Cinq jardins d’été, entre terre et mer
En bordure du littoral atlantique ou méditerranéen, ils sont souvent plantés d’une végétation exotique bien acclimatée. Ayant bénéficié des pluies abondantes du printemps, ces jardins sont un bonheur à arpenter tout l’été.
Exotique, patrimonial, botanique, d’agrément, voire conceptuel, les cinq jardins que « La Matinale » propose de découvrir sont tous situés en bord de Méditerranée, de la Manche ou sur la façade atlantique.
Le Domaine du Rayol, odyssée dans le Var

Le Domaine du Rayol, en face des îles d’Hyères, dans le Var, a pris sa physionomie actuelle sur un site racheté en 1989 par le Conservatoire du littoral. Ses quarante hectares de maquis avaient été, dans les années 1910, la propriété de l’homme d’affaires Alfred Courmes (1859-1934). Celui-ci fit construire l’Hôtel de la Mer (aujourd’hui l’accueil) et la villa Rayolet (récemment restaurée et où est présentée une exposition permanente). Le dernier propriétaire, l’ingénieur aéronautique Henri Potez (1891-1981), en fit, après la guerre, sa résidence secondaire, avec des jardins ordonnés. (Un certain Jacques Chirac, dont le père était un proche de la famille, y passa ses vacances.) Mis à l’abri de la spéculation immobilière malgré une longue période d’abandon, le site, avec sa pergola à l’antique, ses plantes méditerranéennes et sa terrasse à la vue magnifique, fut confié au paysagiste et « jardinier » Gilles Clément, avec l’objectif d’en faire… « le plus beau jardin de France ».
L’auteur du Jardin en mouvement a créé sur sept hectares d’un domaine qui en comprend vingt un « Jardin des Méditerranées » regroupant une dizaine d’espaces associant des paysages naturels des régions du monde où règne un climat proche de celui de la côte varoise. On passe ainsi de la Californie, avec ses cactées, à l’Australie, avec ses eucalyptus, à l’Afrique du Sud, avec ses bruyères, au Chili, avec son lys des Incas ou ses palmiers à miel… Une grande partie du domaine est un saisissant paysage de maquis où l’on distingue chêne vert ou chêne-liège, pin d’Alep et pin maritime, arbousier et myrte, romarin et lavande des Maures. Il y a même un jardin marin, avec son herbier de posidonie à observer avec… palmes et tuba. Dépaysement complet.
Domaine du Rayol – Le jardin des Méditerranées, avenue Jacques-Chirac, Rayol-Canadel-sur-Mer (Var). Domainedurayol.org
30e édition du Festival Soirées romantiques, du 15 juillet au 19 août. Exposition « Odyssea – Jardin possible », jusqu’au 22 septembre. 20e édition de Gondwana, samedi 5 et dimanche 6 octobre 2024, avec pour thème « Les jardiniers planétaires ».
Le Vasterival, passion et vertu sur la Côte d’Albâtre
A la lisière du pays de Caux, en Seine-Maritime, dans une valleuse descendant vers la mer – à la vue impressionnante depuis la plage –, le jardin du Vasterival jouit d’un environnement exceptionnel. Son histoire remonte au début du XXe siècle, quand s’y est installé le musicien Albert Roussel (1869-1937), dont la tombe, comme celle du peintre Georges Braque, se trouve dans le charmant cimetière marin de Varengeville-sur-Mer. Greta Sturdza (1915-2009) a fait l’acquisition, après la guerre, de la villa de l’auteur de Promenade sentimentale en forêt. Passionnée de botanique, celle que tout le monde appelait « la Princesse » n’a eu de cesse d’agrandir le domaine et de l’embellir pour en faire un des plus beaux jardins normands, avec ses « voisins » de Varengeville, le Bois des Moutiers ou le Jardin Shamrock, à la collection d’hydrangeas de référence.
Le Vasterival, lui, est constitué d’une succession d’ambiances végétales de mi-ombre, de sous-bois traversés par la lumière, d’arbres rares ou exceptionnels et de massifs fleuris. La princesse Sturdza a mis en œuvre, pendant cinquante ans, des techniques jardinières vertueuses, dont l’absence de traitements phytosanitaires, l’étalement au pied des végétaux de feuillage ou d’écorce ou encore la taille des arbres dite de transparence. Le jardin actuel, entretenu par des jardiniers inspirés, éblouit avec ses somptueux hydrangeas fleuris, ses compositions végétales aux harmonies colorées ou ses gunneras au feuillage gigantesque.
Le Vasterival, 346, allée Albert-Roussel, Sainte-Marguerite-sur-Mer (Seine-Maritime). Vasterival.fr (Lors des Botaniques de Varengeville, les 26 et 27 octobre 2024, de nombreux jardins privés seront ouverts à la visite.)
Eden du voyageur, éclectisme à Belle-Ile-en-Mer

