La cérémonie d’ouverture des JO, Pride survoltée contre l’extrême droite
Aya Nakamura a chanté avec la garde républicaine, Marie-José Pérec et Teddy Riner ont allumé la vasque olympique, Zinédine Zidane a piqué la flamme à Jamel Debbouze, Rim’K a chanté les cités et Barbara Butch a fait danser des corps trans : la fête olympique a mis à l’honneur les minorités composant la société française.
SiSi c’était du foot, on parlerait de troisième mi-temps. Mais ce fut la cérémonie d’ouverture des JO de Paris 2024, et elle s’est transformée en bras d’honneur insolent à l’extrême droite et à sa vision réactionnaire de la France. Comme un troisième tour électoral, un mois après le deuxième tour des législatives.
Le metteur en scène Thomas Jolly avait promis un spectacle total célébrant Paris et la Seine. Vendredi 26 juillet, la traditionnelle fête inaugurale de l’évènement sportif le plus regardé au monde a mis à l’honneur un pays métissé, rebelle aux normes de genre, où les corps sont fiers de leur handicap et où les stars sont des enfants de l’immigration ou des personnalités des outre-mers : Jamel Debbouze et Zinédine Zidane pour ouvrir le bal, Marie-José Pérec et Teddy Riner, nés en Guadeloupe, pour allumer la vasque olympique.
Le danseur américain Shaheem Sanchez, malentendant, a interprété en langue des signes – du « chansigne » – le tube disco planétaire Supernature de Marc Cerrone. Le rappeur Rim’K, figure de la scène hip-hop, cofondateur du collectif Mafia K’1 Fry et auteur du tube Tonton du bled, a fait surgir les cités du 94 (Val-de-Marne) dans le paysage parisien avec sa punchline : « Mon bâtiment fait partie des sept merveilles du monde. » Et Axelle Saint-Cirel, chanteuse lyrique noire, dont les parents sont nés en Guadeloupe, sur le toit du Grand Palais pour chanter La Marseillaise.
Des drag-queens (Nicky Doll, Paloma, Piche) et la mannequin trans Raya Martigny ont défilé en tenues extravagantes sous les beats lancinants de la DJ Barbara Butch, star lesbienne de la scène électro et militante contre la grossophobie. Le visage couronné d’une auréole argentée, elle a mixé sur une longue table de banquet, entourée de performers prenant la pause. Clin d’œil appuyé à La Cène, le célèbre tableau de Léonard de Vinci – version queer.
On danse, deux hommes s’embrassent, Philippe Katerine chante quasi nu – mais peint en bleu – et la fachosphère tombe en PLS : « L’ouverture des Jeux olympiques est un saccage pour la culture française » (Julien Odoul, porte-parole du RN) ; « Mais quelle image de la France renvoie-t-on au monde ? » (Edwige Diaz, députée RN) ; « On cherche désespérément la célébration des valeurs du sport et de la beauté de la France au milieu d’une propagande woke aussi grossière » (Marion Maréchal, ex-Reconquête).
L’histoire de France imprègne le récit du spectacle – l’historien Patrick Boucheron est l’un des coscénaristes. Mais elle est passée à la moulinette de ses réinterprétations par la pop culture. Les Minions de Pierre Coffin, maître d’œuvre des films d’animation « Moi, moche et méchant », volent la Joconde, le groupe de death metal Gojira ensanglante la Conciergerie avec les spectres des décapité·es de la Révolution française, le personnage du jeu vidéo Assassin’s Creed, création du studio français Ubisoft, fait office de fil rouge en portant la flamme sur les toits de Paris.
Certes, Lady gaga a chanté « Mon truc en plumes », la mythique chanson de Zizi Jeanmaire, meneuse de revue et figure des cabarets que les touristes aiment tant visiter. Oui, les sites iconiques de Paris sont apparus dans le décor (la tour Eiffel, le Pont-Neuf, le Louvre, le métro) et les caméras ont filmé des danseurs acrobates évoluant dans les échafaudages de Notre-Dame-de-Paris.
Comme promis aussi, Céline Dion, peut-être la chanteuse la plus connue au monde, a interprété L’Hymne à l’amour d’Édith Piaf, sans doute le morceau le plus célèbre de la chanson française. Mais les quatre heures de cérémonie, entre le pont d’Austerlitz et le Trocadéro, furent surtout un crescendo en hommage aux minorités qui composent la société française.
