Les explications du ministre sur les 1500 postes d’internes en moins

Baisse du nombre d’internes : « Un trou d’air qui sera rattrapé l’an prochain », assure Valletoux

Le ministre délégué à la Santé et à la Prévention a assuré, ce mardi 20 août, dans Ouest-France que la baisse de 1 500 postes d’internat à la rentrée est « un trou d’air qui sera rattrapé l’an prochain« . « Le Gouvernement n’a pas fait le choix de diminuer d’autant le nombre de postes. S’il y a moins d’internes, c’est que 7 800 étudiants ont passé et validé leur examen cette année« , a tenu à préciser Frédéric Valletoux.

20/08/2024 https://www.egora.fr/etudiants/actus-etudiants/baisse-du-nombre-dinternes-un-trou-dair-qui-sera-rattrape-lan-prochain?utm_source=Newsletter&utm_medium=gms_egora&utm_campaign=En_bref___Mardi_20_août_2024&utm_medium=gms_egora&utm_source=email&utm_campaign=En%20bref%20-%20Mardi%2020%20août%20202420240820&sc_src=email_4358787&sc_lid=161463366&sc_uid=XYBlorZBtz&sc_llid=5777&sc_eh=5d463c22601bc0401

Par Chloé Subileau

Alors que les hôpitaux compteront plus de 1 500 internes en moins à la rentrée, Frédéric Valletoux insiste : « Le Gouvernement n’a pas fait le choix de diminuer d’autant le nombre de postes d’intern[at]. » « S’il y a moins d’internes, c’est que 7 800 étudiants ont passé et validé leur examen cette année. S’il y avait eu 9 500 admis, on aurait créé autant de postes », a poursuivi le ministre délégué chargé de la Santé et de la Prévention dans un entretien accordé à Ouest-France, publié ce mardi 20 août.

Ce moindre nombre d’admis s’explique par la baisse du nombre d’étudiants en sixième année de médecine cette année. Craignant « d’essuyer les plâtres » de la réforme du deuxième cycle des études de médecine (R2C), mise en place en septembre dernier, de nombreux carabins ont préféré redoubler. De plus, 276 carabins ont échoué aux EDN et 62 ont invalidé les Ecos, les deux examens qui remplacent les ECN.

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« Ces nouvelles modalités ont pu inquiéter certains étudiants qui ont choisi de reporter d’une année le passage de l’examen » permettant le passage en internat, reconnaît Frédéric Valletoux. Mais le ministre démissionnaire se veut, malgré tout, rassurant à l’approche de la rentrée. « Nous allons donc avoir un trou d’air qui sera rattrapé l’an prochain« , insiste-t-il, avant d’ajouter : « J’observe qu’avec cette nouvelle formule d’examen, le taux d’échec n’est pas plus important que précédemment : il reste d’environ 2%. »

Cette baisse « aura un impact »

Vendredi 16 août, le président du syndicat Samu-Urgences de France se voulait, lui, plus alarmiste. La baisse du nombre d’internes à l’automne « aura un impact » sur l’hôpital, et en particulier sur les CHU, « dont 40% des ressources médicales sont constitués par des internes », lançait le Dr Marc Noizet au micro de Franceinfo. Le représentant syndical précisait, par ailleurs, que les hôpitaux allaient devoir « compenser avec d’autres ressources, probablement des médecins étrangers » ou « modifier [leurs] organisations » face à cette baisse d’effectif.

Egalement interrogé par Ouest-France sur la situation des hôpitaux cet été, Frédéric Valletoux a indiqué ce 20 août qu’une cinquantaine d’établissements étaient « actuellement en tension » dans le pays. « C’est un peu mieux que l’été dernier et, en tout cas, les tensions ne sont pas aussi fortes qu’au cours de celui de 2022« , a précisé l’ancien président de la Fédération hospitalière de France (FHF), soulignant l’importance des mesures issues de la mission flash sur les urgences et de la réforme des autorisations de médecine d’urgence de décembre 2023. « [Elles] portent leurs fruits, a-t-il glissé. Les revalorisations des gardes de nuit et des heures travaillées les dimanches et les jours fériés […] ont été pérennisées. On constate ainsi qu’il est plus facile de recruter des personnels supplémentaires durant cet été. »

Le ministre s’est aussi exprimé sur la recrudescence des cas de Mpox en Afrique. « La France n’est pas un pays isolé, on s’attend à avoir des cas déclarés sur notre territoire« , a-t-il indiqué. « Pour mémoire, avec le précédent variant, il y avait 5 000 cas en France, dont aucun mortel. Puis cinquante-deux en 2023 et 107 depuis le début d’année. Au total, 150 000 personnes ont été vaccinées. Et nos stocks de vaccins sont robustes, c’est-à-dire que nous pouvons envisager les prochains mois avec sérénité« , a assuré Frédéric Valletoux.  

