Quentin Haroche| 13 Août 2024
Paris – La promotion qui débutera son internat à la rentrée 2024 se verra proposer 1 500 postes de moins que l’année précédente à cause de la réforme du « concours » de l’internat.
En avril dernier, le Premier Ministre Gabriel Attal a affiché sa volonté de fortement augmenter le nombre d’étudiants en médecine formés chaque année, pour le faire passer d’environ 10 000 actuellement à plus de 16 000 d’ici 2027. L’objectif affiché était ainsi de pouvoir combler le déficit actuel de médecins d’ici une décennie.
Mais, à rebours de cette volonté d’augmenter le nombre de carabins, le nombre de postes ouverts aux nouveaux internes à la rentrée 2024 va drastiquement diminuer. Seulement 7 974 postes seront ouverts aux néo-internes, contre 9 484 à la rentrée 2023, soit plus de 1 500 postes en moins.
En octobre dernier, les carabins ont ainsi planché sur des épreuves dématérialisées nationales (EDN), examen écrit proche de feu les ECN. Puis, en mai, les futurs internes ont passé les examens d’objectifs structurés (ECOS), des épreuves orales censées évaluer les connaissances pratiques des internes.
Comment expliquer cette baisse importante du nombre de postes, à l’heure où de nombreux hôpitaux se plaignent du manque de bras dans les services ? Le nombre de postes a tout simplement suivi la tendance de celui des internes : la promotion 2024 comptera en effet environ un millier d’internes de moins que celle de l’année précédente.
Une baisse qui s’explique cette fois par l’entrée en vigueur durant l’année 2023-2024 du nouveau « concours » de l’internat. Fini les ECN : les internes ont du cette fois passer deux nouvelles épreuves pour déterminer leur rang de classement.
Les néo-internes dénoncent une situation qu’ils jugent injuste
Une réforme qui a visiblement fait peur aux étudiants de deuxième cycle, qui ont été nombreux à préférer redoubler leur cinquième année de médecine plutôt que de devoir faire partie de la promotion « crash-test », la première à avoir passé la nouvelle monture du concours. En 2023, plus de 7 % des étudiants de cinquième année ont ainsi redoublé, contre seulement 3 % habituellement, soit environ 650 redoublements stratégiques.
Ajoutez à cela que la nouvelle mouture du concours de l’internat comprend désormais des notes éliminatoires et qu’environ 300 étudiants ont échoué à valider leur sixième année d’étude et vous obtenez donc environ un millier d’internes en moins.
Cette diminution du nombre de postes ouverts passe très mal chez ces néo-internes, qui ont le sentiment d’être victimes d’une situation dont ils ne sont pas responsables. Une pétition lancée jeudi dernier et réclamant l’ouverture de postes d’internat supplémentaires a déjà recueilli près de 5 000 signatures d’internes mais également de médecins solidaires de leurs futurs confrères.
« À titre indicatif et non exhaustif, les postes de chirurgie plastique et reconstructrice ont été diminués de moitié, tandis que la médecine générale à Bordeaux l’a été de 20% » peut-on lire dans la pétition, lancée par un collectif d’internes. « Les rangs limites pour accéder à la plupart des spécialités ont bondi de 1 000 places au moins : par exemple, un étudiant qui souhaite faire un internat de chirurgie digestive à Paris doit être aujourd’hui classé parmi les premiers 23 % de sa promotion, contre 35 % l’année passée, cette différence est inacceptable » poursuit le texte.
« Trop d’étudiants devront choisir une spécialité par dépit dans laquelle ils seront moins investis et la qualité de leurs soins en pâtira. Après six ou sept ans d’études acharnées, on ne nous permet pas choisir notre métier » conclut la pétition.
Une procédure d’appariement très complexe
Pour accéder à l’un de ces moins de 8 000 postes ouverts, les internes vont devoir passer par une procédure d’appariement particulièrement complexe. Fini en effet le système relativement simple du choix de spécialité et d’affectation selon le rang. Les étudiants vont désormais être classés dans 13 classements différents selon 13 groupes de spécialités prédéterminés. Les étudiants formuleront ensuite des vœux de spécialité et de lieu d’exercice et seront affectés par un algorithme selon ces vœux et leurs différents classements.