Deux mondes se regardent avec respect
L’apothéose de cet éloge multiculturel fut l’incroyable rencontre d’Aya Nakamura et ses danseuses, tout d’or vêtues, avec la fanfare de la garde républicaine, raide sous son uniforme d’apparat. Immense pied de nez à l’extrême droite qui avait hurlé contre la présence en ouverture des JO de la chanteuse franco-malienne, elle est entrée en scène devant l’Académie française.
Elle chante For me formidable, le classique d’Aznavour, qu’elle fusionne avec ses propres tubes Pookie et Djadja. Et soudain les cuivres des militaires entonnent ses rythmes de rumba congolaise. Le maître de cérémonie esquisse des pas de danse et l’orchestre se met à entourer Nakamura et sa troupe, leur offrant la place d’honneur. À leur tour, les femmes leur rendent hommage et leur offrent un salut militaire.
Deux mondes se regardent et se montrent du respect. Celui des filles racisées des banlieues françaises qui chantent leurs peines de cœur, et celui du swing des cuivres plus habitués à jouer l’hymne national et les chants militaires. Que cette rencontre puisse créer tant d’harmonie musicale et une telle puissance symbolique donne une émotion palpable.
On en oublierait presque les Jeux olympiques. Les délégations des athlètes sont pourtant bien là. Elles remontent la Seine vers le Trocadéro et la tribune présidentielle, saluant le public depuis le pont des bateaux où les équipes de plusieurs pays se côtoient. Le tout dans une ambiance musicale tonitruante qui éclipse la dimension sportive de l’évènement et rappelle les shows de l’Eurovision.
C’est à la fois joyeux de voir le protocole olympique chahuté, car les équipes marchent d’habitude séparées les unes des autres derrière leur drapeau, et gênant, quand les délégations de pays en guerre (Ukraine, Palestine) ou subissant dictature et oppression (Syrie, Rwanda) apparaissent sur fond de dance music. Limites du dispositif festif qui efface la géopolitique et ravale les représentant·es des nations au rang de figurant·es de ce qui est avant tout un spectacle commercial. La délégation algérienne s’est distinguée par un acte clairement politique en jetant dans la Seine des roses rouges, au cri de « Tahia Djazair » (« Vive l’Algérie »), en hommage aux victimes du 17 octobre 1961.
À l’arrivée au Trocadéro, l’embarras monte d’un cran : mise en scène martiale avec remise de drapeau, serment, musique guerrière, discours interminables.
À l’arrivée au Trocadéro, l’embarras monte encore d’un cran : mise en scène martiale avec remise de drapeau, serment, musique guerrière, discours interminables des chefs des Jeux olympiques et paralympiques. On dirait que le CIO a repris en main la scénographie, et on change d’ambiance. « Plus vite, plus haut, plus fort » : l’imaginaire olympique n’a pas beaucoup évolué depuis Coubertin, et ça se voit.
Le rituel des Jeux sent le vieux et le patriotisme de compétition. L’ordre règne, tout est symétrique et bien rangé. Seuls les sifflets et les huées infligées à Emmanuel Macron lorsqu’il prend la parole pour déclarer ouvertes les nouvelles olympiades remettent un peu de vie et de chahut dans cette séquence verrouillée de communication institutionnelle.
Il faudra revenir à la Seine et découvrir le glorieux équipage –Nadia Comaneci, Carl Lewis, Rafael Nadal, Serena Williams– qui ouvre le trépidant final du show pour retrouver de la joie et un souffle de poésie. À l’issue des quatre heures de cérémonie naît l’impression insistante d’avoir traversé des mondes parallèles. Celui des métissages et de la rébellion contre les normes, celui du patriotisme sportif, et celui de l’ordre olympique. L’évènement nous laisse sur une question essentielle : à la fin, dans la vraie vie, lequel va l’emporter ?
JO, jour 1. Une cérémonie fantasque et politique fait décoller Paris 2024
Durant cette quinzaine olympique, Mediapart propose un tour quotidien des actualités de la compétition sportive et de ses à-côtés. Au sommaire du 27 juillet : une cérémonie d’ouverture qui détonne, une diplomatie française toujours plus à droite et une cycliste bretonne aussi robuste qu’un menhir.
