Avant les législatives la thérapie de choc pour la santé du NFP

Législatives : la thérapie de choc du Nouveau Front Populaire pour la santé

Quentin Haroche| 17 Juin 2024 https://www.jim.fr/viewarticle/thérapie-choc-du-nouveau-front-populaire-santé-2024a1000b82?ecd=mkm_ret_240824_jim_boq_&uac=368069PV&impID=6713226&sso=true

Paris – Régulation à l’installation, investissements pour l’hôpital, pôle public du médicament…Le Nouveau Front Populaire, alliance des partis de gauche, a dégainé son programme pour la santé.

Sans doute, en annonçant une dissolution surprise le 9 juin dernier au soir des élections européennes, le Président de la République Emmanuel Macron espérait prendre de court les partis de gauche divisés lors des élections européennes. Mais ces gauches que l’on a longtemps dit irréconciliables (et peut être le sont-elles en réalité encore) ont finalement réussi à parvenir à un accord en un temps record.

Cette alliance allant du Parti socialiste (PS) à La France Insoumise (LFI), dénommée Nouveau Front Populaire (NFP), est ainsi parvenu à élaborer un programme complet en quatre jours seulement, programme présenté à la presse jeudi dernier. Au milieu des questions économiques ou internationales, la santé n’est pas ignorée par l’alliance des gauches, qui espère remporter les élections législatives anticipées des 30 juin et 7 juillet prochain*. 

La mise en place d’une « conférence de sauvetage de l’hôpital public » est une des toutes premières mesures qu’un éventuel gouvernement de gauche promet de prendre dans les 15 jours de son arrivée au pouvoir. Cette conférence sera chargée « d’éviter la saturation pendant l’été et de proposer la revalorisation du travail de nuit et du week-end » (rappelons qu’une telle revalorisation a déjà été mise en place depuis le 1erjanvier dernier). 

La gauche souhaite mettre fin à la liberté d’installation des médecins

Dans les 100 premiers jours de son arrivée au pouvoir, la gauche promet également le vote d’une « grande loi santé ». Une loi qui mettrait notamment en place la régulation de l’installation des médecins afin de lutter contre la désertification médicale. On le sait, la question de l’encadrement de la liberté d’installation des médecins est un débat de très longue date et toute idée de limitation de cette liberté est vivement critiquée par l’ensemble des syndicats de médecins. Il y a un an presque jour pour jour, le 14 juin 2023, les députés Rassemblement National et Renaissance s’étaient coalisés à l’Assemblée Nationale pour rejeter une proposition de la gauche de limiter la liberté d’installation des médecins.

Cette grande loi santé prévoirait également de « rétablir la permanence des soins des soignants libéraux dans les centres de santé », de « conditionner l’ouverture des cliniques privées à la participation à la permanence des soins et à la garantie d’un reste à charge zéro » et de « créer un pôle public du médicament avec un renforcement des obligations de stocks » afin de lutter contre les pénuries de médicament. Sur le temps long, le NFP promet également de « lancer le rattrapage des postes manquants à l’hôpital public » en engageant un « plan pluriannuel de recrutement des professionnels du soin et de revalorisation des métiers et des salaires ».

L’alliance des partis de gauche n’oublie pas non plus les questions sociétales en lien avec la santé. Parmi ses propositions, on trouve pêlemêle la création d’un congé menstruel, et, nettement plus polémique, l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux personnes transgenres et l’augmentation des moyens alloués aux traitements de réassignation sexuelle. Pas un mot en revanche dans ce programme sur une éventuelle légalisation de l’aide à mourir, alors même que la majeure partie de la gauche soutenait le projet de loi du gouvernement visant à légaliser le suicide assisté (qui a été abandonné du fait de la dissolution).

Quatre ministres de la Santé sur la ligne de départ

Ce programme pour la santé aura au moins convaincu un Français, Aurélien Rousseau. L’ancien ministre de la Santé d’Emmanuel Macron (de juillet à décembre 2023), qui avait démissionné à la suite de l’adoption de la loi immigration, sera en effet candidat PS (et donc NFP) dans la 3ème circonscription des Yvelines.

L’ancien militant communiste revient donc à ses amours de jeunesse, mais les commentateurs politiques n’ont pas manqué de souligner que lorsqu’il était directeur de cabinet de l’ancienne Première Ministre Elisabeth Borne, Aurélien Rousseau avait participé à l’élaboration de la réforme des retraites…que le NFP se propose désormais d’abroger. « Çamontre toute sa cohérence » a ironisé Emmanuel Macron en apprenant la candidature de son ancien ministre. 

Ce seront en tout quatre ministres de la Santé actuel et anciens, sur les six qu’a connus Emmanuel Macron, qui seront candidats aux élections législatives des 30 juin et 7 juillet prochain. L’actuel ministre Frédéric Valletoux sera ainsi candidat Horizons (qui fait partie de la coalition présidentielle) dans la 2ème circonscription de Seine-et-Marne, dans laquelle il a été élu en 2022. L’éphémère ministre Brigitte Bourguignon, qui avait dû quitter son poste après seulement six semaines en 2022 à la suite de sa défaite aux précédentes élections législatives, retente sa chance sous les couleurs de Renaissance dans la 6ème circonscription du Pas-de-Calais, qu’elle a représentée de 2012 à 2020.

Surprise : le Dr Olivier Véran, qui fut ministre de la Santé de 2020 à 2022 durant la pandémie de Covid-19, sera également candidat sans étiquette (mais soutenu par le camp présidentiel) dans la 1èrecirconscription de l’Isère, dont il est député sortant. En mars dernier, le neurologue avait pourtant créé la surprise (et la consternation) en annonçant qu’il arrêtait la politique pour se reconvertir dans la médecine esthétique, afin d’exercer dans une clinique huppée des Champs-Elysées.

A ce titre, le Dr Véran, qui n’est décidément pas un revirement près, a expliqué en marge de l’annonce de sa candidature qu’il n’exercera finalement pas la médecine esthétique et qu’il prendra un poste de consultant bénévole (en neurologie !) au CHU de Grenoble. 

Il ne manquait plus que le Pr Agnès Buzyn et le Dr François Braun comme candidats pour que les ministres de la Santé d’Emmanuel Macron soient au complet. 

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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