Un arrêté publié le 28 juillet dernier est venu préciser le calendrier de cette procédure. Elle aura bien lieu en septembre comme prévu, malgré les nombreuses rumeurs de retard qui ont circulé parmi les étudiants. « Tout est maintenu et honnêtement on n’a pas le choix car il nous faut des internes l’année prochaine » a expliqué le Pr Benoit Veber, président de la conférence des doyens de médecine, selon une formulation peu encourageante.
Une première phase de test, non obligatoire, aura lieu du 3 au 14 août pour permettre aux étudiants « d’apprendre à utiliser l’algorithme » explique le doyen. Une procédure blanche aura ensuite lieu du 23 août au 6 septembre pour permettre aux étudiants de tester leur affection et d’ajuster leurs vœux en conséquence.
La procédure d’appariement définitive aura ensuite lieu entre du 6 au 9 septembre et les résultats divulgués le 10 septembre. Pour les étudiants qui n’auront été affectés à aucun poste, deux tours d’appariement supplémentaires auront lieu du 10 au 12 septembre. Et enfin, ces milliers d’étudiants pourront entrer dans la carrière médicale.
Craintes autour des postes d’internat : « Nous n’en sommes qu’à la phase de simulation », répond le CNG
La phase de simulation de la procédure d’appariement, devant attribuer un poste d’internat aux étudiants en 6e année de médecine ayant validé les EDN et les Ecos, se termine ce soir. Elle permet aux carabins de tester leurs vœux et de les affiner. Mais certains ont pointé une forme d' »injustice » liée à la diminution du nombre de postes ouverts et à l’évolution déconcertante des rangs limites. Le CNG appelle à ne pas faire de « comparaisons avec le système antérieur » et tente de rassurer.
14/08/2024 Par Louise Claereboudt https://www.egora.fr/etudiants/actus-etudiants/craintes-autour-des-postes-dinternat-nous-nen-sommes-qua-la-phase-de
7974. C’est le nombre de postes d’internat qui ont été ouvertes cette année aux étudiants. Soit 1500 de moins que l’an dernier. Une baisse qui s’explique par le fait que de nombreux carabins ont préféré, courant 2023, redoubler leur 5eannée pour ne pas « essuyer les plâtres » de la réforme du deuxième cycle des études de médecine (R2C). 276 ont, en outre, échoué aux EDN et 62 ont invalidé les Ecos, les deux examens qui remplacent les ECN. Ainsi, « 7433 lauréats » vont être amenés à faire leur choix pour leur affectation (spécialité et subdivision), indique le Centre national de gestion (CNG), chargé de superviser la procédure nationale d’appariement.
Les étudiants ont déjà pu commencer à entrer leurs vœux et à les affiner sur la plateforme mise en place. La phase de simulation a en effet démarré le 3 août pour la quasi-totalité des étudiants. Elle a démarré le 7 août pour les « 255 » signataires d’un contrat d’engagement de service public (CESP) amenés à faire leur choix. Cette phase de simulation, qui est facultative, va prendre fin ce mercredi soir. Elle sera suivie de la phase de tour à blanc à partir de laquelle « les résultats vont commencer à être pris en compte », précisait Lucas Poittevin, président de l’Association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf), à Egora. Celle-ci démarrera le 16 août pour les signataires d’un CESP et le 23 août pour les « non CESP ».
Hier soir, sur les candidats non CESP, « 7353 s’étaient connectés pour le cinquième tour » sur les 7433 lauréats devant faire leur choix. « Ils ont fait un nombre de vœux moyens de 63 vœux par étudiant », indique le CNG qui rappelle que, pour le tour à blanc, les étudiants devront saisir « au moins 40 vœux ». « Sur ces 7353 étudiants qui ont fait des vœux, 7320 ont eu une affectation potentielle, soit la quasi-totalité », se réjouit le CNG, qui précise que « les autres ont fait des vœux qui n’étaient pas accessibles compte tenu de leur rang de classement ». Mais cela reste « très minoritaire », ajoute-t-il. 33 étudiants sont concernés. « La totalité » des étudiants signataires d’un CESP ont eu une affectation potentielle à l’issue du dernier tour, qui s’est clos hier soir.