Mathias Thépot, Justine Brabant et Lénaïg Bredoux
27 juillet 2024 à 08h13
L’actu du jour – Malgré la pluie, une cérémonie d’ouverture globalement réussie
Celles et ceux qui espéraient du grandiose ont été servi·es par la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024, vendredi 26 juillet. Et ce, malgré les pluies diluviennes qui se sont abattues toute la soirée sur la capitale, rendant la performance des artistes, danseuses et danseurs d’autant plus exceptionnelle. Certes, les organisateurs avaient mis les moyens : la note de la cérémonie s’élève à au moins 122 millions d’euros, selon Le Canard Enchainé, soit trois fois plus que celle des Jeux olympiques de Londres en 2012.
Pêle-mêle, la chanteuse Lady Gaga est venue rendre hommage au music-hall français ; Aya Nakamura a fait danser la garde républicaine devant l’Académie française ; la mezzo-soprano Axelle Saint-Cirel a chanté La Marseillaise sur le toit du Grand Palais ; Philippe Katerine est apparu, nu et tout maquillé de bleu, en Dyonisos ; Juliette Armanet et Sofiane Pamar ont interprété sur une barge Imagine de John Lennon. Et, clou du spectacle, Céline Dion a repris L’Hymne à l’amour d’Édith Piaf, perchée sur la tour Eiffel, quatre ans après son dernier concert.
Le grand show concocté par le metteur en scène Thomas Jolly, qui entrecoupait le défilé des 205 délégations d’athlètes sur des bateaux allant d’est en ouest sur la Seine, fut aussi éminemment politique. Pour preuve, l’hommage rendu aux héroïnes de l’histoire de France comme Louise Michel, Simone Veil ou Gisèle Halimi, qui se sont vu ériger des statues à deux pas de l’Assemblée nationale, la culture queer mise à l’honneur durant une grande partie de la cérémonie, et cette séquence où une aristocrate décapitée a entonné le chant révolutionnaire « Ah ! ça ira » à la Conciergerie, lieu de détention de Marie-Antoinette, accompagnée par le death métal du groupe français Gojira.

Notons qu’Emmanuel Macron a aussi été sifflé par la foule quand il a officiellement ouvert les Jeux. Sur les coups de 23 h 30, ce sont les deux triples champion·ne·s olympiques Marie-José Pérec et Teddy Riner, qui ont eu l’honneur d’allumer la flamme olympique – portée par une montgolfière, elle s’est ensuite envolée au-dessus de Paris dans une image saisissante.
Seules ombres au tableau de la soirée : les discours lénifiants des présidents du Comité international olympique (CIO) et du Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques, Thomas Bach et Tony Estanguet, ainsi que l’incroyable coup de publicité permis à LVMH (voir ci-dessous).
Le machoscope – La bataille des athlètes qui refusent les stéréotypes de genre
Bienvenue en France, un pays qui aime tant contrôler le corps des femmes et des hommes qui aspirent à se jouer des normes de genre. On a encore pu le vérifier avant la cérémonie d’ouverture. Trois polémiques ont surgi : l’une concernant le coureur français de 110 m haies Sasha Zhoya, qui souhaitait porter une jupe lors de l’évènement, une autre au sujet de l’heptathlète Auriana Lazraq-Khlass qui préférait un costume pour hommes, et enfin une dernière concernant Sounkamba Sylla, sprinteuse du relais français en 4 x 400 mètres, à qui on refusait le port du foulard.
Dans ces trois cas, un compromis a fini par être trouvé. Tous·tes ont pu participer à la cérémonie. Mais le fait même que leurs demandes aient suscité un débat en dit long sur la pesanteur genrée du monde. Ainsi Sounkamba Sylla s’est résolue à porter une casquette après des négociations quadripartites – vous avez bien lu, elles se sont tenues entre l’athlète, la fédération d’athlétisme, le ministère des sports et Berluti, la maison de couture (groupe LVMH) qui a conçu les tenues françaises.
Auriana Lazraq-Khlass a quant à elle fini par obtenir l’autorisation de porter une veste à manches longues, et non à manches courtes… Une demande d’abord refusée, et finalement accordée à trois athlètes. En revanche, Sasha Zhoya a renoncé à porter une jupe – ou une jupe sur son pantalon. Il avait pourtant vaincu les réticences des organisateurs français. Mais, selon L’Équipe, l’essayage n’a pas été concluant… Dans un documentaire diffusé sur France 2 le 22 juillet, l’athlète disait : « En 2024, on peut tout mettre ! Il n’y a plus d’homme/femme dans la mode maintenant. » Mais aux JO, si.
