L’impact de l’immigration est à peu près neutre en matière de finances publiques,

Législatives 2024 : le coût de l’immigration, une idée fausse, mais une vraie recette électorale

Analyse

Les études démontrent que l’impact de l’immigration est à peu près neutre en matière de finances publiques, tandis que Jordan Bardella promet de « mettre fin à l’immigration de guichet social ».

Publié le 03 juillet 2024 à 05h30, modifié le 03 juillet 2024 à 13h03  Temps de Lecture 4 min. https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/07/03/legislatives-2024-le-cout-de-l-immigration-fausse-idee-et-vraie-recette-electorale-du-rn_6246189_3224.html

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Ravindran est sri-lankais et travaille dans le même restaurant depuis dix-sept ans, à Paris, le 27 juin 2024.
Ravindran est sri-lankais et travaille dans le même restaurant depuis dix-sept ans, à Paris, le 27 juin 2024. LAURENCE GEAI / MYOP POUR « LE MONDE »

Si le Rassemblement national (RN) arrive au pouvoir en France, dimanche 7 juillet, à l’issue du second tour des élections législatives, ce sera notamment parce qu’il aura fait de l’hostilité à l’immigration un déterminant-clé du vote en sa faveur, un sujet catalyseur des angoisses de certains Français, face à l’insécurité, réelle ou redoutée, face au risque de déclassement social ou au sentiment de tensions identitaires.

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Lors de la campagne des législatives, comme lors de celle, juste avant, des européennes, le président du parti d’extrême droite, Jordan Bardella, aura en particulier martelé son souhait de « mettre fin à l’immigration de guichet social ». Dans un entretien au quotidien Ouest France, le 27 juin, il a redit sa volonté de faire des économies « sur le coût social que représente aujourd’hui l’immigration pour les finances de l’Etat » ; sur France 2, le 11 juin, il avait déjà affirmé que « l’Etat est trop généreux avec des gens qui viennent de l’étranger, qui n’ont jamais travaillé, et qui bénéficient pourtant de prestations sociales ». C’est sur cette conviction d’une immigration qui plombe les finances publiques que le RN défend des mesures de préférence nationale dans l’accès aux prestations sociales, mesures contraires à la Constitution.

Un discours qui imprègne les mentalités. « Une nette majorité de l’opinion rend les immigrés en partie responsables de la situation économique et sociale actuelle du pays », analyse la Commission nationale consultative des droits de l’homme, dans son rapport annuel sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie, publié le 27 juin. Ainsi, 60 % des Français pensent que « de nombreux immigrés viennent en France uniquement pour profiter de la protection sociale », un chiffre en nette hausse sur deux ans (+ 8 points) et qui atteint un niveau record depuis 2016.

Aucune réalité

« Immigration = chômage », scandait le Front national (ancien nom du RN) de Jean-Marie Le Pen lors des élections législatives de 1978. Près de cinquante ans plus tard, la rhétorique a changé pour épouser la conjoncture. « Dans un contexte de chômage bas, les tensions se cristallisent sur l’accès aux ressources et au logement, relève Laurence de Nervaux, du think tank Destin commun. Il y a un sentiment de concurrence dans la précarité, en particulier chez certains Français, les retraités modestes, les mères célibataires et les travailleurs précaires. »

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Le RN flatte à l’envi cette idée, alors qu’elle ne repose sur aucune réalité. « Ce n’est pas la baisse de l’immigration qui va rétablir l’équilibre des comptes publics en France, prévient Jean-Christophe Dumont, chef de la division des migrations internationales à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). C’est une idée fallacieuse car l’immigration n’est ni la cause du déficit ni la solution à ce déficit. »

Une étude menée par l’OCDE sur l’impact budgétaire de l’immigration de 2006 à 2018 a démontré que « si on regarde toutes les dépenses publiques, la contribution budgétaire nette totale des immigrés oscille entre − 1 % et + 1 % du produit intérieur brut », souligne M. Dumont. L’impact de l’immigration est donc relativement neutre.

Un constat corroboré par une étude intitulée « L’impact budgétaire de trente ans d’immigration en France », publiée en 2022 par le Centre d’études prospectives et d’informations internationales, un centre de recherche en économie internationale rattaché au premier ministre. « L’impact de l’immigration est proche de zéro, entre 1979 et 2011, sauf pour 2011 où on observe un impact négatif consécutif à la crise de 2008 car les travailleurs immigrés ont été les premiers et les plus affectés sur le marché du travail », affirme Lionel Ragot, coauteur de l’étude et professeur à l’université Paris-Nanterre.

