Pendant que Lucie Castets précise comment effectuer les premiers pas d’un gouvernement du NFP, les minoritaires du PS reviennent à la charge contre LFI

La stratégie du Nouveau front populaire crée des remous au Parti socialiste

Après la proposition de Lucie Castets comme première ministre par le NFP, les courants minoritaires du PS s’inquiètent d’une soumission supposée de leur parti aux « insoumis » et à Jean-Luc Mélenchon. 

Par Publié aujourd’hui à 01h15, modifié à 08h20 https://www.lemonde.fr/politique/article/2024/07/26/la-strategie-du-nouveau-front-populaire-cree-des-remous-au-parti-socialiste_6258421_823448.html

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Les députés socialistes, lors de leur rentrée à l’Assemblée nationale, à Paris, le 9 juillet 2024.
Les députés socialistes, lors de leur rentrée à l’Assemblée nationale, à Paris, le 9 juillet 2024.  MICHEL EULER / AP

« La gauche n’est pas à la hauteur », « le Parti socialiste [PS] est passé, en quelques semaines, d’une ligne Glucksmann à une ligne Mélenchon. En adoptant cette posture, il a privilégié les coups de billards à cinq bandes plutôt que de chercher réellement une solution pour sortir le pays de l’ornière. » Qui a pu proférer de telles amabilités ? Un représentant inspiré de la droite ou bien du camp présidentiel ? Pas du tout. C’est Hélène Geoffroy, cheffe de file d’un des deux courants minoritaires du PS, lors d’un conseil national extraordinaire du parti, qui s’est déroulé en visioconférence, jeudi 25 juillet.

La gauche semble pourtant rassemblée sous la bannière du Nouveau Front populaire (NFP) et derrière un nom, Lucie Castets, mais il a suffi de trois jours après son irruption dans le paysage politique pour que le PS retrouve ses vieux réflexes. Un lourd conflit à ciel ouvert, de la virulence, des menaces de rupture, un éternel exercice de catharsis politique… Hélène Geoffroy, maire de Vaulx-en-Velin (métropole de Lyon), bien qu’opposante déclarée à Olivier Faure, le premier secrétaire, l’avait soutenu pendant les négociations du NFP.

Mais, depuis jeudi soir, Hélène Geoffroy exige une clarification de la ligne du PS : « Nous avons voulu mettre un nom avant de se poser la question de savoir ce que l’on veut faire. Gouverner ou juste obtenir la démission du président de la République ? C’est un gouvernement dont notre pays a besoin. Les Français veulent des réponses à leurs difficultés du quotidien… »

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Lucie Castets a affirmé le contraire lors de ses deux premières interviews. Après la matinale de France Inter, mercredi, elle a assuré, sur BFM-TV, jeudi matin, qu’« il n’y a pas d’opération kamikaze. L’enjeu, c’est d’aller à Matignon ». Les courants minoritaires – celui d’Hélène Geoffroy a été soutenu, jeudi soir, par celui de Nicolas Mayer-Rossignol, maire de Rouen, qui représentent à eux deux quasiment la moitié du PS –, demeurent persuadés que Mme Castets est un leurre, la volonté de gouverner du NFP, une illusion. Pour preuve, Emmanuel Macron refuse implicitement de désigner un premier ministre issu du NFP, avec un gouvernement composé d’élus « insoumis ».

« Mouvement d’humeur »

Hélène Geoffroy et ses partisans n’ont jamais voulu, non plus, s’allier avec Jean-Luc Mélenchon, uniquement mû, selon eux, par une ambition présidentielle, ni avec La France insoumise (LFI), « une galaxie mouvementiste sans solution réelle pour le pays », selon les termes de Mme Geoffroy.

« Si on continue avec eux, on ne gouvernera jamais, veut croire Patrick Mennucci, allié de Mme Geoffroy. On sait que LFI a une volonté hégémonique et veut créer une situation de conflictualité pour propulser Jean-Luc Mélenchon au second tour de la présidentielle [de 2027] où il imagine affronter Marine Le Pen. C’est la garantie quelle sera présidente de la République. » Lors du conseil national du PS, Olivier Faure a pourtant donné des gages à ses adversaires socialistes : « Nous ne sommes pas dingues, nous savons parfaitement que nous ne pouvons appliquer tout le programme du NFP. » Lucie Castets n’était pas présente, jeudi soir, car elle n’est pas membre du PS.

