400 millions de personnes touchées par le Covid long dans le monde

Quentin Haroche| 12 Août 2024

New York – Selon une étude américaine, environ 6 % des adultes et 1 % des enfants dans le monde sont ou ont été touchés par le Covid long.

Pour la plupart des habitants de la planète, la pandémie de Covid-19, qui a tant perturbé leur vie entre 2020 et 2022, n’est désormais plus qu’un lointain et mauvais souvenir. Mais pour des millions de personnes, la Covid-19 fait encore partie de leur vie et continue de les marquer au plus profond de leur chair. Selon une nouvelle étude menée par des chercheurs américains et publiée dans la revue Nature ce vendredi, ce sont en effet plus de 400 millions de personnes qui ont souffert ou qui souffrent encore de Covid long.

Le Covid long, aussi appelé syndrome de Covid chronique ou syndrome post Covid-19, désigne la persistance de symptômes et de séquelles d’une infection au SARS-Cov-2, même au-delà de la période habituelle de convalescence d’environ trois semaines.

Pour parvenir à cette estimation de plus de 400 millions de personnes touchées par cette maladie encore mal définie, les auteurs de cet article, sorte de bilan des connaissances sur la maladie, se sont appuyés sur plusieurs études qui estiment qu’environ 6 % des adultes et 1 % des enfants dans le monde ont conservé des symptômes de la Covid-19 sur le long terme. 

Les chercheurs ajoutent qu’entre 7 et 10 % de ces patients seulement sont totalement guéris deux ans après la pandémie et que, bien que le recul sur la Covid-19 ne soit que de quatre ans, il est probable que certains patients conservent des symptômes à vie.

Un coût de 1 000 milliards de dollars annuel

« Il est important de noter que cette estimation ne concerne que les cas de Covid longs liés à des cas symptomatiques de Covid et sont sans doute sous-estimés » écrivent les auteurs de l’étude. « De plus, ces estimations ne prennent pas en compte le fardeau supplémentaire lié aux cas de Covid longs dû à des réinfections et la possibilité de risques latents ». A l’inverse, les chercheurs rappellent que l’apparition fin 2021 du variant Omicron, qui provoque moins de symptômes persistants que les précédents variants, ainsi que la vaccination, devraient a priori faire diminuer les cas de Covid longs dans les prochaines années.

L’étude publiée dans Nature insiste également sur le poids économique et social de la maladie. Le Covid long couterait chaque année à l’économie mondiale 1 000 milliards de dollars, soit 1 % de la production mondiale de richesses, estiment les auteurs. Entre deux et quatre millions de personnes dans le monde ne seraient plus capable de travailler à cause des symptômes persistants de Covid long et les patients auraient un risque accru de 10 % d’être au chômage.

Les chercheurs américains soulignent que le Covid long est une maladie qui a la particularité d’avoir été « découverte » par les patients eux-mêmes. Ce sont eux les premiers qui, dans les premiers mois de la pandémie en 2020, ont alerté les autorités sur la persistance des symptômes de Covid-19 et même eux qui ont pris l’initiative de mener les premières études épidémiologiques sur le sujet.

En face, le système de santé n’a pas toujours été à la hauteur rappellent les scientifiques, qui soulignent le manque de connaissance de nombreux professionnels de santé sur le sujet, qui ont souvent vu en ces symptômes persistants de la Covid-19 des signes purement psychosomatiques.

Une maladie aux symptômes peu discriminants

Pour la défense des médecins, le Covid long reste, quatre ans après son apparition, encore mal défini. Fatigue chronique, myalgie, dyspnée, céphalée, anosmie… : les symptômes du Covid long sont nombreux et peu discriminants. La confusion est ainsi facile avec l’encéphalomyélite myalgique ou syndrome de fatigue chronique (EM/SFC).

Les mécanismes biologiques derrière le Covid long restent également en partie mystérieux et plusieurs pistes sont évoquées dans l’article : la persistance de fragments du virus dans le corps, une dérégulation du système immunitaire, un déséquilibre du microbiome etc. « Le Covid long est une maladie avec différents sous genre, chacun avec ses propres facteurs de risques, mécanismes biologiques, évolutions et réponses aux traitements » écrivent les scientifiques. 

Les traitements sont, justement, quasiment inexistants pour le moment. « Nous ne sommes pas loin d’une absence totale d’éléments issus d’essais randomisés pour nous guider dans les traitements » constatent amèrement les chercheurs américains.Dans leurs conclusions, ils appellent non seulement à poursuivre les recherches sur les mécanismes biologiques de la maladie et sur des traitements, mais également à soutenir davantage les malades, notamment en leur facilitant l’accès aux soins et à des politiques d’aide aux personnes handicapées.

En France, les intérêts des patients atteints de Covid long sont notamment défendus par l’association « Après J20 », qui critique régulièrement l’inaction des pouvoirs publics sur cette question. 

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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