La fête du fric – LVMH, invité surprise de la cérémonie
Si l’on avait encore quelques doutes sur le fait qu’en matière de business, le leader mondial du luxe LVMH avait fait main basse sur les JO de Paris 2024, la cérémonie d’ouverture est venue les dissiper. Un court passage de l’évènement diffusé en mondovision a en effet repris quasi à l’identique un des spots publicitaires du groupe censé valoriser l’artisanat, puis on a vu des danseurs porter sur leurs épaules une grosse malle Louis Vuitton, devenue carrément accessoire du spectacle. Un placement publicitaire en or massif.
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19 juillet 2024
De quoi asseoir encore la mainmise du numéro un mondial du luxe sur l’évènement, dont il espère tirer de juteux profits. En effet, les marques de LVMH habillent déjà les athlètes français, fournissent les cocktails VIP en champagne, confectionnent les médailles et n’hésitent parfois pas à déroger aux règles olympiques interdisant aux sponsors d’apposer leur logo lors des évènements publics. Louis Vuitton fournit par exemple des plateaux à ses couleurs très reconnaissables aux bénévoles qui remettent les médailles aux athlètes. Une « astuce » pour contourner les règles assumée par la direction du groupe.
Le groupe de Bernard Arnault a cependant subi un revers lors de la cérémonie d’ouverture : les smokings et vestes Berluti portés par les athlètes de la délégation française ont été totalement invisibilisés par les ponchos en plastique qu’ils ont enfilés pour se protéger de la pluie qui n’a cessé de tomber vendredi soir.
Côté géopolitique – La diplomatie très à droite d’Emmanuel Macron
Quatre-vingt-cinq chefs d’État et de gouvernement étaient présents à Paris ce vendredi. Emmanuel Macron a choisi d’en inviter une poignée pour des tête-à-tête à l’Élysée. La liste des heureux élus, uniquement des hommes, interroge.
Pour fêter les valeurs olympiques d’« amitié », de « solidarité » et de non-discrimination, le président français a reçu successivement Javier Milei, le président argentin antiféministe, partisan d’une libéralisation des ventes d’organes et qui « préfère la mafia à l’État » (reçu à 11 heures) ; Isaac Herzog, le président israélien, qui dédicace des bombes destinées à Gaza et qui veut se battre contre les Palestiniens « jusqu’à leur bris[er] la colonne vertébrale » (à midi) ; Paul Biya, le président camerounais de 91 ans, qui emprisonne ses opposants pour « insurrection » et qui briguera bientôt un huitième mandat (à 13 heures) ; et enfin Andry Rajoelina, le président malgache, menacé de destitution et qui espionne sa population au moyen d’un logiciel espion (à 14 heures).
Questionné par Mediapart sur cet étonnant programme, l’Élysée relativise. « Il y en aura d’autres : entre les JO, les Jeux paralympiques, les commémorations du Débarquement en Provence le 15 août, il y a aura énormément de chefs d’État en France dans les prochaines semaines, et donc encore beaucoup de rencontres bilatérales », jure la présidence.
Mathias Thépot, Justine Brabant et Lénaïg Bredoux
JO 2024 : « Paris a émerveillé le monde sous le déluge » : le regard de la presse étrangère sur une cérémonie d’ouverture « unique »
La performance offerte, vendredi soir à Paris, a, à de rares exceptions près, été largement saluée par les commentateurs, qui évoquent le pari réussi d’une cérémonie sur la Seine « extravagante », « queer » et « très française ».
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Et, soudain, après près de quatre heures de cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques (JO) de Paris 2024, le silence s’installe sur la chaîne américaine NBC, vendredi 26 juillet, interrompu par des sanglots étouffés. Céline Dion vient de finir Hymne à l’amour, d’Edith Piaf, perchée sur la tour Eiffel, et la chanteuse Kelly Clarkson, qui commente le spectacle pour le diffuseur historique des JO aux Etats-Unis, en a perdu sa voix, submergée par l’émotion.
