Assemblée nationale : comment le « front républicain » anti-RN a sauvé les sièges de la Macronie
Vases communicants
Par Sébastien Grob
Publié le 19/07/2024 à 18:17
Plus d’une centaine de députés ont remporté leur siège grâce au « front républicain » érigé au second tour des élections législatives, selon les calculs de « Marianne ». Parmi eux figurent plus d’un tiers des élus de la coalition présidentielle, qui est le camp ayant le plus bénéficié du barrage anti-RN.
Un nouveau champ de bataille pour le « front républicain ». Après avoir focalisé les débats de l’entre-deux-tours des législatives, la question de l’attitude à adopter face au RN agite les travées de l’Assemblée nationale. Les députés doivent nommer les membres du bureau de l’institution ce vendredi 19 juillet, au lendemain de la réélection de la macroniste Yaël Braun-Pivet à la présidence du Palais Bourbon.
À entendre la gauche, il convient d’établir un nouveau cordon sanitaire autour de ce conclave : « Le RN n’a pas sa place au bureau de l’une des plus hautes instances de notre République. Le vote réalisé il y a neuf jours (…) nous oblige à confirmer le barrage républicain », ont plaidé les présidents des groupes affiliés au Nouveau front populaire (NFP) dans un communiqué. Le camp macroniste apparaît quant à lui divisé : le groupe Ensemble a fait savoir qu’il ne donnerait aucun suffrage au RN comme à la France insoumise, tandis que le Modem et Horizons défendent une répartition des postes proportionnelle au nombre de sièges des différents partis.
Mais quel est au juste le poids du « front républicain » au sein du Palais Bourbon ? Dit autrement, combien de députés ont été élus grâce au barrage érigé face au RN ? Pour nous en faire une idée, nous avons estimé combien de sièges le parti lepéniste aurait obtenus en l’absence de sursaut des autres camps. Nous nous sommes pour cela appuyés sur les intentions de vote prévalant juste avant le scrutin, telle que retracées dans un sondage Cluster 17 du 28 juin. Ce dernier relatait les « reports de voix » envisagés par les électeurs entre les deux tours, selon différentes configurations (duel entre le RN et la gauche, triangulaire…). Nous avons ensuite appliqué ces prévisions aux résultats du premier tour, dans un scénario où aucun candidat ne se serait désisté pour faire échec au parti lepéniste.
Résultat : en l’absence de barrage, le RN et ses alliés auraient obtenu 251 sièges selon notre simulation, alors qu’ils n’en ont décroché que 142 dans les faits. Le « front républicain » a ainsi envoyé 109 députés d’autres bords à l’Assemblée d’après nos calculs. Parmi eux, une centaine a profité du désistement d’un autre candidat qualifié au second tour, leur évitant une triangulaire inconfortable face à un candidat lepéniste. Sans doute faut-il considérer ces chiffres comme un minimum : on peut penser qu’une partie des électeurs prévoyaient déjà de faire barrage le 28 juin, au moment où le sondage de Cluster 17 a été réalisé.https://datawrapper.dwcdn.net/VsShS/3/
Nonobstant cette précaution, notre calcul permet aussi de juger quels camps ont été le mieux protégés par la levée de boucliers. Parmi nos 109 sièges sauvés grâce au « front républicain », 60 sont tombés dans l’escarcelle de la coalition présidentielle. Soit plus d’un tiers des 166 députés composant les troupes d’Emmanuel Macron. La proportion de repêchés est similaire chez les 47 élus Les Républicains, puisque 18 d’entre eux l’ont emporté grâce au barrage anti-RN, toujours selon notre estimation. De son côté, le Nouveau front populaire (NFP) s’est arrogé 29 places dans l’opération, soit « seulement » 15 % de ses 193 députés.
Les macronistes tirent les marrons du feu
Nombre de sièges de députés obtenus par différents camps politiques grâce au barrage anti-RN.
De fait, les citoyens de gauche ont été plus nombreux à monter au front, selon un sondage Ipsos publié le jour du second tour : 72 % des électeurs du NFP ont voté pour un candidat macroniste lorsqu’il était opposé au RN, alors que seuls 50 % des sympathisants du président ont soutenu le NFP en pareil cas. À l’issue de ce barrage favorable à la droite et au centre, les députés de gauche se retrouvent moins nombreux que la somme des élus LR et macronistes. De quoi permettre à Yaël Braun-Pivet de revenir au perchoir ce jeudi… et ouvrir la voie à de futurs compromis ?