La régulation pour les urgences maintenue en Aveyron

L’enjeu majeur est d’universaliser le territoire »… Vincent Prévoteau fait un état de santé des hôpitaux en Aveyron

Vincent Prévoteau est à la tête du groupement hospitalier depuis 2017.

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  • Vincent Prévoteau est à la tête du groupement hospitalier depuis 2017. M.L.

   

Santé,  Rodez,  Hôpital

Publié le 22/07/2024 à 05:13 https://www.ladepeche.fr/2024/07/22/lenjeu-majeur-est-duniversaliser-le-territoire-12095765.php

Olivier Courtil

Tour d’horizon avec Vincent Prévoteau, directeur du groupement hospitalier territorial du Rouergue.

Fermeture de lits à Espalion, régulation des urgences à Rodez, travaux à Decazeville, sont des points parmi tant d’autres, importants pour les Aveyronnais, qui méritent d’être éclairés par le directeur du groupement hospitalier territorial (GHT) en poste depuis 2017 en Aveyron. Entretien.

Que ressort-il des certifications passées à Rodez et Decazeville en juin dernier ?

Je ne communique pas aujourd’hui car nous ne connaissons pas les résultats qui seront dévoilés à l’automne. Cela a lieu normalement tous les 4 ans mais à cause du Covid, cela fait 8 ans. C’est d’autant plus important que ces résultats sont expertisés par des hospitaliers avec une vraie analyse positive. Ce qui nous amène à nous améliorer constamment.

Les urgences fonctionnent toujours en régulation avec le Samu. Pourquoi ?

Nous avons mis en place la régulation en septembre dernier suite à une forte tension interne l’été dernier. Nous avons beaucoup écouté les attentes des usagers. Il est proposé par le 15 de se rendre à Decazeville pour faciliter l’accès aux urgences à Rodez. Il y a eu quelques incompréhensions à ce sujet, je précise bien que cela est proposé, comme il est aussi écrit dans le protocole que les enfants de moins de 10 ans ne sont pas orientés à Rodez. J’insiste sur l’harmonie, la synergie entre la médecine hospitalière et la médecine de ville. Cela se traduit par une baisse de 20 à 30 % de passages en moins aux urgences de Rodez. Le système est donc efficace. Deux numéros sont donc à disposition de nos concitoyens. Le 15 pour l’urgence, le 116 117 pour des situations qui ne relèvent pas de l’urgence. On répond à l’urgence, on a ouvert la zone tampon de neuf lits et la téléconsultation se développe.

Dans l’idéal, il faudrait quatre salariés supplémentaires sur les 17 salariés que compte le service des urgences. Le numerus apertus a été ouvert mais ne porte pas encore ses fruits en France. En 7 ans, je n’ai refusé aucun recrutement de médecin. Notre travail territorial a porté aussi sur Decazeville pour avoir une ligne impérative d’urgence. On a une organisation coordonnée, l’accès est modifié avec Rodez et Decazeville, pour améliorer la prise en charge. Rodez est un maillon fort comme les autres sites car il faut un GHT solide. On ne prend pas l’activité de l’autre. Par exemple, la cardiologie fonctionne avec une équipe privée et publique pour intervenir à Rodez et Decazeville.

Quels sont les autres services en tension ?

L’anesthésie, la chirurgie. On a aussi des tensions pour recruter des aides-soignants. Je rappelle quand même qu’on allait chercher un temps, les infirmières en Espagne. Notre institut de formation est très précieux. L’objectif est de travailler en synergie.

Où en est le chantier de reconstruction à Decazeville dont le site a été piraté l’été dernier ?

On vient de finaliser le schéma directeur à Decazeville qui comprend notamment la relance de la chirurgie ambulatoire, à l’arrêt aujourd’hui faute d’anesthésistes. L’imagerie s’y est développée, la mammographie aussi, un cabinet privé a été repris par l’hôpital. Une IRM (imagerie par résonance magnétique) a été autorisée. Les travaux débuteront en fin d’année mais l’IRM ne sera pas opérationnelle en 2025. Concernant le piratage, cela a été remarquablement résolu mais on ne communique pas sur la cybersécurité. Parlant du Bassin, l’Ehpad d’Aubin sinistré par la grêle, va être reconstruit et les résidents seront réinstallés à la fin du mois.