Auteur de l’article

Chloé Subileau

Journaliste Etudiant

Un millier d’internes en moins dès novembre, des tensions en vue

Alors que le nombre de candidats à l’internat a baissé, le gouvernement a ouvert 16 % de postes en moins. Les étudiants sont inquiets et dénoncent une « profonde injustice ». 

Par  et Publié aujourd’hui à 06h00, modifié à 08h36 https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/08/21/hopital-avec-un-millier-d-internes-en-moins-des-novembre-des-tensions-en-vue_6288606_3224.html

Temps de Lecture 5 min.

Au centre hospitalier des Quatre-Villes, à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), le 20 juillet 2022.
Au centre hospitalier des Quatre-Villes, à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), le 20 juillet 2022.  GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Ce n’est pas une surprise. Le chiffre était connu, peu ou prou depuis le printemps, mais il ne manque pas de provoquer des remous, à mesure que l’échéance approche. Les hôpitaux, déjà fortement sous pression sur le plan des ressources humaines, vont se retrouver, à partir de novembre, avec un millier d’internes en moins – ces jeunes médecins en formation dans les hôpitaux après la sixième année d’études. Et ce, pour les deux prochains semestres.

A la suite de la réforme des épreuves d’entrée de l’internat, mise en œuvre durant l’année universitaire 2023-2024, quelque 1 000 étudiants ont préféré redoubler plutôt que d’essuyer les plâtres du nouveau concours, ou, pour une petite part d’entre eux, n’ont pas obtenu les notes minimales désormais nécessaires, selon cette nouvelle formule d’admission en troisième cycle de médecine, qui vise à mieux évaluer les connaissances et les compétences de ces futurs professionnels.

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Résultat : en ajoutant certains redoublants (670 étudiants, qui avaient redoublé leur cinquième ou sixième année et qui sont restés sous le régime de l’ancien concours), les nouveaux internes seront au total 8 479 à prendre un poste dans les hôpitaux, à l’automne, contre 9 500 en 2023.

« Je ne vois pas d’autre solution »

Dans les rangs de cette première promotion issue de la réforme, c’est le nombre de postes ouverts par spécialité et par territoire (les « subdivisions »), publié dans un arrêté du 7 juillet, qui a mis le feu aux poudres. Avec 7 974 postes proposés – pour quelque 7 800 candidats admis à ce concours réformé – contre 9 484 en 2023, la baisse est de 16 %. Une pétition dénonçant une « profonde injustice », et appelant d’urgence à rouvrir des postes supplémentaires, a dépassé, mercredi 21 août, 40 000 signatures.

A l’origine de celle-ci, Hélène Herubel, étudiante en 6e année de médecine à l’université Paris Cité, s’inquiète : « Dès [la]première simulation [du début du mois d’août], on a vu que des spécialités allaient être beaucoup plus difficiles d’accès. »Alors qu’elle pensait pouvoir accéder à un poste en spécialité ORL, au vu de ses résultats et du rang minimum nécessaireau concours en 2023, l’étudiante devrait se trouver contrainte d’en choisir une autre, estime-t-elle, avouant désormais réfléchir à terminer son cursus à l’étranger. Les affectations définitives interviendront le 10 septembre. Autre crainte exprimée dans la pétition : celle d’une dégradation des conditions de travail, avec moins d’internes, mais autant de gardes à se partager.

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Du côté des organisations étudiantes, le ton est moins critique. « Je comprends pleinement les étudiants qui souffrent, mais je ne vois pas d’autre solution », déclare Lucas Poittevin, président de l’Association nationale des étudiants en médecine de France. Avec moins d’internes, « si on maintenait un même nombre de postes, on aurait mis en péril certaines spécialités et certaines subdivisions moins prisées des étudiants, pour lesquelles on se serait retrouvés sans internes en novembre », souligne-t-il, citant par exemple la médecine générale ou la gériatrie.

Un ajustement annuel selon les besoins

« Non, le gouvernement n’a pas supprimé de postes », s’est défendu le ministre délégué à la santé démissionnaire, Frédéric Valletoux, sur X. « Comme chaque année, le gouvernement ajuste les postes en fonction du nombre de lauréats », a-t-il assuré. Avec toujours une part supplémentaire par rapport au nombre de candidats, à hauteur de 1,8 %, rappelle-t-on au ministère de la santé, soit quelque 200 postes de plus, pour laisser une marge de choix, même au dernier classé.

