Je partage avec agacement mais surtout indignation cette situation qui se répète de plus en plus souvent.
Des personnes âgées dépendantes, sorties de l’hôpital de plus en plus rapidement et qu’on renvoie au domicile sans avoir pris la peine de s’assurer de l’organisation des soins et de la gestion ménagère ; une autre version consistant à recommander aux familles, déjà fragilisées, un placement en Ehpad le jour même !
Les Ehpad ne peuvent pas, ne doivent pas, accueillir de nouveaux résidents dans ces conditions. Que les choses soient dites clairement.
La question n’est pas celle de la durée de séjour mais celle de la chance que l’on donne à la personne accueillie de tout simplement survivre à ce moment délicat que représente une admission.
Une admission, c’est d’abord une rencontre, un partage et le moment du recueil des souhaits de vie et d’accompagnement.
C’est aussi le moment de la coordination médicale avec des médecins traitants trop peu nombreux et très peu disponibles. Pour une totale compréhension des enjeux: pas de médecin, pas de prescription, pas de traitement !
C’est l’évaluation des capacités à se déplacer, à se nourrir, à mastiquer, à déglutir, à uriner, à aller à la selle, à se laver, à se vêtir ; mais aussi l’évaluation des capacités cognitives et de la démence.
Ce sont tous ces process que l’on va mettre en œuvre afin d’éviter de maintenir un résident au lit ou au fauteuil toute la journée ; pour ne pas être maltraitant donc.
Ce sont aussi ces personnels sur qui on ne souhaite pas poser plus encore le poids d’une pratique dégradée. Par respect humain et plus prosaïquement, pour qu’ils restent.
Les Ehpad ne sont pas des services d’urgence. Ce sont des lieux d’accompagnement, de prise en charge sanitaire.
Et même si tout est fait pour médicaliser ces institutions (sauf à leur donner des moyens bien évidemment), rien dans leur organisation ne permet cet accueil d’urgence.
Valider cette nouvelle mission en l’état reviendrait à autoriser que l’hôpital, déjà gravement mis à mal lui aussi, déverse toujours plus de patients vers des structures déjà à bout de souffle. Désormais sans aucun scrupule ni éthique.
Nous méritons tous bien mieux que ça et devrions faire montre d’une bien plus grande ambition.
La vie réelle, c’est bien plus que les Jeux Olympiques.
Commentaire Dr Bernard PRADINES :
C’est pourquoi j’ai notamment passé des décades à m’opposer à la diminution des lits d’USLD (84 000 => 31 000). Les EHPAD étaient censés prendre le relais. « Désormais sans aucun scrupule ni éthique » : oui, nous savons désormais que nous pouvons mourir indûment, même si des soins de qualité existent. Idem pour la prochaine loi de fin de vie qui ignore l’éthique et clame l’autonomie. Où est passé le temps où nous proclamions que l’éthique prime sur la loi ?