Disparités

Pour adopter une approche comptable, le calcul de la contribution nette a consisté, dans ces deux études, à faire la différence entre, d’un côté, les recettes (impôt sur le revenu, TVA, cotisations sociales, contribution sociale généralisée…) et, de l’autre, les dépenses publiques (allocations de chômage et familiales, aides au logement, dépenses de retraite, santé, éducation…).

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D’après l’OCDE, pour 1 euro perçu, les immigrés ont contribué en moyenne à 0,88 euro. « Ils reçoivent plus qu’ils ne contribuent mais c’est aussi vrai pour les natifs, qui, pour 1 euro de dépense publique, ont contribué à hauteur de 0,93 euro, insiste M. Dumont. Cette différence de contribution entre natifs et immigrés s’explique par des taux d’emploi inférieurs et des taux de pauvreté supérieurs chez les immigrés mais pas par le fait qu’ils recevraient plus de prestations individuelles », développe M. Dumont, selon lequel si la France souhaite améliorer le niveau de contribution des immigrés, elle doit investir dans des politiques publiques d’intégration. En 2021, selon l’Insee, 38 % des immigrés n’avaient aucun diplôme, contre 16 % des non-immigrés.

Reste que les immigrés, en moyenne, perçoivent moins d’argent public que les natifs. Selon l’OCDE, pour 1 euro perçu par un natif, l’immigré perçoit 0,94 euro. Une situation tout à fait comparable à d’autres pays, tels que le Canada (0,95 euro), les Pays-Bas (0,94 euro) ou l’Allemagne (0,93 euro), et de quoi battre en brèche l’image d’une France « guichet social ».

Cette évaluation globale recèle des disparités selon le type de dépenses publiques. Le rapport de l’OCDE établit que « les dépenses par habitant consacrées aux personnes nées à l’étranger sont plus faibles dans des domaines tels que les pensions de vieillesse et de réversion, la maladie et l’invalidité, l’éducation et la santé ». Par contre, celles consacrées à la famille et aux enfants, au chômage, à l’exclusion sociale et au logement sont en moyenne plus importantes.

Cette neutralité de la population immigrée sur les finances publiques provient, en fait, de sa composition par âge, « concentrée sur les âges actifs, entre 20 et 60 ans, des âges où la contribution nette est positive », souligne M. Ragot.

« Création de richesse »

Pour rassurer le monde économique, Jordan Bardella a déclaré, le 25 juin sur TF1, croire à « l’immigration de croissance ». Le président du RN a même chiffré à « 10 000 entrées légales par an » le flux souhaitable, tandis que la France a délivré 323 260 premiers titres de séjour en 2023. Le volume avancé par le RN est totalement déconnecté des réalités, à commencer par celle du droit (à une vie familiale, à l’asile), mais aussi des besoins de l’économie.

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« Les Français sont en train de se tirer une balle dans le pied. Ils ne comprennent pas que l’économie n’est pas un gâteau à taille fixe, mais un système dynamique en croissance. Chaque année, on innove et on produit davantage », souligne Emmanuelle Auriol, professeure à l’Ecole d’économie de Toulouse (TSE) et coautrice d’une note du Conseil d’analyse économique de 2021 intitulée « L’immigration qualifiée : un visa pour la croissance ».

Qu’elle comble les besoins de main-d’œuvre sur les métiers en tension de la restauration, des services à la personne, du bâtiment et de la logistique ou qu’elle soit hautement qualifiée et contribue à l’innovation, à la création d’entreprises et aux exportations, « l’immigration économique crée de manière certaine de la richesse, insiste Mme Auriol. Quand vous recevez des gens, ils consomment et ils augmentent la force de travail. Si vous enlevez des travailleurs immigrés dont la France a besoin, vous aurez une récession économique. »

Julia Pascual

« La discrimination envers les immigrés prive les économies de bienfaits potentiels en matière d’innovation »

Chronique

Trois chercheurs montrent les corrélations paradoxales entre emploi des réfugiés et attitude de la population locale à leur égard dans les Länder allemands, rapporte Pauline Grosjean dans sa chronique.

