Quentin Haroche| 20 Août 2024 https://www.jim.fr/viewarticle/lhôpital-tiendra-t-il-1-500-internes-moins-2024a1000f8x?ecd=wnl_all_240825_jim_jim-pro_etid6772663&uac=368069PV&impID=6772663&sso=true
Paris – Plus de 1 500 internes manqueront à l’appel à la rentrée de septembre. Les hôpitaux craignent de manquer de bras tandis que la gauche dénonce la mauvaise gestion du gouvernement.
C’est un effet papillon administratif : une décision prise en 2019 qui provoque une crise hospitalière et politique plus de cinq ans après. Il y a cinq ans, le gouvernement a adopté une réforme du deuxième cycle des études de médecine. Entrée en vigueur en 2021, cette réforme a véritablement pris forme à l’année universitaire 2023-2024 avec la mise en place d’un nouveau « concours » de l’internat. Mais, conséquence inattendue de la réforme, cette décision va aboutir à une forte diminution des effectifs des internes à la rentrée de septembre prochain : 1 510 internes manqueront à l’appel.
Rappelons le cœur du problème, déjà évoqué dans les colonnes du JIM. La nouvelle mouture de l’examen de fin de deuxième cycle a remplacé les épreuves classantes nationales (ECN) par un examen en deux étapes : d’abord un écrit relativement classique en octobre, les épreuves dématérialisées nationales (EDN), puis un or al en mai, les examens cliniques d’objectifs structurés (ECOS).
Mais, méfiants face à ce changement des règles du jeu, ce sont plusieurs centaines d’externes qui ont préféré redoubler leur cinquième année en 2023 plutôt que de faire partie de la promotion « crash-test », la première à devoir passer ce nouvel examen. Ajoutez à cela le fait que le nouveau concours comprend désormais des notes éliminatoires et vous obtenez une promotion de néo-internes de moins de 8 000 membres, contre près de 9 500 à l’accoutumée.
Une baisse des effectifs qui s’est répercutée sur le nombre de postes proposés. L’arrêté qui fixe la répartition des postes d’internes pour la rentrée 2024, publié le 9 juillet dernier, n’a ouvert que 7 974 postes, contre 9 484 en septembre 2023, soit une baisse de 16 %. Toutes les spécialités ne sont pas touchées pareillement : la chirurgie pédiatrique ne perd aucun interne, la médecine d’urgence voit ses effectifs diminuer de 16 %, la gynécologie médicale de 19 % tandis que la chirurgie plastique devra faire avec 50 % d’internes en moins.
« Une très grosse source d’inquiétude pour l’ensemble des internes »
Les internes de la promotion « crash-test », qui devront attendre le 10 septembre prochain et la fin d’une procédure d’appariement particulièrement complexe pour connaitre leur sort, protestent depuis plusieurs semaines contre cette situation. Non seulement ils craignent de ne pas tous pouvoir obtenir la spécialité et la ville qu’ils souhaitent, mais ils redoutent surtout que, en raison du manque d’effectifs, leur charge de travail devienne insurmontable. Une situation qui inquiète également les médecins et les internes déjà en exercice à l’hôpital.
« C’est une très grosse source d’inquiétude pour l’ensemble des internes » reconnait Marine Loty, présidente du syndicat des internes des hôpitaux de Paris (SIHP). « Les médecins séniors, déjà en sous-effectif, risquent de ne pas pouvoir compenser les manques. Dans ce contexte, nous craignons que nos conditions de travail se détériorent davantage, que nos charges de travail s’alourdissent et que nos horaires s’amplifient. Nous travaillons déjà en moyenne 59 heures par semaine, nous ne pouvons pas faire plus ! ».
Même son de cloche du côté du Dr Marc Noizet, président du syndicat SAMU-Urgences de France, qui rappelle que, dans les hôpitaux universitaires, les internes représentent 40 % des effectifs et que la diminution de leur nombre « aura nécessairement un impact » sur l’activité hospitalière.
Dans les hôpitaux, l’administration hospitalière se prépare pour tenter de limiter la casse et les conséquences de cette baisse d’effectifs. « Nous sommes en train de travailler avec l’Agence régionale de santé (ARS) d’Île-de-France pour préparer au mieux la commission de répartition qui aura lieu entre le 20 et le 25 septembre » explique Marine Loty« L’idée est d’avoir une répartition la plus homogène possible sur le territoire, mais avec 215 postes en moins en Île-de-France, c’est un véritable casse-tête, pour le moment, tout le monde se prépare un peu à l’aveugle et on sait déjà que la balance va être très compliquée à faire ».
Le gouvernement dénonce une fausse polémique
La question a pris un tournant politique ces derniers jours, la gauche voyant dans cette baisse des effectifs d’internes une nouvelle preuve du supposé manque de considération du gouvernement pour l’hôpital public. « Est-ce que vraiment la France, qui avait un système de santé d’excellence, qui faisait la fierté des Français, peut se permettre d’avoir 15 000 médecins en moins ? La réponse est non » a ainsi assené la candidate au poste de Première Ministre Lucie Castets ce lundi (avant de corriger son erreur sur le nombre d’internes en moins).
Déjà en avril, un groupe de travail à l’Assemblée Nationale avait alerté le gouvernement sur « les futurs ravages du nouveau concours de l’internat ». « A l’été 2024, dans les hôpitaux français, combien d’internes manqueront à l’appel ? » s’interrogeait alors le député LFI Damien Maudet.
Sur X et dans le journal Ouest France auquel il a accordé une interview ce mardi, le ministre de la Santé démissionnaire Frédéric Valletoux répond à ces critiques et dénonce une fausse polémique. « C’est une petite manipulation de la vérité » réagit ainsi le ministre concernant un article du journal Libération sur le sujet.
« Les gouvernements ont toujours ajusté le nombre de postes d’internes au nombre d’étudiants qui passent et réussissent leurs examens. 1 500 d’entre eux ont fait le choix de ne pas présenter l’examen. La faute du gouvernement forcément ? » assène-t-il sur le réseau social.
Le gouvernement a assuré que, si besoin est, les hôpitaux pourront faire appel à des médecins étrangers pour renforcer les effectifs, alors même que le statut administratif de ces praticiens à diplômes étrangers (PADHUE) est particulièrement nébuleux. « Nous aurons très certainement un effet rebond l’an prochain avec plus de candidats car les redoublants passeront le concours » assure en outre le ministère de la Santé. Rendez-vous donc en septembre