PH : plus nombreux, plus jeunes, plus féminins
Quentin Haroche| 20 Août 2024 https://www.jim.fr/viewarticle/ph-plus-nombreux-plus-jeunes-plus-féminins-2024a1000f8v?ecd=wnl_all_240825_jim_jim-pro_etid6772663&uac=368069PV&impID=6772663&sso=true
Paris – Selon les dernières statistiques du CNG, le nombre de PH a augmenté de 13,5 % ces dix dernières années. Les femmes sont désormais majoritaires dans la profession.
C’est un chiffre qui en étonnera peut-être certains. On entend en effet régulièrement (et le JIM s’en fait régulièrement l’écho dans ses colonnes) que l’hôpital manquerait de médecins, ce qui expliquerait les grandes difficultés des établissements, et notamment des services d’urgences, à faire face à l’afflux de patients. Les syndicats de médecins hospitaliers répètent également souvent, que le statut de praticien hospitalier (PH) n’attirerait plus les jeunes médecins.
Pourtant, si l’on en croit le dernier rapport du centre national de gestion (CNG) publié ce lundi, le nombre de PH a augmenté de 13,5 % ces dix dernières années. Dans le détail, on comptait exactement 48 552 PH au 1er janvier 2024. Le taux de croissance annuel est de 1,3 % mais l’augmentation du nombre de PH s’est accélérée ces deux dernières années avec une augmentation de 6,8 % (alors même que les alertes sur une perte d’attractivité du statut de PH se multipliaient).
Comment expliquer le décalage entre ces chiffres et l’impression générale d’une baisse des effectifs dans les hôpitaux ? La réponse réside peut-être dans le nombre des PH en disponibilité. Celui-ci a explosé, passant de 1 080 en 2014 à 6 551 en 2024, soit une augmentation de 228 % en une décennie. Ce sont ainsi 11,6 % des PH qui sont désormais en disponibilité, contre seulement 4,2 % en 2014.
Le nombre de PH en détachement a également augmenté, mais moins fortement (+ 15,6 % en dix ans). Les sorties définitives du corps des PH sont également en augmentation, avec notamment une forte hausse des démissions, qui sont passées de 238 en 2014 à 401 en 2024 (+ 68,4 %). Le CNG assure cependant que le solde des entrées et des sorties a toujours été largement positif ces dix dernières années et qu’il n’a jamais été aussi élevé en 2023, avec un solde de 2 173 PH supplémentaires.
Les femmes majoritaires chez les PH (sauf chez les hauts salaires)
Le CNG s’est également intéressé au profil des PH. La dernière décennie a été marquée par une accélération de la féminisation de la profession. Les femmes sont ainsi désormais majoritaires parmi les PH, constituant 55,6 % des effectifs du corps contre 46,9 % en 2014. Ce sont logiquement les générations les plus jeunes de PH qui sont les plus féminisées, les hommes restant majoritaires au-delà de 60 ans : 62,6 % des PH de moins de 50 ans sont des femmes mais 61,2 % de ceux de plus de 60 ans sont des hommes.
La féminisation du corps dépend également grandement des spécialités : on retrouve le plus de femmes en biologie (67 %) ou en psychiatrie (62 %) tandis que les hommes restent largement majoritaires en chirurgie (63 %). La palme revient à la gynécologie médicale, spécialité quasiment exclusivement féminine (95 % de femmes). Mais féminisation ne rime pas forcément avec égalité salariale : les hommes sont ainsi majoritaires (56 %) parmi les PH se situant entre le 10ème et le 13ème échelon de rémunération.
La dernière décennie a également été marquée par un léger rajeunissement des PH. L’âge moyen est ainsi de 49 ans (49,8 ans en 2014) et l’âge médian de 48,5 ans (49,2 ans en 2023). Plus d’un quart des PH (26,9 %) ont moins de 40 ans contre seulement 20,6 % en 2020. A l’autre bout du spectre générationnel, un peu plus de 1 000 PH (2,2 % des effectifs) ont dépassé l’âge limite de départ à la retraite de 67 ans. L’âge moyen d’entrée est de 36,7 ans ce qui assure environ 30 ans d’exercice, les PH partant à la retraite en moyenne à 65,8 ans.
Un tiers des postes de PH sont vacants
S’agissant de la répartition par spécialité, les trois quarts des PH exercent une spécialité médicale ou chirurgicale. En médecine, les urgences (17,8 % des PH de médecine), la médecine générale (13,1 %), l’anesthésie-réanimation (12,9 %) et la pédiatrie (10 %) se partagent plus de la moitié des effectifs. En chirurgie, la gynécologie-obstétrique (27,4 % des chirurgiens dont 45,4 % des chirurgiennes), l’orthopédie (16,1 %) et la chirurgie viscérale et digestive (11,4 %) se taillent la part du lion.
Enfin, le CNG s’est intéressé à la densité de PH. La France compte 71 PH pour 100 000 habitants (contre 66,9 en 2021) mais, comme pour les médecins libéraux, les inégalités territoriales sont importantes. Les régions les plus dotées sont la Réunion (85 PH pour 100 000 habitants), la Bretagne (81 PH) et la Martinique (79 PH) tandis que l’Occitanie (61 PH), la Guyane (36 PH) et Mayotte (31 PH) manquent de médecins.