Publié le 05 juin 2024 à 13h00  Temps de Lecture 2 min. https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/06/05/la-discrimination-envers-les-immigres-prive-les-economies-de-bienfaits-potentiels-en-matiere-d-innovation_6237457_3232.html

Sur l’intégration des migrants, deux grands modèles s’opposent. L’un préconise l’assimilation culturelle, tandis que l’autre, prévalant plus souvent dans les pays anglo-saxons, est plus tolérant aux différences culturelles et ne se soucie guère des signes extérieurs de religion ou de culture. De ces deux modèles, lequel est le plus efficace sur le plan économique ?

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L’attitude des populations hôtes vis-à-vis des migrants n’a pas seulement un coût social et psychologique pour les migrants, elle présente aussi un coût économique important. Un coût économique pour les migrants, bien évidemment, aussi bien sur le marché de l’emploi, où ils peuvent se voir refuser une embauche, que sur le marché du logement, où la discrimination de certains bailleurs envers les immigrés augmente le coût de leur accès au logement.

Mais la discrimination a aussi un coût pour l’économie tout entière parce qu’elle génère de l’inefficacité économique. En empêchant les migrants d’occuper des postes pour lesquels ils sont pourtant qualifiés, elle prive les économies de bienfaits potentiels en matière d’innovation, par exemple. En contraignant au chômage des individus pourtant parfaitement qualifiés pour des emplois à pourvoir, elle renchérit le coût du travail, et donc l’inflation, tout en faisant peser l’indemnisation du chômage sur les finances publiques.

Mesure de l’hostilité locale

Que coûtent à l’économie les attitudes hostiles des populations locales ? L’intégration culturelle des migrants mène-t-elle automatiquement à leur intégration économique ? Pour répondre à ces questions, trois chercheurs ont étudié la vague d’immigration de 1,6 million de réfugiés, principalement syriens, irakiens et afghans, entrés en Allemagne entre 2015 et 2018 (« Scared Straight ? Threat and Assimilation of Refugees in Germany », Philipp Jaschke, Sulin Sardoschau et Marco Tabellini, NBER Working Paper, nᵒ 30381).

Les auteurs mesurent l’hostilité locale de la population par un indice incluant le nombre d’attaques contre des mosquées, le nombre de manifestations d’extrême droite, le vote pour des partis d’extrême droite, des données d’enquêtes mesurant les attitudes vis-à-vis des migrants, le nombre de mariages entre Allemands et migrants, ainsi que des mesures historiques de xénophobie (pogroms antijuifs et part du vote pour le Parti nazi en 1933).

Pour mesurer l’intégration culturelle, les auteurs comparent les réponses de 8 000 migrants et de 30 000 natifs dans plusieurs vagues d’enquêtes d’opinion entre 2016 et 2018. Selon les auteurs, des réponses plus similaires entre migrants et natifs au fil du temps sur des questions portant sur la possibilité de faire confiance aux gens, la nécessité de se venger ou, au contraire, de retourner une faveur, l’intérêt pour la politique, mais aussi le type et la quantité de loisirs consommés, suggèrent une convergence culturelle. L’intégration économique est, elle, plus simplement mesurée par les différences en matière d’emploi et de salaire.

De manière surprenante, les résultats montrent que les réfugiés s’assimilent culturellement plus rapidement dans les régions d’Allemagne où les habitants étaient au préalable les plus hostiles aux étrangers. Les auteurs interprètent ces résultats comme la conséquence de la peur et de l’insécurité, plus fortement ressenties par les migrants dans ces régions, selon les données, et qui les forcent à effacer leurs différences culturelles pour ressembler aux natifs le plus vite possible.

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En revanche, cette intégration culturelle ne s’accompagne pas d’une intégration économique plus rapide. Au contraire. Les données suggèrent même que s’il n’y a pas de différence en matière de chômage, les migrants sont plus susceptibles d’occuper un emploi sous-qualifié et sous-payé dans ces régions qu’ailleurs, ce que les auteurs interprètent comme une conséquence à la fois de la discrimination de la part des employeurs et de la peur des migrants qui les poussent à accepter des conditions de travail pires que celles auxquelles ils pourraient prétendre. Et donc à empêcher l’économie de capitaliser sur leurs compétences. Cesser de se focaliser sur l’intégration culturelle permettrait de gagner en efficacité économique.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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