessent les demandes illégales et abusives formulées par les compagnies d’assurance : certificats en cas d’invalidité, de décès ou d’annulation de voyage. Tout le monde est d’accord avec ça : l’Assurance Maladie, l’Ordre National des Médecins, les médecins… mais l’absence d’intérêt au niveau de l’exécutif permet aux assureurs de poursuivre leurs violations de secret médical quotidiennes en toute impunité.
Commencer par le commencement : si non, à quoi bon ?
Ces deux propositions (et trois partenaires à contacter) ne permettront pas à elles seules de régler tous les problèmes d’accès aux soins. Elles ne sont que l’alpha, pas l’omega.
Elles sont le socle indispensable dans la quête de sens que certains poursuivent quant à leur métier actuel ou futur de médecin généraliste.
A quoi bon déléguer un à trois millions de consultations pour angines chez les adolescents ou majeurs à des pharmaciens, si c’est pour continuer à recevoir les mêmes patients pour un arrêt de travail court ? A quoi bon discuter d’économies de santé, si nous continuons à rembourser des actes aussi vides de sens que rédiger un certificat attestant qu’un enfant a souffert de diarrhée deux jours auparavant ? A quoi bon travailler jusqu’à 19h si c’est pour expliquer à un patient que la demande de sa mutuelle est abusive et illégale — heureusement là aussi, nous pouvons nous aider de certificats de refus pré-remplis (Easy Certificat Creator) pour économiser un peu de temps.
Par la suite, d’autres mesures pourraient être prises. Par exemple, les prescriptions médicales de transport pourraient ne plus être rédigées par des médecins mais uniquement par un personnel dédié de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie : il n’y aurait plus de problème de télétransmission versus papier ; il n’y aurait plus de litige sur le caractère légitime ou non de la prescription ; il n’y aurait plus de problème sur le partage de transport… Toutefois, déléguer des tâches administratives au personnel administratif est probablement trop disruptif en 2024.
La situation actuelle n’est pas une fatalité… On peut « réarmer » la médecine générale, en la libérant de l’inutile et en considérant réellement les propositions que les principaux concernés émettent.
Est-ce qu’un membre du gouvernement va s’emparer de ce sujet ? Est-ce qu’un mouvement politique va enfin s’intéresser sérieusement aux questions de l’accès aux soins, du temps médical disponible et de la santé des Français ?