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Hélène Geoffroy avait allumé un premier incendie, dans une interview opportunément publiée sur le site du Parisien à 18 heures, horaire d’ouverture de ce conseil : « La stratégie actuelle du NFP n’incarne pas la gauche de gouvernement.(…) Lucie Castets est obligée de porter les positions divergentes des différentes formations du NFP, l’empêchant de montrer un chemin avec clarté. »

Laurent Baumel, député (PS) d’Indre-et-Loire et proche d’Olivier Faure, est incrédule, surpris « du mouvement d’humeur des courants minoritaires. C’est un peu brutal et un peu artificiel. Nous sommes dans un moment unitaire et, tout à coup, on nous reproche d’être inféodés à Jean-Luc Mélenchon, ce qui ne correspond pas à la réalité du moment, puisqu’on a toujours dit qu’il ne serait pas premier ministre. Ils ont validé l’accord électoral constitutif du NFP alors qu’ils n’avaient pas voté la Nupes [Nouvelle Union populaire écologique et social, ancien nom de la coalition de gauche]… » Olivier Faure et ses troupes reprochent aux minoritaires de vouloir conclure un accord gouvernemental avec Emmanuel Macron.

Lucie Castets soupçonnée d’être à la solde de M. Mélenchon

Même si, pour Hélène Geoffroy, « le problème, ce n’est pas la personnalité de la candidate retenue par le NFP », elle scrute le profil de Lucie Castets qui se dévoile tous les jours un peu plus, depuis que la candidate désignée par le NFP pour Matignon est sortie de l’anonymat, mardi 23 juillet. La haut fonctionnaire, encartée nulle part, directrice des affaires financières de la Ville de Paris, est proche d’Anne Hidalgo, maire (PS) de Paris, ennemie politique de Jean-Luc Mélenchon.

Mais certains minoritaires la soupçonnent d’être, en réalité, à la solde du leader « insoumis ». Lucie Castets est, ainsi, membre de l’observatoire sur l’extrême droite cofondé par Thomas Portes, député (LFI) de Seine-Saint-Denis. Une proximité supposée avec un « insoumis » « extrême » qui hérisse les partisans d’Hélène Geoffroy.

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A ce titre, les premières sorties médiatiques de Lucie Castets n’ont pas convaincu les anti-Faure. Elle se dit prête à gouverner la France, mais peine, selon eux, à fournir un avis personnel précis sur la question nucléaire ou à condamner les propos de Thomas Portes qui a estimé que les athlètes israéliens n’étaient pas « les bienvenus » aux Jeux olympiques.

Hélène Geoffroy demande l’organisation d’une convention, à l’automne, pour trancher la stratégie socialiste, sans réclamer un changement à la tête du parti. Alors que Lucie Castets devrait effectuer son premier déplacement, samedi 27 juillet, dans un hôpital de Roubaix, dans le département du Nord.

Lucie Castets dévoile ses premières mesures si elle était nommée à Matignon

La « candidate » du Nouveau Front populaire à Matignon, qui fera son premier déplacement à Roubaix samedi, a promis de signer un décret reportant la mise en œuvre de la réforme portant à 64 ans l’âge légal de départ à la retraite si elle était nommée. 

Le Monde avec AFPPublié hier à 20h02, https://www.lemonde.fr/politique/article/2024/07/25/lucie-castets-devoile-ses-premieres-mesures-si-elle-etait-nommee-a-matignon_6258176_823448.html

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L’économiste française Lucie Castets chez elle, le 24 juillet.
L’économiste française Lucie Castets chez elle, le 24 juillet.  JOEL SAGET / AFP

La gauche a maintenu la pression jeudi 25 juillet sur le président de la République pour qu’il nomme à Matignon sa « candidate », Lucie Castets. Celle-ci a commencé à détailler ses premières mesures si elle était nommée et s’est redite « confiante » sur la stabilité d’un gouvernement issu du Nouveau Front populaire.