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Pour les commentateurs de la télévision américaine, la cérémonie a été « extraordinaire », et c’est un sentiment globalement partagé dans les médias internationaux. Le Los Angeles Times, qui scrutait tout particulièrement l’événement, alors que la ville doit accueillir les Jeux de 2028, ne peut que constater que la France a placé la barre très haut. Au plus haut, même : « Paris 2024 a commencé et les Français – ceux qui produisent le fromage le plus délicieux du monde, la haute couture la plus raffinée et d’innombrables autres créations exquises – ont organisé ce qui a certainement été une cérémonie d’ouverture unique dans l’histoire des Jeux olympiques. »
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Les chroniqueuses du quotidien californien chargées de suivre la cérémonie en direct s’esbaudissent d’une performance« very French » (« très française ») : « Un défilé de mode au milieu d’une cérémonie d’ouverture ! Avec la tour Eiffel pas encore éclairée dans le fond. Un peu “campy”, superchic et très français », « je ne peux pas en être sûre, mais je pense que c’est le premier ménage à trois à apparaître dans une cérémonie d’ouverture. Très français. » Rare petit coup de griffe pour le climat peu clément : « Cet événement a un budget de 150 millions de dollars, ce qui fait beaucoup d’argent, mais apparemment pas assez pour éviter la condensation sur l’objectif des caméras. »
« Audace » et « génie »
Les superlatifs ne manquent pas. « Paris est magique, féerique, olympique. Ce vendredi soir, l’écrin exceptionnel de la Seine et de ses quais d’orfèvre a été le théâtre de la cérémonie d’ouverture des Jeux 2024. Une première inédite hors d’une enceinte sportive. Ou quand l’audace et le génie de nos voisins parviennent à emmener le plus grand événement du monde au stade d’après », juge la Tribune de Genève. « Une chose est sûre : ce spectacle restera dans l’histoire », résume la Frankfurter Allgemeine Zeitung.
Au Royaume-Uni, la BBC parle d’un « spectacle brillamment frénétique au style particulier ». En Espagne, le quotidien sportif madrilène Marca salue la « meilleure cérémonie de l’histoire », et El Pais affirme que « Paris a émerveillé le monde sous le déluge ». En Italie, le Corriere della sera insiste pour sa part sur le côté « révolutionnaire » de la cérémonie. Plus réservée, La Repubblica critique ce « défilé d’autocélébration » qui a laissé les athlètes dans l’ombre. La Stampa, elle va jusqu’à évoquer « un flop, un trou dans l’eau », à l’exception d’un « final émouvant ».
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Mais en Pologne, même le journal conservateur Rzeczpospolita, a reconnu que « les Français ont rendu possible l’impossible » avec un « spectacle à couper le souffle ». Pour le Washington Post, Paris « a démontré qu’une pensée audacieuse pouvait redonner un certain éclat à un événement sportif mondial qui a vu sa popularité s’effondrer ces dernières années ».
L’audace est aussi saluée dans la presse japonaise : la cérémonie a été marquée par « des idées audacieuses auxquelles personne d’autre n’aurait pensé, qui ont parfois été critiquées, mais qui ont été brillamment exécutées », écrit l’agence Jiji. « Il n’y a qu’en France que l’on peut voir ça », apprécie de son côté le quotidien Nikkan Sports. « Comme dans la mode, la France a vraiment du style. » « Ce fut une rare soirée où cela n’a pas dérangé les Français de rire à leurs dépens, en jouant sur les stéréotypes », juge The Indian Express.
Et pourtant, « tout était une question de détermination face à l’adversité », résume The Guardian. La pluie a forcé « les organisateurs à revoir à la baisse certaines parties » du spectacle, explique le Financial Times, qui évoque aussi « l’ombre jetée » par les sabotages des lignes ferroviaires plus tôt dans la journée, quand le New York Times, lui, rappelle à ses lecteurs « la crise politique en cours » en France.
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Mais « si la pluie a joué les trouble-fêtes, au point que certains spectateurs quittent leur place rapidement, elle n’est pas parvenue à gâcher un moment que les organisateurs annonçaient grandiose », assure Le Temps, à Genève. Et le Los Angeles Times doit bien le reconnaître : « Il semblait que rien, pas même une violente pluie estivale, ne pouvait empêcher les Jeux olympiques de Paris 2024 d’organiser l’une des cérémonies d’ouverture les plus spectaculaires de tous les temps. »
Elle fut spectaculaire et remplie de « moments mémorables et kitsch », pour le Financial Times : « Une silhouette encapuchonnée sautant sur les toits de zinc de Paris, des drag-queens dansant sur de l’électro, des membres de la famille royale décapités lors de la Révolution française sur fond de heavy metal, et un cheval argenté avec un cavalier en armure glissant sur la Seine. » « Un festival du Paris queer, qui a l’air fabuleux sous la pluie », résume le New York Times :« [Lady] Gaga et Céline [Dion], danseurs d’eurodisco, drag-queens installées comme les apôtres de la Cène, les quais de Seine recouverts de rose et un ménage à trois se promenant dans la Bibliothèque nationale ».
