Comment faire de la santé la priorité du futur gouvernement ?
Frédéric Haroche| 18 Juillet 2024 https://www.jim.fr/viewarticle/comment-faire-santé-priorité-du-futur-gouvernement-2024a1000d9v
Paris – Les dernières élections législatives ont abouti à une majorité introuvable. Dans ce contexte, les hospitaliers se font entendre pour que la santé et l’hôpital public soient des priorités du prochain gouvernement dont la constitution se fait attendre.
Desserrer l’ONDAM et la T2A : oui, mais…
Ainsi, dans un communiqué publié hier les hospitaliers du Collectif Inter-Hôpitaux ** se rappellent au bon souvenir de nos élus. Il appelle les parlementaires et le futur gouvernement à répondre « enfin à l’urgence que constitue l’état de l’hôpital public » alors que la « population subit tous les jours les fermetures de lits, de blocs opératoires et de services d’urgence ».
Pour le collectif, il est urgent de desserrer l’étau de l’ONDAM et de l’élaborer en fonction de l’analyse des besoins de santé et non en fonction de « la seule logique budgétaire ». Il suggère également « de réserver la T2A aux activités standardisées, de réviser les tarifs pour qu’ils suivent l’évolution réelle des coûts, de supprimer les réserves prudentielles, qui restreignent le financement hospitalier pour compenser les dépenses de ville ». Le collectif appelle par ailleurs à diminuer le ratio patients/soignant.
Dans la même veine, le Pr Antoine Pelissolo (Psychiatrie – CH Albert Chenevier, Créteil), écrit désirer un gouvernement de gauche qui prendra en main la question de l’accès aux soins par la construction d’un ambitieux « projet national de santé publique visant à garantir à terme un égal accès aux soins dans tous les territoires, en plaçant les besoins des citoyens au cœur des projets ».
Cependant, malgré son soutien à la gauche de l’hémicycle, il se montre réservé sur la question de la régulation de l’installationqui ne saurait être « l’alpha et l’oméga » de la politique de santé. Quoi qu’il en soit, il estime que cette régulation, si elle était décidée, devrait « être adaptée très subtilement et surtout discutée avec les praticiens et leurs représentants ».
Il espère également des plans volontaristes urgents concernant la prévention, le soutien aux hôpitaux publics et à leurs personnels, la psychiatrie, la dépendance, les études médicales et la politique du médicament.
A l’instar du Collectif, il appelle à une refonte du financement hospitalier : Ondam et T2A.
Gageons que ces exigences financières seront déçues, compte tenu de notre déficit et des contraintes de la comptabilité nationale imposée par l’Union Européenne…et de notre dette !
L’IA au secours de l’accès aux soins ?
Peut-être plus original et moins couteux, Frédéric Bizzard *, économiste de la santé, recommande dans Les Echos une vaste réforme « sans dépenses publiques supplémentaires » avec une large décentralisation et surtout l’utilisation à plein des innovations technologiques : la télémédecine bien sûr, mais aussi et surtout l’intelligence artificielle, en particulier pour optimiser les campagnes de dépistage.
En effet, pour ce qui est de l’accès aux soins, l’avenir repose probablement davantage sur l’utilisation des outils technologiques et la délégation de compétences, plutôt que sur une stricte régulation de l’installation, qui pourrait entraîner de nombreux effets pervers.
*https://environnementsantepolitique.fr/2024/07/19/sante-lurgence-dun-consensus-politique/
** https://www.collectif-inter-hopitaux.org/campagne-prsidentielle-les-proposition-du-cih
Commentaire Dr Jean Scheffer:
La perspective d’un gouvernement de gauche s’éloigne, mais l’urgence en matière d’hôpital public et d’accès aux soins demeure, sans parler des problèmes environnementaux et leurs conséquences sur la santé .
Mais cela ne doit pas faire renoncer à faire voter par l’assemblée un texte sur la régulation de l’installation des médecins, généralistes comme spécialistes . Lors de la précédente législature une initiative d’un inter-groupe (député Garot) avait été votée en commission des affaires sociales et rétorquée par la présidente de l’assemblée.
La macronie annonce partout son souci de régler les déserts médicaux. Espérons que ce ne soit pas uniquement à travers les nouvelles technologies ( IA, télé-medcine…)
L’urgence du moment c’est de remplir les postes vacants de pédiatres dans les hôpitaux généraux, PMI, médecine scolaire , pédopsychiatrie…Pour ce faire il y a une seule solution que les pouvoirs publics font semblant d’ignorer de même que les grands médias: créer un « clinicat-assistanat pour tous », de 2 à 3 ans obligatoire pour tous les futurs généralistes et spécialistes. Non seulement en quelques années on solutionne les manques en pédiatrie, mais l’ensemble des déserts médicaux, dans toutes les spécialités, dans tous les lieux de soins de prévention, de recherche. Cet exercice se ferait à l’image de l’assistanat partagé entre CHU et CHG, cette activité partagée s’étendant, à la PMI, médecine scolaire et universitaire, Hôpitaux psychiatriques, CMP, médecine du travail, pénitentiaire, centres de santé, maisons de santé libérales…
il n’ y a que l’association des maires ruraux et l’association de citoyens contre les déserts médicaux (ACCDM) qui ont repris cette proposition.
Pour plus d’information: « Vision Globale -Solution globale »:
https://1drv.ms/w/s!Amn0e5Q-5Qu_sAoKetf_T8OKk2Io?e=GfjeRj?e=4YzGt2
Voir aussi:
https://environnementsantepolitique.fr/2024/07/19/sante-lurgence-dun-consensus-politique/