Interrogée sur BFM-TV/RMCcelle qui était encore inconnue du grand public il y a quarante-huit heures a promis que dès son arrivée à Matignon, elle signerait un décret reportant la mise en œuvre de la réforme portant à 64 ans l’âge légal de départ à la retraite. Il s’agit, a-t-elle expliqué, de rendre « caduque » la réforme la plus emblématique et la plus contestée du second quinquennat Macron. Dans un deuxième temps viendra un projet de loi de suppression pure et simple, présenté par son gouvernement.

Ce calendrier permettrait au Nouveau Front populaire (NFP) de sauter un obstacle : la proposition de loi d’abrogation que le Rassemblement national compte présenter le 31 octobre à l’Assemblée nationale. Mais, plus largement, la candidate à Matignon n’a pas fermé la porte à la possibilité de voter certains textes avec l’extrême droite, question ultrasensible à gauche. « La question devra être débattue », a-t-elle évacué, soucieuse de défendre « projet par projet » des « coalitions de vote ».

Haute fonctionnaire, très engagée dans la sauvegarde des services publics, Lucie Castets effectuera samedi à Roubaix son premier déplacement de candidate à Matignon. Elle y visitera le centre hospitalier. Si elle devenait première ministre, elle a aussi informé jeudi avoir l’intention d’augmenter les bas salaires, ainsi que le point d’indice des fonctionnaires et de « s’attaquer à la pauvreté qui est subie par les Français en revalorisant les minima sociaux ».

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« Un changement de méthode » prôné

Pour cette « approche générale » aussi, elle n’a pas exclu de passer par décret mais après « des concertations et des consultations, en particulier avec le monde syndical ». Une caution pour garantir « un changement de méthode » face à la « brutalité » des années Macron, a-t-elle ajouté. Pour autant, elle n’a pas écarté la possibilité d’utiliser l’article 49.3 de la Constitution pour imposer un projet de loi sans vote. Mais seulement « lorsque ce sera nécessaire pour faire advenir une loi qui est soutenue par la grande majorité des Français », a-t-elle assuré, alors que 193 députés la représentent, loin de la majorité absolue à 289.

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Sur d’autres sujets comme l’énergie nucléaire, elle a reconnu que les discussions devaient se poursuivre entre partenaires du NFP, où il n’existe pas de consensus sur la question. « Notre travail, c’est de préparer un programme jour après jour, mois après mois », a-t-elle reconnu.

Le président français a appelé les camps politiques à une « trêve olympique », assurant ne pas avoir l’intention avant la « mi-août » au plus tôt de nommer un nouveau gouvernement issu d’un « rassemblement le plus large » pour « agir et avoir la stabilité ». Mais les leaders de gauche contestent cette trêve imposée alors que le NFP est arrivé en première position aux législatives, élections qui n’ont dégagé de majorité suffisante pour aucun camp. La trêve olympique « n’est pas dans la Constitution », a raillé jeudi Marine Tondelier, chef de file des Ecologistes.

Une possible censure de la majorité et du RN

Il n’est pas certain qu’« un gouvernement du Nouveau Front populaire serait amené à tomber quelques jours plus tard, il faut d’abord, en quelque sorte, nous laisser notre chance », a déclaré le député de La France insoumise (LFI) Manuel Bompard sur TF1. Il s’agira de « trouver, sujet après sujet, un chemin pour gouverner », a espéré Lucie Castets, se disant « confiante » dans la stabilité de son futur gouvernement.

Reste que les députés macronistes ont déjà annoncé leur intention de censurer tout gouvernement comprenant des membres de La France insoumise, mis en cause notamment par leur refus de qualifier le Hamas d’organisation « terroriste ». Le Rassemblement national a aussi promis de voter la censure contre un gouvernement qui comprendrait des ministres LFI.

Sur le Hamas, Lucie Castets a répondu jeudi par l’affirmative à une question sur le caractère « terroriste » du mouvement palestinien. « Il y a une priorité, c’est que les massacres en cours à Gaza cessent et que les otages soient libérés », a-t-elle immédiatement ajouté. Puis elle a été interrogée sur la dernière polémique, celle concernant les athlètes israéliens qui, selon des élus LFI, ne seraient pas les « bienvenus » aux JO de Paris. « Ils sont là », a-t-elle seulement soupiré.

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Le Monde avec AFP

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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