Nodules poly métalliques et oxygène dans les fonds marins du Pacifique

Un « oxygène noir » découvert dans les abysses pendant les discussions sur l’avenir des fonds marins 

Des scientifiques ont découvert de l’oxygène probablement généré par des nodules polymétalliques. Ce résultat questionne la théorie sur les origines de la vie sur Terre, mais également l’exploitation de ces écosystèmes par l’industrie minière.

Biodiversité  |  25.07.2024  |  M. Scharff

Un « oxygène noir » découvert dans les abysses pendant les discussions sur l'avenir des fonds marins

© SpeedShutter (généré à l’aide de l’IA)Cette découverte pourrait remettre en question l’exploitation minière des grands fonds marins.

À 4 km de profondeur, là où l’obscurité totale du plancher océanique rend la photosynthèse impossible, de l’oxygène est créé. Pour expliquer ce phénomène, mis en avant pour la première fois dans une étude (1)publiée ce lundi 22 juillet 2024 dans la revue Nature Geoscience, l’équipe de chercheurs à l’origine de la découverte avance l’hypothèse d’une génération par les nodules polymétalliques, des concrétions minérales riches en métaux. Cet « oxygène noir » a été détecté dans la plaine abyssale de la zone de fracture géologique de Clarion-Clipperton, dans le Pacifique. Cette zone est une cible de choix pour l’exploitation minière des fonds marins, en raison de la présence des nodules, riches en métaux comme le manganèse, le nickel et le cobalt, utilisés notamment dans la production de batteries au lithium-ion pour les véhicules électriques ou les appareils électroniques.

De l’oxygène généré sans photosynthèse

Ironie, c’est lors d’une mission mandatée par The Metals Company et UK Seabed Resources, deux sociétés ayant pour projet d’exploiter les nodules polymétalliques, que cette découverte a été faite. L’objectif des recherches, menées par un navire de l’Association écossaise pour les sciences marines (SAMS), était d’évaluer l’impact d’une telle prospection sur l’écosystème. « On essayait de mesurer la consommation d’oxygène » du plancher océanique, en mettant les sédiments qu’il contient sous des cloches appelées « chambres benthiques», explique Andrew Sweetman, premier auteur de l’étude. En toute logique, l’eau de mer ainsi emprisonnée aurait dû voir sa concentration en oxygène diminuer, à mesure que ce dernier était consommé par les organismes vivants à ces profondeurs. C’est pourtant l’inverse qui a été observé. En outre, à la surface des nodules, une tension électrique a été détectée, rendant possible un processus d’électrolyse de l’eau, soit la séparation des composants de la molécule d’eau en molécules d’hydrogène et d’oxygène à l’aide d’un courant électrique. Cette réaction chimique intervient à partir de 1,5 V, tension que les nodules pourraient atteindre quand ils sont regroupés, selon un communiqué de l’association SAMS.

Un argument contre l’exploitation des fonds marins ?“ De combien d’autres signes ont-ils besoin pour arrêter l’exploitation minière en eaux profondes ? ”Greenpeace (via X)

Cette découverte oblige non seulement les scientifiques à repenser la manière dont est apparue la vie sur Terre – le point de vue classique est que l’oxygène a été produit par des micro-organismes appelés cyanobactéries –, mais se pose également comme un nouvel argument pour un strict encadrement des fonds marins. Pour le professeur Sweetman, il est nécessaire d’approfondir les recherches sur la production d’« oxygène noir » et d’évaluer la manière dont l’étouffement des sédiments au cours de l’exploitation minière peut altérer ce processus. L’organisation non gouvernementale (ONG) Greenpeace s’est également saisie du résultat : « De combien d’autres signes ont-ils besoin pour arrêter l’exploitation minière en eaux profondes ? » a réagi l’ONG sur X (ex-Twitter).

L’étude a été publiée lors du congrès de l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM), où des discussions internationales pour l’élaboration d’un code minier sont en cours depuis ce 15 juillet, et jusqu’au 2 août prochain. Pour rappel, les 168 États membres de l’AIFM ont pour objectif d’aboutir à l’adoption de ce code minier d’ici à la fin de 2025. Un délai « irréaliste » et « artificiel » pour la Coalition pour la conservation des profondeurs océaniques (DSCC), structure qui fédère une centaine d’ONG, dont Greenpeace et le Fonds mondial pour la nature (WWF). Celle-ci, en plus de dénoncer les risques que l’humanité ferait peser sur les écosystèmes sous-marins, pointe un contresens économique. En cause : des coûts de projets sous-évalués, la baisse du prix des minerais et les évolutions technologiques rapides des batteries de véhicules électriques, dont une part grandissante ne contient ni cobalt ni nickel.

Vingt-sept pays, dont la France, l’Australie, le Canada, le Chili et le Brésil, sont aujourd’hui favorables à un moratoire, voire à l’interdiction stricte d’exploiter les grands fonds, jugeant les risques environnementaux trop grands. En face, des pays comme l’Inde, la Russie et la Chine considèrent que les nodules sont la solution à la transition énergétique en cours. The Metals Company compte, de son côté, lancer ses opérations au premier trimestre 2026, avec ou sans code minier.1. Consulter l’étude
https://doi.org/10.1038/s41561-024-01480-8

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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