Au large du Morbihan, le jardin Eden du voyageur existe grâce à la passion de Michel Damblant, botaniste de terrain et paysagiste. Cet « étonnant voyageur », né en 1951, a ramené de ses pérégrinations en Inde, au cap Nord, en Afrique de l’Ouest ou dans les deux Amériques savoir et sensibilité. A parcours haut en couleur, jardin éclectique, où s’épanouissent des fleurissements tout au long de l’année. Imaginé il y a plus de trente ans par le futur auteur d’un Tour du monde dans un jardin (Georama, 2014), cet « Eden du voyageur » a vu le jour sur le site de Bordery, entre la pointe des Poulains, chère à Sarah Bernhardt (1844-1923), et le port de Sauzon.
Jouissant du microclimat bellilois, après les roses et les camélias printaniers, les hortensias et les agapanthes fleurissent en juillet, quand les amaryllis et les asters s’épanouissent en août, dans la succession de massifs colorés entourant pelouses et prairies écologiques. La particularité de ce jardin réside dans les explications historiques et botaniques dispensées sur des panneaux à la rigueur toute scientifique et lors de visites guidées passionnantes. Le fil de l’histoire des plantes et de leur « découverte » par les explorateurs et botanistes européens est ainsi remonté jusqu’à leur origine, entre lavandes méditerranéennes et sauges du Mexique, marguerites du Cap et mûriers d’Iran, ici harmonieusement acclimatés.
Le jardin Eden du voyageur, Bordery, chemin de Deuborh, Sauzon, Belle-Ile-en-Mer (Morbihan). Edenduvoyageur.fr
Le jardin botanique de Vauville, exotisme dans la Manche
Le château de Vauville (Manche), dans le Cotentin, non loin du Nez de Jobourg, forme, avec son modeste donjon médiéval dressé au-dessus de bâtiments XVIIe siècle, un ensemble harmonieux de pierre et de schiste que côtoie un jardin botanique… plus exotique que normand. Car, normand, le paysage environnant l’est tout à fait, avec ses prés à vaches ou à chevaux, la mer toute proche, réchauffée par le Gulf Stream, et une météo… capricieuse. Ce sont Eric et Nicole Pellerin, les grands-parents de l’actuel propriétaire, botanistes et paysagistes par passion, qui en ont fait, depuis les années 1950, une référence en matière de plantes de l’hémisphère austral. Car, au début étaient les voyages, en Asie notamment, dont de nombreuses plantes ont été rapportées par le parfumeur et acclimatées dans des chambres de verdure conçues comme autant d’écrins protecteurs.
Aujourd’hui, celles-ci se succèdent au gré de la visite sur cinq hectares gagnés au fil des décennies sur la lande environnante, depuis un théâtre de bambous avec sa sphère astronomique jusqu’au bassin des gunneras, en passant par le jardin d’eau et le « grand espace », parenthèse dégagée où le ciel, l’herbe, les plantes et la présence de la mer forment une respiration. Une palmeraie, avec ses rhododendrons fleuris au printemps, des cyprès et des eucalyptus, un ancien abreuvoir transformé en bassin d’ornement, une collection de fougères, un jardin exotique forment autant de scènes végétales aux espèces aussi rares que séduisantes. Les amateurs de jardinage ne manqueront pas d’aller voir, près de la cour du château, une étonnante collection d’arrosoirs et de beaux outils anciens.
Le jardin botanique du château de Vauville, 1, route du Thôt, Vauville (Manche). Jardin-vauville.fr
Le Jardin des retours, passé recomposé à Rochefort

Rochefort, ville arsenal créée à l’initiative de Colbert pour Louis XIV, est connue pour sa Corderie royale. Ses Demoiselles ont été immortalisées au cinéma, en 1967, par Jacques Demy (1931-1990) et le compositeur Michel Legrand (1932-2019). Le spectaculaire pont transbordeur du film, aujourd’hui restauré et repeint, permet toujours de traverser la Charente – à pied ou à vélo. Le Jardin des retours, lui, est une création contemporaine aménagée par l’architecte, paysagiste et plasticien Bernard Lassus (né en 1929) sur le site de la Corderie. Réhabilité à partir des années 1970, l’impressionnant bâtiment du XVIIe siècle – qui s’étire sur 374 mètres et abrite le Centre international de la mer – a trouvé un écrin végétal à sa mesure.
Le nom « Jardin des retours » évoque l’acclimatation de plantes rapportées lors des expéditions maritimes (coloniales, à l’époque). Son concepteur l’a pensé comme une évocation de l’histoire du site et a choisi une palette végétale simple pour le mettre en valeur. Il est constitué de trois jardins. Celui des Amériques, un parcours paysager longeant le fleuve, agrémenté d’un labyrinthe d’ifs : le Labyrinthe des batailles navales. Puis un sobre alignement de palmiers parallèle à la Corderie, qui rappelle le passé maritime et botanique de Rochefort, et qui porte le nom de La Galissonnière, un botaniste réputé qui fut gouverneur de la Nouvelle-France. Enfin, le Jardin de la marine, qui domine le site. C’est dans cet ancien Jardin du Roy qu’ont transité les premiers bégonias, nommés ainsi en hommage à l’intendant de la marine Michel Bégon (1638-1710). A proximité, caché derrière ses murs : l’actuel Potager du Roy, un intime jardin pédagogique.
Le Jardin des retours, rue Toufaine ou quai aux Vivres, Rochefort (Charente-Maritime). Gratuit. Corderie royale de Rochefort (entrée payante). Corderie-royale.com