L’OMS a classé le talc comme produit cancérogène probable, mais reconnait que les preuves manquent

Le talc classé comme cancérogène probable

Quentin Haroche| 08 Juillet 2024 https://www.jim.fr/viewarticle/talc-classé-cancérogène-probable-2024a1000cjb?ecd=wnl_all_240708_jim_daily-doctor_etid6653668&uac=368069PV&impID=6653668&sso=true

Paris – L’OMS a classé le talc comme produit cancérogène probable, mais reconnait que les preuves manquent et que le danger réside surtout pour les travailleurs du talc. 

Pendant des décennies, il a servi à poudrer les fesses de nos bébés pour éviter les irritations. Le talc, une espèce minérale composée de silicate de magnésium, est présent dans de nombreux produits du quotidien : dans la poudre pour bébé donc, mais également dans les cosmétiques ou la peinture. Il est également utilisé dans la fabrication du papier ou du caoutchouc. Ce produit est pourtant loin d’être inoffensif, suspecte-t-on depuis de nombreuses années. Dans leur dernier rapport publié ce vendredi dans la revue Lancet Oncology, les experts du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) ont en effet décidé de classer le talc dans la catégorie 2A, soit comme cancérogène probable.

Les experts du CIRC, une agence appartenant à l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), justifient leur décision par l’existence de « preuves suffisantes » du caractère cancérogène du talc chez le rat, de « preuves limitées » d’un lien entre l’exposition au talc et le cancer de l’ovaire chez l’humain et de « fortes preuves empiriques » d’un effet cancérogène dans les cellules humaines.

Un lien entre talc et cancer qui reste très ténu

Selon les experts du CIRC, le risque de cancer est particulièrement élevé pour les travailleurs du talc, par exemple ceux qui extraient ce produit naturel dans les carrières de talc (la carrière de Trimouns dans l’Ariège est la plus grande carrière de talc du monde, fournissant 10 % du marché mondial) ou qui fabriquent des produits à base de talc. « Il y a un risque accru de cancer de l’ovaire pour les femmes qui travaillent dans l’industrie du papier où le niveau de talc utilisé est élevé » souligne ainsi le Dr Mary Schubaeur-Berigan du CIRC. Le risque est semble-t-il moins élevé mais non négligeable pour les consommateurs, par exemple pour les femmes utilisant des produits cosmétiques contenant du talc.

Les experts du CIRC restent cependant prudents dans leurs affirmations. S’ils rappellent que plusieurs études ont conclu à un lien entre l’exposition au talc et l’augmentation du risque de cancer des ovaires, ils soulignent qu’il n’est pas impossible que le talc ait pu être contaminé par de l’amiante, substance hautement cancérigène. En effet, dans la nature, les carrières d’amiante et de talc sont souvent proches et une contamination ne peut donc pas être exclue. « Le CIRC a simplement répondu à la question de savoir si le talc pouvait causer des cancers, mais n’a pas précisé dans quelles conditions » analyse Kevin McConway, statisticien spécialiste des questions de santé. « On ne peut pas affirmer qu’il y a une preuve incontestable que l’utilisation du talc augmente le risque de cancer ». 

Johnson & Johnson mainte fois condamné

Si le CIRC n’a rendu sa décision sur le talc que ce vendredi, cela fait depuis les années 1970 que le talc est suspecté d’augmenter le risque de cancer, notamment celui des ovaires pour les femmes qui l’appliquent sur leurs parties génitales. Depuis cette époque, les études sur la dangerosité du talc se sont multipliées, aboutissant à des conclusions souvent contradictoires. La dernière grande méta-analyse en date, publiée en janvier 2020 et portant sur 250 000 femmes aux Etats-Unis, avait conclu que l’utilisation de talc sur les parties génitales n’augmente pas le risque de cancer.

Aux Etats-Unis, la supposée dangerosité du talc a valu de nombreuses condamnations judiciaires à la firme pharmaceutique Johnson & Johnson, accusée d’avoir vendu pendant plusieurs années en connaissance de cause du talc contaminé à l’amiante. La firme a ainsi dû verser des centaines de millions de dollars ces dernières années à de nombreuses femmes victimes de cancers des ovaires supposément liés à l’exposition au talc. Le 11 juin dernier, la firme américaine a finalement conclu un accord avec 42 Etats américains pour mettre fin aux poursuites et va verser 700 millions de dollars à plus de 60 000 supposées victimes de son talc.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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