La majorité sortante présente un projet de gouvernement
Alors que cinq semaines après les législatives, Emmanuel Macron n’a toujours pas nommé de nouveau premier ministre, plusieurs camps choisissent de tendre la main pour se montrer capable de trouver des majorités à l’Assemblée nationale pour gouverner. Le premier ministre démissionnaire, Gabriel Attal, également président du groupe présidentiel dans l’Hémicycle, a écrit à ses homologues au Palais-Bourbon – sauf Mathilde Panot (La France insoumise), Marine Le Pen (Rassemblement national) et Eric Ciotti (droite alliée au RN) – pour leur proposer un « pacte d’action pour les Français ». Ce programme de gouvernement s’articule autour de « six priorités » : rétablissement des comptes publics, défense de la laïcité et des institutions, pouvoir d’achat et logement, environnement, sécurité et services publics. Lucie Castets, proposée par le Nouveau Front populaire pour diriger Matignon, avait également adressé, lundi, aux députés et aux sénateurs ses priorités pour l’agenda législatif, dans un courrier cosigné par les sept chefs des groupes parlementaires de gauche.
Au Parlement, après les lettres de Lucie Castets, celles de la majorité sortante
Avec ces missives, aussi bien la gauche que les troupes du camp présidentiel ont fait des propositions pour tendre la main aux camps adverses et se montrer capable de trouver des majorités à l’Assemblée nationale pour gouverner.

La « trêve olympique » décrétée par Emmanuel Macron est bel est bien terminée. Alors que le président de la République entretient le suspense sur la nomination d’un premier ministre, les partis politiques cherchent à reprendre la main, soucieux de se montrer capables de constituer une majorité parlementaire, et donc aptes à gouverner.
Lundi 12 août, Lucie Castets, la prétendante à Matignon du Nouveau Front populaire (NFP), a donné le coup d’envoi d’une drôle d’avalanche épistolaire. Elle a adressé deux lettres à tous les parlementaires hors extrême droite, une aux députés et une aux sénateurs, cosignées par les présidents de groupe du NFP (socialistes, communistes, « insoumis » et écologistes).
Elle prend acte de la nécessité de « construire des majorités » et leur propose une « évolution » des « pratiques parlementaires » et des « relations entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif », notamment en répartissant « les responsabilités » des rapporteurs sur les textes ou en « partageant l’ordre du jour parlementaire ».
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Pour le président du groupe PS au Sénat, Patrick Kanner, ces lettres sont une façon de « ne pas laisser le maître des horloges monopoliser le terrain, comme il l’a fait depuis les JO ». Il s’agit aussi de se montrer ouvert et souple, en affirmant que le NFP, ce n’est pas « tout le programme, rien que le programme », comme édicté par Jean-Luc Mélenchon le 7 juillet, au soir du second tour des législatives. « Il n’y a aucun revirement », dément Manuel Bompard, le coordinateur de La France insoumise (LFI), qui rappelle que l’objectif d’un gouvernement du NFP est de « proposer des textes de loi sur la base de son programme ».
La démarche a été lancée sans consultation en amont des parlementaires de droite ou du camp présidentiel. « Je n’ai pas eu de contact personnel avant l’envoi de ma lettre », reconnaît Lucie Castets, qui souhaite montrer aux présidents de groupe qu’elle était « totalement disponible » pour échanger sur « cinq priorités » – pouvoir d’achat, services publics, écologie, éducation, et fiscalité. Certains au PS interprètent ce manque de préparation comme la simple envie de faire de l’affichage, sans véritable envie de gouverner.
Reprendre l’initiative
Plutôt que répondre directement au NFP, le premier ministre démissionnaire, Gabriel Attal, également président du groupe Ensemble pour la République (EPR), a préféré tenter de reprendre l’initiative. Mardi 13 août, il a écrit à ses homologues au Palais-Bourbon – sauf Mathilde Panot (LFI), Eric Ciotti (A droite) et Marine Le Pen (Rassemblement national, RN) – pour leur proposer un « pacte d’action pour les Français ». Le président de Renaissance, Stéphane Séjourné adressait simultanément la même lettre aux chefs de files de partis.
Patrick Kanner voit dans les missives macronistes « un contre-feu » allumé « dans la précipitation » par ceux « qui ont fracturé le pays ». « Ils créent le chaos démocratique et maintenant c’est “embrassons-nous, Folleville” », éructe le socialiste. Le député (PS) du Calvados Arthur Delaporte fustige « un déni de réalité ». « Ils font comme si le NFP n’existait pas », s’énerve-t-il. Lucie Castets, elle, préfère s’abstenir de tout commentaire. Mais l’initiative suscite aussi l’incompréhension au sein du camp présidentiel.
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Les deux dirigeants recensent « six chantiers » constituant « la base » sur laquelle « engager des discussions ». « Le rétablissement de nos comptes publics, la défense de nos valeurs » et « la sécurité » en tête. Quant au courrier de Lucie Castets, il est qualifié « d’elliptique » par un conseiller du premier ministre, jugeant qu’il est « difficile de voir à ce stade des points de convergence. » Et de réaffirmer que le NFP ne saurait être à l’initiative d’une nouvelle majorité relative.« Aucune bannière portée pendant la campagne ne s’est vue donner par les Français une majorité suffisante pour gouverner seul le pays », écrit le locataire de Matignon.
« Un déni de réalité »
D’autant qu’au sein de la majorité sortante, l’épisode a donné lieu à nouvelle prise de distance entre Renaissance et les troupes d’Edouard Philippe. Après la lettre de Lucie Castets, et avant celle de Gabriel Attal, le président du groupe Horizons au Palais-Bourbon, Laurent Marcangeli, écrivait à ses homologues pour détailler son « programme d’action pour une majorité d’urgence nationale ». Peu ou prou les mêmes propositions que celles du parti présidentiel. Sans que la kyrielle de missives ait jusque-là suscité le moindre dialogue.
« Quel est l’objectif de toutes ses lettres ? Tout cela peut vite paraître comme de la manœuvre politicienne », s’inquiète le président du groupe MoDem à l’Assemblée nationale, Marc Fesneau, qui appelle à « remettre les choses dans l’ordre ». « La question à la fin est celle de la nomination d’un premier ministre, qui tienne compte des réalités du Parlement. Ensuite, les groupes parlementaires devront dire s’ils soutiennent telle ou telle équation. »
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