Exploitation minière des fonds marins : une victoire en demi-teinte pour les opposants

La réunion de l’assemblée de l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM) s’est achevée avec un bilan mitigé : sans code minier, avec 32 États favorables à un moratoire de précaution et l’élection d’une nouvelle secrétaire générale.

Risques  |  05.08.2024  |  M. Scharff https://www.actu-environnement.com/ae/news/exploitation-miniere-fonds-marins-fin-congres-AIFM-44569.php4#ntrack=cXVvdGlkaWVubmV8MzU4Nw%3D%3D%5BNDExMDgz%5D

Exploitation minière des fonds marins : une victoire en demi-teinte pour les opposants

© DSCCL’exploitation des nodules polymétalliques reste en suspens. 

Après trois semaines d’intenses négociations à Kingston (Jamaïque), le congrès de l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM) s’est clôt ce vendredi 2 août 2024 sur un bilan mitigé. Alors que la société minière The Metals Company menace de soumettre prochainement une demande d’exploitation minière commerciale des nodules polymétalliques du fond de l’océan Pacifique, les discussions interétatiques n’ont toujours pas abouti à un code minier pour encadrer ces potentielles activités d’extraction. Si le pas vers un moratoire, poussé par les ONG, n’a pas été franchi, celles-ci saluent cependant un « élan en faveur de la défense des grands fonds » : trente-deux États réclament aujourd’hui une pause de précaution.

Une forte dynamique pour protéger les océans

Malte, le Honduras, le Guatemala, l’Autriche et Tuvalu, qui avait auparavant parrainé l’exploration minière en eaux profondes, ont rejoint la vague de pays appelant à cette trêve. Ils citent le manque de connaissances scientifiques et de compréhension des eaux profondes, l’absence d’un régime réglementaire efficace et le risque élevé pour l’environnement marin. « Les fonds marins ont besoin d’être protégés des machines d’extraction et la bonne nouvelle est que de plus en plus de pays conviennent qu’un moratoire doit être mis en place. La dynamique pour protéger les océans de l’exploitation minière en eaux profondes n’a jamais été aussi forte », a déclaré François Chartier, chargé de campagne Océans à Greenpeace France, qui a participé à l’ensemble des négociations.“ Est-il ou non sûr de permettre à cette industrie de se développer dans les circonstances actuelles ? ”Emma Wilson, responsable des politiques de la DSCC

De plus, l’Assemblée de l’AIFM a tenu son premier débat officiel sur la nécessité d’adopter une politique globale pour la protection de l’environnement marin, qui pourrait fixer les conditions nécessaires à remplir avant d’envisager l’exploitation minière commerciale des grands fonds. Un tel débat avait été bloqué en 2023 par un groupe de pays favorables à l’exploitation minière. Cette fois, la discussion a bien eu lieu mais sans qu’aucune décision n’ait été prise, car plusieurs États, dont la Chine, l’Italie, l’Arabie Saoudite, le Koweït, l’Ouganda et le Ghana, refusent toujours de s’engager dans le développement d’une telle politique générale de protection, malgré le soutien de nombreux autres pays, dont le Chili, Palau, Vanuatu, Samoa, la Suisse, le Brésil et la Grèce.

Une nouvelle secrétaire générale pour une nouvelle ère ?

Lors de sa dernière journée de congrès, l’assemblée de l’AIFM a élu l’océanographe brésilienne Leticia Carvalho au poste de secrétaire générale. Elle bat ainsi le controversé titulaire Michael Lodge, qui briguait un troisième mandat de quatre ans, jugé par les ONG trop « pro-extraction ». Leticia Carvalho a pour sa part appelé à une approche plus délibérative, arguant qu’il reste probablement plusieurs années de travail pour achever la rédaction des règles. Elle estime qu’aucune demande d’exploitation minière ne devrait être approuvée tant que ce processus n’est pas achevé, selon le New York Times« C’est un nouveau chapitre », s’est félicitée la Coalition pour la conservation des profondeurs océaniques (DSCC) qui fédère une centaine d’ONG, dont Greenpeace et le Fonds mondial pour la nature (WWF). Celle-ci appelle en outre à une « réforme » de l’Autorité, « pour le bien de l’humanité ».

« Alors que des scientifiques indépendants soulignent les risques de l’exploitation minière en eaux profondes, ainsi que l’absence d’une solide compréhension scientifique de ces écosystèmes, il est temps que les États s’éloignent des détails techniques du code minier et se posent plutôt une question fondamentale : est-il ou non sûr de permettre à cette industrie de se développer dans les circonstances actuelles ? », a souligné Emma Wilson, responsable des politiques de la DSCC. La publication d’une étudequi conclut que les nodules polymétalliques produisent de l’oxygène a par ailleurs fait grand bruit lors du congrès. Et la suite ? Loin d’être adopté, le code minier est toutefois toujours envisagé pour 2025. Un délai « irréaliste et artificiel » pour la DSCC.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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