Les lits fermés à Espalion en fin d’année dernière n’ont toujours pas ouvert. Pourquoi ?

Les dix-neuf lits sont toujours fermés. Un travail est mené avec les acteurs internes et avec le soutien de Rodez pour renforcer car l’enjeu est de maintenir la médecine physique et de réadaptation qui lui est spécifique et touche le Nord-Aveyron. Quant au nouvel Ehpad, les travaux doivent toujours débuter en 2025 pour 30 M€.

Êtes-vous inquiet du rapport de la Cour des comptes sur les risques élevés dans les maternités affichant moins de 1 000 naissances par an ?

On travaille collectivement pour conforter sur la sécurité. La maternité de Villefranche est une nécessité au regard des distances. Ce site doit être solide.

Que vous apporte la fonction de président de l’association nationale des directrices et directeurs d’hôpitaux ?

La première proposition que nous avons faite lors du Ségur a été de demander à valoriser les salaires des soignants. On a travaillé sur l’assouplissement des règles, alerté sur la loi de régulation de l’intérim, ou encore travaillé sur la haute fonction publique pour faire évoluer les statuts et permettre par exemple de permettre à un chef hospitalier de devenir préfet. Je transpose ce que je fais en tant qu’artisan de territoire en apportant notre expérience de terrain. On est un laboratoire d’idées. On n’est pas soignant et je suis très admiratif des soignants mais il faut un directeur adjoint, un ingénieur informatique, etc. qui contribue à cette chaîne de soins. Il y a 114 métiers dans un hôpital.

Sur l’échelle de la douleur de 1 à 10, où situez-vous le GHT ?

J’ai pas mal ! (sourire) On a des super équipes médicales, paramédicales. Vous avez un établissement avec une unité neurovasculaire, de la médecine nucléaire, radiothérapie, développement de l’intelligence artificielle. J’en profite pour casser les idées reçues sur le poids de l’administration quand on entend dire qu’un tiers des agents sont dans les bureaux. Cela représente 10 % des effectifs. Saint-Ex a écrit : « Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis. » On est sur un équilibre des territoires. L’acquisition d’un robot chirurgical à Rodez a été actée, la modernisation du plateau technique prévue en fin d’année et l’institut cardiologique vasculaire ont été validés. L’activité cardiologique va être transférée sur ce bâtiment, libérant 600 m2 de surface, qui permettra de créer une unité de post-urgence et d’étendre le nombre de lits en soins intensifs de 11 à 16. Cela participe à l’attractivité et à l’amélioration des conditions de travail. L’enjeu majeur, c’est d’universaliser le territoire pour développer la recherche. On accueille un premier chef de clinique en novembre pour faire des liens avec les CHU (centre hospitalier universitaire).

Vous êtes en poste jusqu’au 2 octobre 2025, et après ?

Je suis surtout toujours en poste avec la même motivation que celle que j’avais en octobre 2017, lorsque je suis arrivé. Pour la suite, je ne sais pas. Prolongation, autres fonctions ? Je suis un serviteur. J’ai l’hôpital chevillé au corps.

En chiffres

  • 3 000 salariés sur le groupement hospitalier territorial du Rouergue qui comprend six sites : Rodez, Villefranche-de-Rouergue, Decazeville, Espalion-Saint-Laurent-d’Olt, Saint-Geniez, Salles-la-Source.
  • 200 médecins.
  • 2 000 salariés sur le centre hospitalier de Rodez.
  • 10 % de personnel administratif.
  • Près de 200 M€ de budget (140 M€ en 2017 à son arrivée).
  • 20 à 30 % de baisse de passage aux urgences à Rodez (de 110 à 70 par jour en moyenne)
  • 10 M€, coût des travaux à Decazeville.
  • 9 M€ pour l’Ehpad d’Aubin de 48 lits.
  • 30 M€, pour le nouvel Ehpad à Espalion.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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