Le CNG se montre globalement « satisfait » de la première phase de la procédure d’appariement organisée dans le cadre de la première année de mise en œuvre de la réforme. Il indique n’avoir eu à gérer que des « cas isolés » d’étudiants n’arrivant pas à se connecter à la plateforme, résolus rapidement : « rien de significatif ». Il assure toutefois rester vigilant : « On n’est jamais à l’abri de connexions massives qui se feraient au même moment, et provoqueraient des ralentissements. Or tout ralentissement est angoissant pour les étudiants, donc on surveille énormément », insiste le Centre national de gestion, qui est en lien avec l’Anemf. « Il y a une attention très importante portée aux étudiants. Tout le monde est conscient que c’est la première année de la réforme et qu’il ne faut pas que ça les défavorise. »
« J’aurais dû avoir mon plan B sans trop de difficultés… »
Pourtant, quelques étudiants concernés par la procédure ont récemment pointé une forme d' »injustice ». A commencer par la diminution du nombre de postes ouverts, qui les désavantage selon eux. « Je suis classée 3027 pour l’ORL, qui est ma spécialité de rêve. Le dernier pris l’année dernière était classé environ 3500. Sachant qu’on est une plus petite promotion, je n’étais déjà pas sûre de l’avoir. La fermeture des postes [d’internat] a eu beaucoup plus d’effets que ce à quoi je m’attendais : sur nos simulations le dernier pris en ORL, quelle que soit la subdivision, est classé 2300 », confie Hélène, contactée par Egora. L’étudiante en 6eannée de médecine est désabusée : elle craint de ne pas pouvoir exercer la spécialité dont elle rêve.
« Mon plan B était la chirurgie digestive à Paris ou Bordeaux que j’aurais normalement dû avoir sans trop de difficultés avec mon classement. Je n’ai aucun des deux. A cause de la fermeture des postes, de nombreux étudiants se rabattent sur leur second choix et l’effet se multiplie. Lors des premières simulations, le dernier pris en chirurgie digestive à Paris est classé 1888… L’année dernière, le dernier pris pour ce poste était classé 3692 », ajoute-t-elle. Un peu démunie, la jeune femme a lancé une pétition pour réclamer l’ouverture de nouveaux postes d’internat. « Trop d’étudiants devront choisir une spécialité par dépit dans laquelle ils seront moins investis et la qualité de leurs soins en pâtira », écrit-elle dans ce texte, qui a recueilli près de 5500 signatures.
Lire aussi : « Laissez-nous choisir notre avenir ! » : futurs internes, ils réclament l’ouverture de nouveaux postes
Le Comité interfacultaire représentant les externes en médecine (Cirem), « association constituée en mars 2024 pour défendre les intérêts des étudiants directement impactés par la réforme du deuxième cycle des études de médecine (R2C) », et qui dit représenter « plusieurs centaines d’étudiants en 6e année », partage ce constat amer. Dans une lettre ouverte au ministre démissionnaire de la Santé, Frédéric Valletoux, il réclame la « redistribution urgente des postes disponibles », « avant l’étape d’appariement définitif ». Il juge en effet que la « diminution du nombre de spécialistes formés dans des domaines aussi cruciaux que la cardiologie, la neurologie, ou encore la psychiatrie, pourrait sérieusement compromettre l’efficacité de notre système de soins ».
Interrogé par Egora à ce sujet, le CNG explique que la diminution du nombre de postes s’explique par la baisse du nombre d’étudiants. « Il y a toujours un ajustement postes/candidats », indique-t-on. « Cela évite qu’il y ait des postes non pourvus à la fin ». L’administration, qui s’occupe essentiellement du bon déroulement de la procédure, rappelle que c’est le ministère qui procède aux arbitrages, et que « la répartition des spécialités se fait notamment en fonction des besoins de santé publique, des remontées qui sont faites des ARS. Ce n’est pas parce que sur une année vous avez X postes dans une spécialité qu’il y a l’obligation d’avoir le même volume l’année suivante. »
S’agissant de l’évolution des rangs limites, qui en a déconcerté plus d’un, le CNG indique que cela devra « faire l’objet d’analyses statistiques poussées ». Mais pour l’heure, « c’est sans doute un peu prématuré, avance-t-on. Nous ne sommes que dans une phase de simulation. » Le Centre national de gestion appelle, en outre, à « la vigilance ». « Il faut être très prudent sur les comparaisons avec le système antérieur. Désormais, des groupes de spécialités sont constitués [les étudiants ayant validé leurs EDN et Ecos ne disposent plus d’un classement unique, mais d’un classement en fonction de 13 groupes de spécialités, NDLR], ce n’est plus pareil », ajoute-t-on.