Même si la plupart de ces chiffres poussent plutôt à l’optimise quant aux effectifs des hôpitaux, rappelons tout de même pour conclure quelques réalités moins reluisantes dont les syndicats se font régulièrement l’écho : le nombre de candidats au concours de PH a diminué de 17 % entre 2022 et 2023 et un tiers des postes de PH sont vacants à l’hôpital.
Attractivité de la carrière hospitalière : à quoi jouent les administrations ?
Quentin Haroche| 01 Juillet 2024 https://www.jim.fr/viewarticle/attractivité-carrière-hospitalière-à-2024a1000c66
Paris – Selon le SNPHARE (anesthésistes réanimateurs ), de nombreux lauréats du concours de PH ne sont pas nommés, malgré l’existence de nombreux postes vacants.
Il y a un an presque jour pour jour le 3 juillet 2023, le Centre national de gestion (CNG) publiait des chiffres inquiétants sur l’attractivité des carrières de praticiens hospitaliers (PH). Lors du tour de recrutement du printemps 2023, l’organisme en charge des carrières hospitalières n’avait reçu que 3 364 candidatures pour des postes de PH, soit une baisse de 17 % en un an et alors même que le nombre de postes vacants à l’hôpital avoisine les 11 000.
Ce sont désormais un tiers des postes de PH qui sont vacants (et jusqu’à 40 % dans certaines spécialités) alors qu’on ne comptait que 23 % de postes vacants en 2011. Plus inquiétant encore, les démissions de PH auraient augmenté de 500 % depuis 2020.
A l’époque, les syndicats avaient organisé une grève pour dénoncer le manque d’attractivité des carrières de PH. Un an plus tard, ils constatent amèrement que rien n’a été fait pour améliorer la situation. Le syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs élargi (SNPHARE) constate ainsi que, au-delà du manque de candidatures, il reste encore trop difficile pour les médecins lauréats du concours de PH d’être nommé à un poste, même lorsque ce poste est pourtant vacant.
Les administrations accusées de faire poiroter les futurs PH
Dans un communiqué publié ce lundi 1er juillet, jour où les nouveaux PH doivent prendre leur poste, le syndicat regrette ainsi que les mesures adoptées dans le cadre de la réforme du statut de PH en 2022 n’aient pas été mises en œuvre. Si cette réforme avait été dans l’ensemble critiquée par les syndicats, ils avaient en revanche salué les quelques mesures visant à favoriser l’accès au statut de PH et notamment le fait que les médecins hospitaliers puissent désormais passer le concours de PH dès la fin de leur internat et non pas seulement après plusieurs années d’exercice (leur évitant ainsi un statut précaire qui aurait pu les pousser à choisir l’exercice libéral).
Mais deux ans après l’adoption de cette réforme, le syndicat constate que « les administrations ne jouent pas le jeu de l’attractivité des carrières médicales hospitalières ». Le SNPHARE se fait ainsi l’écho de nombreux médecins qui, bien qu’ils aient réussi le concours de PH et qu’ils se soient portés candidats à un poste de PH vacant, ne sont pas nommés. Certains hôpitaux prendraient ainsi prétexte que la « commission des effectifs » du CHU ne se réunit qu’une fois par an pour retarder d’éventuelles titularisations.
Pourquoi donc retarder la nomination de PH qui sont pourtant nécessaires au bon fonctionnement des hôpitaux ? Pour le SNPHARE, les administrations profitent du fait que le concours de PH est désormais valable quatre ans. Ils préfèrent donc continuer à embaucher les lauréats du concours sous un statut précaire avant de les titulariser à l’échéance de cette période de quatre ans.
Les futurs PH privés de l’IEPSE
« Soit quatre ans de statut précaire, mal rémunéré » commente le SNPHARE. Le syndicat rappelle en effet que depuis la réforme de 2022, l’indemnité de service public exclusif (IEPSE) n’est plus versée aux contractuels mais est en revanche versée aux PH nommés y compris durant leur période probatoire, afin de rendre la carrière de PH plus attractive. En refusant de nommer immédiatement PH les lauréats du concours, les administrations privent ces médecins de cette indemnité et violent « l’esprit des évolutions du statut de praticien hospitalier » estime le SNPHARE.
« Le SNPHARE demande que les lauréats au concours de PH puissent être nommés sans délai sur les postes de PH visés par les praticiens, dès qu’ils sont vacants et ce même si ces praticiens sont en congé maladie ou en congé maternité » conclut le communiqué du syndicat. « Il en va de la cohérence de l’attractivité des carrières hospitalières médicales et donc de l’hôpital public et de l’accès aux soins de l’ensemble de nos concitoyens ».
Il ne s’agit pas de la première pomme de discorde entre les syndicats de PH et les autorités. Récemment, les deux camps se sont notamment écharpés sur l’épineuse question du calcul de la retraite des médecins hospitalo-universitaires, un autre point qui nuit à l’attractivité des carrières selon les syndicats. Autant de questions sensibles et très importantes pour l’avenir de l’hôpital auxquelles devra s’atteler le prochain gouvernement, quelle que soit sa couleur politique.