« Un message d’universalisme et de tolérance »
Le Financial Times retient que « les responsables politiques d’extrême droite avaient dénoncé la cérémonie avant même qu’elle ne commence. [Mais] elle a exprimé clairement en quel genre de France [le pays] croit. » Pour El Pais, la cérémonie a ainsi envoyé « au monde un message d’universalisme, de tolérance et aussi de modestie », alors que la France est « épuisée par des années d’attentats et de divisions, et qu’elle vient de vivre une élection que l’extrême droite aurait pu gagner ».
Dans plusieurs pays, cette dernière s’est d’ailleurs insurgée face à un spectacle jugé « disgusting ». En Allemagne, Beatrix von Storch, vice-présidente du groupe AfD du Bundestag, et petite-fille du ministre des finances d’Hitler, a ainsi réagi sur X : « Quelle cérémonie d’ouverture ? A juste titre, la tendance sur X est : #disgusting. D’abord une bande de transsexuels, ensuite le christianisme tourné en ridicule. Qui sont ces gens qui mettent en scène des choses comme ça ? »En Pologne la controverse est venue de TVP Sport, la chaîne de télévision publique polonaise dédiée aux sports, pour qui la chanson Imagine de John Lennon présentait une « vision du communisme », sans « ciel, nation ni religion ». Des propos, aussitôt acclamés sur le réseau social X par les nationaux conservateurs du PiS.
La presse russe, elle, a boudé la cérémonie, alors que les autorités et les médias publics accusent le CIO d’avoir « basculé dans le racisme et le néonazisme » du fait des conditions imposées aux athlètes russes en raison de « l’opération militaire spéciale » en Ukraine. Le suivi a été réduit au service minimum. « Le président français Emmanuel Macron a annoncé l’ouverture des Jeux olympiques », titre Kommersant, le journal des élites plutôt libérales. Quant à Komsomolskaya Pravda, l’un des titres phares de la presse populaire pro-Kremlin, il feint de se choquer de la séquence de Marie-Antoinette décapitée, mais critique surtout la débauche de danses et « la diversité des sexes ». Depuis des mois, le Kremlin et ses relais dénoncent le « satanisme » en Europe.
Parmi les polémiques qui ont précédé la cérémonie, celle sur la présence de la chanteuse Aya Nakamura, dont la Tribune de Genève salue la performance : « Plus forte que le venin, elle a rayonné quelques instants. Ses tubes, noués aux classiques de Charles Aznavour, ont glissé comme les eaux de la Seine, avec l’appui final de la garde républicaine devant l’Académie française. Quatuor d’une France aux multiples facettes, bien plus que tricolore. Un pays fracturé par des mois de friction politique qui s’est réconcilié durant quatre heures. »
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En Corée du Sud, c’est une autre polémique qui enfle depuis vendredi soir : les annonceurs ont présenté la délégation comme celle de la « République populaire et démocratique de Corée », la RPDC, le nom officiel du Nord. Le couac a fait réagir le journal sud-coréen Ilgan Sports qui a parlé d’« une cérémonie d’ouverture à la con qui confond la Corée du Sud et la Corée du Nord ». Le Comité olympique coréen, s’est réuni dans l’urgence, et le ministère des sports a demandé une rencontre avec le président du CIO.
Sur le terrain, si les difficultés d’accès sont soulignées par les Brésiliens d’O Globo – « le public avait du mal à comprendre jusqu’où il pouvait aller », le Washington Post estime qu’avec cette cérémonie au cœur de Paris, « la ville est les Jeux olympiques et les Jeux olympiques sont la ville. Il n’y a plus de séparation entre les deux, malgré toutes les barrières : les portes, les clôtures, les bornes, les fermetures, les cortèges, le fleuve lui-même – une métropole barricadée, mais qui respire néanmoins en agitant le drapeau tricolore du sport, du profit et du patriotisme ». Avant de conclure : « Liberté, égalité, humidité. »
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Cérémonie d’ouverture des JO de Paris 2024 : l’épiscopat français déplore «des scènes de dérision et de moquerie du christianisme»
Par Eugénie Boilait et Jean-Marie Guénois
Publié il y a 17 minutes, mis à jour à l’instant
INFO LE FIGARO – Dans un communiqué les évêques de France déplorent «l’outrance et la provocation de certaines scènes», tout en rendant hommage à des «moments de beauté, d’allégresse, riches en émotions et universellement salués».
