Microplastiques : Agir pour l’environnement en affirme la présence dans des sodas
En analysant le contenu de bouteilles plastique de Coca-Cola et de Schweppes, l’ONG a détecté des plastiques absents de leurs emballages et en nombre croissant au fur et à mesure de leur consommation. Elle en appelle à l’Anses et à la DGCCRF.
Risques | 23.08.2024 https://www.actu-environnement.com/ae/news/microplastiques-agir-environnement-presence-sodas-44604.php4#ntrack=cXVvdGlkaWVubmV8MzU5NQ%3D%3D%5BNDExMDgz%5D

« Il est inacceptable que les consommateurs boivent sans le savoir des microplastiques, s’insurge l’association Agir pour l’environnement. Le phénomène n’étant pas réglementé, même s’il est avéré scientifiquement, les autorités françaises doivent se saisir du sujet et en faire une priorité de santé publique et de protection de l’environnement. »Dans une nouvelle enquête (1) publiée le 22 août, l’ONG dévoile la présence et la nature des microparticules de plastique détectables dans les bouteilles de Coca-Cola et de Schweppes. Elle affirme même avoir identifié des composants ne pas censés figurer dans leur emballage.
Des intrus entre les bulles
Faisant appel à deux laboratoires indépendantsspécialisés dans la détection des micro- et des nanoplastiques, l’ONG a fait tester sept bouteilles de Coca-Cola Original d’un litre et six de Schweppes Indian Tonic (2) d’1,5 litre. Celles-ci ont été soumises au même examen : un stockage à des températures différentes (30°C ou 4°C) et des observations après plusieurs séries d’ouverture (une, puis dix, puis vingt). Au total, six polymères de plastique ont été identifiés, dont majoritairement du polyéthylène (PE) et du polytéréphtalate d’éthylène (PET) qui composent l’emballage des bouchons et des bouteilles des deux marques, mais aussi étonnement du polychlorure de vinyle (PVC).
Par ailleurs, autre découverte, leur volume va croissant avec le nombre de fois où la bouteille est ouverte, au fur et à mesure de sa consommation. En moyenne, 28 microparticules par litre après dix ouvertures et 44 par litre après vingt ouvertures, en majorité de moins de 50 micromètres de diamètre. Dans les cas les plus extrêmes, après vingt ouvertures, l’ONG a constaté la présence de 46 microparticules (dont 25 de PVC) dans un litre de Coca-cola et de 62 microparticules (dont 57 de PE) dans un litre et demi de Schweppes. « Le nombre de microparticules augmente sensiblement à mesure que le nombre d’ouvertures croit, permettant d’émettre l’hypothèse d’une responsabilité de la dégradation du bouchon [du fait de son abrasion à chaque ouverture ; NDLR] dans l’origine des microplastiques identifiés, estime Agir pour l’environnement, notamment à l’égard du PVC. L’ouverture multiple des bouteilles a (également) généré une plus grande gamme de tailles de nanoparticules dont la taille moyenne est légèrement supérieure à celle de la population de nanoparticules présentes initialement après une ouverture unique. »
En somme, à mesure qu’une bouteille de ces deux sodas est consommée, le nombre et la nature des microplastiques se multiplient, et avec eux la potentialité des effets cocktails néfastes pour la santé à l’ingestion. De plus, les analyses réalisées notent que « les particules ont des contours très irréguliers et ont donc une très grande surface totale, ce qui favorise leur interaction soit avec d’autres particules, combinant les effets de plusieurs polymères, ou, plus grave, en facilitant leur contact et leur internalisation par les cellules dans les muqueuses humaines après leur ingestion, comme le décrit la littérature scientifique ». Pourtant, dans une réponse à l’enquête apportée à l’AFP, The Coca-Cola Company maintient, sans en dire plus, « qu’il n’existe aujourd’hui aucune preuve scientifique suggérant que l’ingestion de particules de plastique est préoccupante pour la santé humaine ».
Le vide réglementaire demeure
« Si elle s’appuie sur des méthodes d’analyses rigoureuses et reconnues, cette enquête n’a pas de visée scientifique, admet Agir pour l’environnement. Elle vise avant tout à donner un aperçu de la réalité de la présence de micro- et nanoparticules dans quelques sodas fortement consommés en France. »Animée de la même intention, l’ONG avait déjà effectué de pareilles analyses sur des bouteilles d’eau minérale en 2022. Et sa conclusion avait été la même : il est nécessaire de définir une norme maximale d’exposition aux micro- et nanoplastiques dans les bouteilles d’eau et de soda.
En France, rien n’est prévu à l’heure actuelle pour encadrer le sujet. Les boissons embouteillées font bien l’objet de contrôle de conformité par les agences régionales de santé (ARS), mais toujours pas pour les microplastiques. Et au niveau européen, la Commission européenne n’a adopté une méthodologie de surveillance dans l’eau qu’en mars 2024, dans l’optique de réduire de 30 % la pollution des microplastiques d’ici 2030. Pour l’instant, la réglementation sur les produits chimiques (Reach) ne fait qu’interdire certains produits, notamment cosmétiques, à la vente. Mais encore rien ne concerne encore les boissons en bouteille plastique. Ainsi, pour avancer sur ce sujet, Agir pour l’environnement a déclaré avoir saisi l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) et demandé à ce que la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) ouvre une enquête.1. Télécharger l’enquête d’Agir pour l’environnement
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-44604-ape-enquete-microplastiques-sodas.pdf2. Ce soda est distribué en France (et dans d’autres pays européens) par la société japonaise, Suntory, et dans une grande partie du reste du monde par The Coca-Cola Company.
