Les jeux Olympiques : une réussite sportive, pas forcément sanitaire

Quentin Haroche| 12 Août 2024 https://www.jim.fr/viewarticle/jeux-olympiques-réussite-sportive-pas-forcément-2024a1000esi?ecd=wnl_all_240812_jim_daily-doctor_etid6740890&uac=368069PV&impID=6740890&sso=true

Paris – Après une quinzaine sportive très réussie, c’est l’heure du bilan pour des Jeux Olympiques marqués par un nombre important de cas de Covid-19 et une polémique sur la qualité de l’eau de la Seine.

Difficile de nier que ces Jeux Olympiques de Paris, qui viennent de s’achever ce dimanche, auront été un véritable succès sportif et populaire, (presque) sans aucune fosse note. Une cérémonie d’ouverture à couper le souffle, des compétitions sportives au milieu des plus beaux monuments de la capitale, un engouement populaire certain et une météo presque toujours au beau fixe : la France a réussi ces Jeux Olympiques. Sur le plan sanitaire en revanche, le bilan est un peu plus contrasté.

Commençons avec les points positifs : le système de santé a tenu. Alors que nos hôpitaux et notamment nos services d’urgence ont souvient bien du mal à faire face à l’afflux de patients l’été (de nombreux services d’urgence en province rencontrent actuellement de grandes difficultés), on pouvait craindre que l’AP-HP plie sous le poids de ces Jeux Olympiques.

Les grands moyens ont été mis pour assurer que l’accès aux soins ne soit pas perturbé durant ces deux semaines, avec l’ouverture de 1 300 lits d’hôpitaux supplémentaires et le versement de primes importantes pour inciter les soignants à rester en poste durant les JO.

Une politique qui s’est avérée gagnante puisque de l’avis de tous, les festivités n’ont en rien perturbé l’activité des hôpitaux franciliens. « Il n’y a pas eu d’effet sanitaire particulier dans nos services liés aux Jeux Olympiques » assure ainsi le Dr Marc Noizet, président du syndicat SAMU-Urgences de France. Selon les derniers chiffres arrêtés à jeudi dernier, 14 000 prises en charges ont été faites sur les sites olympiques, majoritairement pour des cas sans gravité.

Le nombre de passages aux urgences liés aux Jeux Olympiques est resté compris entre dix et cinquante par jour, à comparer avec les plus de 50 000 passages aux urgences quotidiens dans toute la France. Malgré la panne informatique qui a perturbé l’activité de l’AP-HP le week-end dernier, son directeur Nicolas Revel a même parlé d’une « situation rêvée pour les urgentistes ».

Les JO laisseront-ils une épidémie de Covid-19 en héritage ?

La polyclinique du village olympique aura également été une réussite. Cet établissement de santé sur mesure a pu offrir une prise en charge complète (cardiologie, gynécologie, traumatologie…) aux plus de 10 000 athlètes de ces Jeux Olympiques.

Des soins totalement gratuits, ce qui a été loué par de nombreux athlètes venant de pays où la santé reste un luxe (notamment des athlètes américains) même si, rappelons-le, les soins de la polyclinique n’étaient pas pris en charge par la Sécurité Sociale mais payé par le comité d’organisation des Jeux Olympiques. Au final, la polyclinique olympique a assuré un peu moins de 500 consultations par jour, soit moins que les 700 prévus.

Mais ces Jeux Olympiques ont également été marqués par des points moins glorieux avec notamment le retour d’un invité qu’on n’attendait pas : la Covid-19. Si la maladie n’aura pas autant perturbé ces Jeux Olympiques que ceux de Tokyo, organisés avec un an de décalage et sans public, ce sont tout de même au moins une quarantaine d’athlètes qui ont été contaminés pendant la compétition.

Les nageurs auront été les principales victimes de cette mini-épidémie (qui aura suscité l’inquiétude jusque dans les rangs de l’Organisation Mondiale de la Santé) et les masques chirurgicaux et FFP2 ont refait leur apparitions près des piscines.

Le risque désormais est que les grands rassemblements durant les Jeux Olympiques provoquent une reprise de l’épidémie. « Lorsque j’ai vu les images de la foule compacte et joyeuse soutenant les nageurs dans l’enceinte fermée et mal ventilée de la piscine olympique, j’ai regretté que l’un des enseignements principaux de la pandémie, à savoir l’aération, n’ait pas été retenu » regrette ainsi le Pr Antoine Flahault.

L’épidémiologiste genevois estime cependant que par le passé, les grands rassemblements sportifs ne se sont pas traduits par de fortes augmentation des cas de Covid-19. Le dernier bilan épidémiologique de Santé Publique France (SPF), qui couvre la première semaine de compétition, fait même état d’une légère baisse des indicateurs épidémiologiques.

Polémique sans fin sur la qualité de l’eau de la Seine

Mais la grande polémique sanitaire de ces Jeux Olympiques aura été celle de la qualité de l’eau de la Seine. Plus d’1,4 milliard d’euros auront été dépensés pour assainir la Seine et l’organisation des épreuves en eau libre dans le fleuve parisien aura été un des principaux arguments marketing des organisateurs. Mais à plusieurs reprises, des entrainements et même une compétition ont dû être annulés ou repoussés, en raison d’une quantité trop importante d’E.coli et d’entérocoques dans l’eau de la Seine. 

Le fait que la Seine ait « miraculeusement » retrouvé une qualité suffisante pour se baigner les jours d’épreuves, de telle sorte qu’aucune n’ait été annulée, est apparu quelque peu suspect pour certain. D’autant plus que, les résultats des tests n’étant connu qu’au bout de 15 heures environ, il était en réalité impossible de connaître la qualité de l’eau au moment où les sportifs y plongeaient. Selon le site d’investigation Mediapart, les critères fixés par la fédération mondiale de natation pour se baigner n’ont en réalité été respectés que deux jours sur dix durant les JO.

Plusieurs athlètes sont tombés malades après s’être baignés dans l’eau de la Seine. Pour la triathlète belge Claire Michel, qui a dû déclarer forfait avant l’épreuve de triathlon en relais mixte, le lien avec sa baignade dans la Seine semble être écarté, puisqu’elle a finalement annoncé avoir contracté un virus (démentant ainsi les fausses informations colportées par les médias belges).

Pour d’autres, le mystère reste entier. Alors que la mairie de Paris promet de rendre la Seine accessible à la baignade pour tous dès l’année prochaine, ces Jeux Olympiques n’auront pas lev » tous les doutes sur cette promesse.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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