Une parodie de la Cène avec des drag-queens en lieu et place des apôtres et une DJ en guise de Jésus Christ. Capture d’écran / France TV
Des choix artistiques qui ont ébranlé l’Église de France. Au lendemain de la cérémonie d’ouverture historique des Jeux olympiques de Paris 2024, les réactions se sont multipliées, allant de l’enthousiasme à l’indignation. Dans un communiqué, l’épiscopat français a pour sa part déploré une cérémonie qui «a malheureusement inclus des scènes de dérision et de moquerie du christianisme».
De nombreux tableaux proposés lors du spectacle ont en effet suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux. Et notamment une parodie de la Cène – dernier repas de Jésus Christ avant sa mort – avec des drag-queen en lieu et place des apôtres et une DJ en guise de… Jésus Christ. De nombreuses personnalités politiques de droite et d’internautes se sont alors indignées en dénonçant une «provocation», témoignant d’une mise en scène «christianophobe», «irrespectueuse» ou encore«blasphématoire».

«Nous remercions les membres des autres confessions religieuses qui nous ont exprimé leur solidarité. Ce matin, nous pensons à tous les chrétiens de tous les continents qui ont été blessés par l’outrance et la provocation de certaines scènes», a poursuivi l’épiscopat français dans son communiqué. En précisant : «Nous souhaitons qu’ils comprennent que la fête olympique se déploie très au-delà des partis pris idéologiques de quelques artistes».
Les évêques de France ont toutefois tenu à préciser que la «cérémonie d’ouverture proposée par le COJOP» avait offert hier soir au monde entier «de merveilleux moments de beauté, d’allégresse, riches en émotions et universellement salués». Et ce, alors que l’Église s’est investie dans la compétition sportive internationale en organisant des «Holy Games», «pour faire partager la ferveur sportive et populaire autour des Jeux de Paris, ce magnifique événement organisé par notre pays».
Propagande «woke» et «grossière», «l’extrême droite en PLS» : la classe politique divisée après la cérémonie d’ouverture des JO 2024
Par Eugénie Boilait
Publié il y a 1 minute, mis à jour à l’instant https://www.lefigaro.fr/politique/propagande-woke-et-grossiere-l-extreme-droite-en-pls-la-classe-politique-divisee-apres-la-ceremonie-d-ouverture-des-jo-2024-20240727

Un chef-d’œuvre français», «une fierté», «une claque aux obscurantistes» pour les uns, mais une «honte» et un spectacle «woke» pour les autres. AFP / Capture d’écran France TV / ESA ALEXANDER
Quelques heures après le spectacle sur la Seine, des personnalités politiques de tous bords ont commenté la cérémonie, entre enthousiasme, retenue et indignation.
Des polémiques dont la France a le secret. Quelques heures seulement après la spectaculaire cérémonie d’ouverture des JO 2024, les réactions politiques ont commencé à pleuvoir. «Un chef-d’œuvre français», «une fierté», «une claque aux obscurantistes» pour les uns, mais une «honte»et un spectacle «woke» pour les autres. Alors que les yeux du monde entier étaient rivés vers cette cérémonie historique – premier spectacle dans l’histoire des JO qui se déroulait en dehors d’un stade – les débats politiques ont à nouveau secoué la classe politique censée traverser une «trêve».
Les mots élogieux n’ont d’abord pas manqué dans les rangs du camp présidentiel. «La plus belle cérémonie de l’histoire pour la plus belle compétition sportive du monde dans le plus beau pays du monde !», s’est réjoui le ministre de l’Économie Bruno Le Maire en redoublant de superlatifs. Dans la foulée, d’autres figures macronistes ont abondé : «Le meilleur de la France, le meilleur de nous-mêmes», s’est enthousiasmé Aurore Bergé, chargée de l’Égalité entre les hommes et les femmes. En détaillant : «Notre histoire, nos combats, notre énergie, notre créativité, notre diversité, nos mots, nos artistes, nos athlètes, notre ouverture au monde».