« Je comprends l’anxiété des étudiants, mais il n’y aura aucune perte de chances par rapport aux promotions précédentes, la difficulté restera la même, avec une affectation au mérite », assure le président de la Conférence nationale des doyens de médecine, Benoît Veber.

Quelles ont été les clés de répartition des postes en moins ? Si la plupart des spécialités ont vu leur nombre diminuer de 15 % à 20 %, certaines ont été plus fortement amputées que d’autres : la chirurgie plastique a ainsi vu ses effectifs divisés par deux, avec 14 postes ouverts, tandis que la chirurgie pédiatrique a conservé ses 33 postes ouverts. « Le ministère a tenu compte de priorités de santé publique, avec quelques disciplines sanctuarisées, comme la pédiatrie ou la psychiatrie, ce qui ne correspond peut-être pas aux goûts des étudiants, mais aux besoins des Français », estime le professeur Veber.

« Cela tombe forcément mal, vu le contexte »

Du côté des hôpitaux, si chaque établissement ne connaît pas nécessairement le sort qui va lui être réservé dans le détail – la ventilation des postes doit intervenir ces prochains jours lors de réunions pilotées par les agences régionales de santé –, l’inquiétude monte déjà dans les services. « On a beau dire que les internes ne sont pas censés être indispensables, parce qu’ils sont en formation, il ne faut pas se mentir, ils font partie intégrante de nos équipes, et une part de l’activité repose sur eux », signale Thierry Godeau, à la tête de la Conférence nationale des présidents de commissions médicales d’établissement des centres hospitaliers, qui craint un retentissement sur les délais d’accès aux soins.

« Ce n’est la faute de personne, et on sait que c’est ponctuel, pour un an seulement, avant d’avoir une promotion avec ce millier d’internes en plus, mais cela tombe forcément mal, vu le contexte à l’hôpital, on n’avait pas besoin de ça », estime le praticien hospitalier de La Rochelle, qui se dit vigilant quant à une « répartition équitable » des coupes entre centres hospitaliers et centres hospitaliers universitaires.

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A l’échelle d’une équipe, les chiffres peuvent paraître anecdotiques, mais c’est loin d’être le cas, à entendre les médecins. Dans son service de pneumologie au CHU de Limoges, François Vincent ne décolère pas, alors que le nombre d’internes devrait y passer de trois à deux, a-t-il appris de son doyen. « Incompréhensible et injuste », dit le chef de service, soulignant à quel point les pneumologues manquent, encore plus sur son territoire après la fermeture de 30 lits dans la discipline au sein de la clinique voisine.

« Notre service va continuer de tourner, mais on absorbe déjà cette fermeture, on est tous mobilisés, en sous-effectif, et on apprend qu’on perd un poste… Il est certain que cela va augmenter la charge de travail pour ceux qui restent », dénonce-t-il. Au lieu de deux internes, un seul devra, demain, effectuer la « visite » quotidienne auprès des 19 patients d’une unité. « On va l’aider, bien sûr, mais on pressurise toujours plus les équipes », estime le professeur.

Des difficultés pour les gardes

A l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM), la commission régionale de répartition des postes d’internes dans chaque service est prévue le 2 septembre. « Ça va être compliqué », reconnaît Jean-Luc Jouve, président de la commission médicale d’établissement, alors que 363 postes sont ouverts cette année, contre 436 en 2023.

« Il y a une inquiétude chez les médecins, mais il est aussi nécessaire, pour ceux qui ne l’ont pas encore fait, de s’adapter à un changement de paradigme : les internes ne doivent pas être considérés comme du personnel qui fait tourner le service, ce sont des étudiants », soutient le professeur, estimant que certains services devraient être plus à la peine que d’autres, tels que la cardiologie, la neurologie, la pédiatrie, la médecine interne…

La vraie difficulté sera, selon lui, ailleurs : il faudra surtout réussir à remplir le tableau de gardes, sans ces internes, aux urgences, en orthopédie, en neurochirurgie, en chirurgie pédiatrique… Chez lui, comme dans plusieurs hôpitaux, la même solution est à l’étude : « Nous allons compenser avec des “FFI” [faisant fonction d’internes], c’est-à-dire des médecins stagiaires à diplômes étrangers, mais ce n’est pas très agréable ni loyal de devoir s’en servir comme variable d’ajustement. » Soixante-dix de ces postes seront nécessaires pour maintenir la permanence des soins au sein de l’AP-HM.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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