«En même temps»
Dans le détail – et parmi ce spectacle de plus de trois heures – certaines scènes ont particulièrement retenu l’attention des personnalités politiques. «Name a better duo, I’ll wait», a par exemple publié sur X le premier ministre Gabriel Attal, en commentant les vidéos de la chanteuse Aya Nakamura accompagnée par la garde républicaine. «Masterclass. Quelle cérémonie», a abondé Bruno Le Maire en commentant les mêmes images. «En même temps», s’est contenté d’écrire le président de la République en faisant référence à sa célèbre formule censée représenter son positionnement politique. Ce bon mot – visionné par plus de 8 millions d’internautes – n’a pas manqué de faire réagir les internautes.

À droite du spectre politique, le bilan de ce spectacle est bien plus contrasté. «J’aurais pu revenir sur le négatif de cette cérémonie. Sur cette vision de notre Histoire qui met en spectacle la décapitation de Marie-Antoinette et qui cherche à ridiculiser les Chrétiens», a écrit en préambule la sénatrice Les Républicains des Bouches-du-Rhône, Valérie Boyer. En nuançant toutefois : «Mais gardons en mémoire l’arrivée de notre équipe qui fait déjà notre fierté.»
Plus sévère, l’ancienne proche d’Éric Zemmour et ex-membre de Reconquête! Marion Maréchal sur X a tancé : «Difficile d’apprécier les rares tableaux réussis entre les Marie-Antoinette décapitées, le trouple qui s’embrasse, des drag-queens, l’humiliation de la Garde républicaine obligée de danser sur du Aya Nakamura, la laideur générale des costumes et des chorégraphies. On cherche désespérément la célébration des valeurs du sport et de la beauté de la France au milieu d’une propagande woke aussi grossière». En réponse à cette critique, la députée insoumise Ersilia Soudais a commenté : «Ah, l’extrême-droite, toujours plus en phase avec le Moyen-âge qu’avec notre époque !»

Un message politique
À cette joute verbale, se sont ajoutés de véritables commentaires politiques. Notamment dans la bouche de la députée écologiste Sandrine Rousseau. «Meilleure réponse à la montée du fascisme et de l’extrême-droite cette cérémonie», a-t-elle d’abord publié sur X en visionnant le spectacle. Avant d’ajouter : «Que le monde soit woke. Il sera tellement plus beau». L’écologiste est finalement allée plus loin en faisant référence à la candidate désignée par le Nouveau Front populaire pour s’installer à Matignon : «Reste plus qu’à nommer Lucie Castets et on est bon», s’est-elle amusée. Le député insoumis Thomas Portes, récemment pris dans une polémique car il a affirmé que «la délégation israélienne n’était pas la bienvenue à Paris», a déclaré : «Une cérémonie des JO à rebours des obsessions racistes et réactionnaires de l’extrême-droite et de ses relais médiatiques». Avant de préciser : «Une cérémonie où la délégation Palestinienne a été applaudie».

L’insoumis Manuel Bompard y a vu pour sa part un message pour le monde – «Quelle fierté quand la France parle au monde», a-t-il publié sur X -, quand le premier secrétaire du PS a vanté des «valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité auxquelles furent ajoutées sororité, parité et inclusivité». Même son de cloche du côté de la chef de file EELV Marine Tondelier qui a directement visé ses adversaires politiques : «Écoutez je suis en train de lire tous les tweets de l’extrême droite en PLS sur cette cérémonie d’ouverture. Je vous le confirme : elle est très réussie», a-t-elle ironisé. Avant d’ajouter quelques instants plus tard : «Bon les fachos ! On a subi vos commentaires réacs toute la soirée sur la France, ce qu’elle devrait être, tout ça. La + belle réponse, c’est cette délégation française diverse : ils vont nous rendre tellement fiers… Vous êtes pas prêts !». En réponse, le député RN Jean-Philippe Tanguy a déploré : «Vous réjouir qu’une cérémonie fracture encore et toujours la France plutôt que de réunir au maximum dit tout ce que vous êtes»
Dans ce chaos, une scène semble toutefois avoir mis tout le monde d’accord : le concert surprise de la célèbre chanteuse Céline Dion qui a rendu hommage à Edith Piaf, dans son Hymne à l’amour , depuis le premier étage de la dame de fer. L’image, qui a fait frissonner le monde entier, a ému l’ensemble de classe politique. «Céline Dion», a sobrement publié la députée RN Laure Lavalette. «Ému. Les larmes aux yeux . Surmontant sa maladie, Céline Dion chante l’Hymne à l’amour de la pour la cérémonie d’ouverture de Paris 2024. La dernière fois qu’elle l’avait chantée, c’était après les attentats du 13 novembre 2015», a commenté l’eurodéputé RN Matthieu Valet.