« Déserts médicaux : on n’est pas sortis des ronces »
Date de publication : 5 juillet 2024
Dans sa chronique pour Libération, Christian Lehmann, médecin et écrivain, revient sur la désertification médicale, « le sujet le plus brûlant à l’heure actuelle ».
« Il suffit pourtant de jeter un œil aux propositions de santé des différents programmes pour voir que nous ne sommes pas sortis des ronces. Les politiques à visée comptable des 30 dernières années nous ont amenés à la catastrophe actuelle, et il faudra probablement de toute façon encore une dizaine d’années pour essayer de sortir de la nasse », observe le médecin.
Il remarque notamment que « le Nouveau Front Populaire reprend les lubies de quelques parlementaires socialistes […], en promettant de réguler les installations dans les zones surdotées, comme s’il existait encore en France des zones surdotées, et sans jamais confronter la réalité ».
Christian Lehmann souligne que « la désertification médicale est liée à l’abandon de certains territoires par les services publics, et il n’est pas possible d’exiger d’un médecin, après 10 années d’études consacrées en grande partie à faire tourner les hôpitaux, de s’installer dans un endroit où il sera censé exercer seul, loin de tout second recours hospitalier, 24 heures sur 24. On ne peut pas réguler l’inexistant, et on va manquer de médecins pendant encore une dizaine d’années, avec une pyramide des âges des médecins tenant sur la pointe ».
Le médecin relève que « chez les macronistes, […] on continue dans l’autosatisfaction en répétant que le numerus clausus a été relâché, sans jamais s’attarder sur le fait que les facultés n’ont pas les capacités d’assurer l’enseignement de la médecine dans de bonnes conditions, et qu’on exige des maîtres de stage d’exercer un énième sacerdoce ».
« Le médecin traitant, hier «pivot du système de santé», est aujourd’hui intronisé «tour de contrôle», tout l’accent étant mis sur «contrôle» par des ministres qui ont invisibilisé le Covid, ou les effets délétères pour la santé du recul de l’âge de départ en retraite, en fustigeant le coût «insupportable pour l’équilibre des comptes sociaux» des arrêts de travail auquel ils contribuent largement », continue Christian Lehmann.
Il note par ailleurs qu’« à l’extrême droite, Jordan Bardella propose d’exonérer de l’impôt sur le revenu les soignants exerçant après l’âge de la retraite. Un appât qui serait inutile si la rémunération de l’exercice en ville n’était pas mise à mal par les augmentations de charges de ces dernières années, et qui rompt l’égalité entre les citoyens ».
« Plus grave, tout le discours xénophobe de candidats et d’électeurs prêts à renvoyer les «étrangers en canot gonflable chez eux» alors que les hôpitaux, les Ehpad, les services de soins à domicile, de nombreux cabinets ne tiennent que grâce à ces gens dont «à prononcer les noms sont difficiles» », écrit Christian Lehmann.
Déserts médicaux : on n’est pas sortis des ronces
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Journal d’épidémie, par Christian Lehmanndossier
Christian Lehmann est médecin et écrivain. Pour «Libération», il tient la chronique d’une société touchée par les crises sanitaires.
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par Christian Lehmann, médecin et écrivain
publié le 4 juillet 2024 à 8h48
Le sujet le plus brûlant à l’heure actuelle, révèle la journaliste de Libération Eve Szeftel dans un article sur le sentiment de délaissement des électeurs des zones périurbaines et rurales, serait la désertification médicale : «Si l’inégalité dans l’accès aux soins est aussi mal vécue, c’est qu’il s’agit d’une question de vie ou de mort.»
Il suffit pourtant de jeter un œil aux propositions de santé des différents programmes pour voir que nous ne sommes pas sortis des ronces. Les politiques à visée comptable des trente dernières années nous ont amenés à la catastrophe actuelle, et il faudra probablement de toute façon encore une dizaine d’années pour essayer de sortir de la nasse. Le Nouveau Front Populaire reprend les lubies de quelques parlementaires socialistes comme Guillaume Garot, en promettant de réguler les installations dans les zones surdotées, comme s’il existait encore en France des zones surdotées, et sans jamais confronter la réalité. La désertification médicale est liée à l’abandon de certains territoires par les services publics, et il n’est pas possible d’exiger d’un médecin, après
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Proposition pour réduire l’ensemble des déserts médicaux, par le Dr Jean SCHEFFER
Je rappelle que les déserts médicaux ne sont pas qu’en médecine générale (centres des santé publics, maisons de santé libérales). Ils sont dans les hôpitaux (40% de postes vacants dans nos hôpitaux généraux), en PMI, crèches, médecine scolaire et universitaire, médecine du travail, pénitentiaire, santé publique, recherche… La seule solution pour résoudre en même temps tous ces manques, c’est un « clinicat-assistanat pour tous » de Deux à trois ans en fin d’internat pour tous les futurs généralistes et spécialistes. A l’image de l »Assistanat partagé « entre CHU et Hôpitaux généraux dans toutes les spécialités, ces chefs de clinique-assistants exerceraient une partie en CHU ou Hôpital général et une autre partie dans tous les postes non pourvus, PMI, médecine scolaire et universitaire, Hôpitaux psychiatriques, CMP, médecine du travail, pénitentiaire…, y compris en centres de santé et maisons de santé libérales. Je l’ai proposé à de nombreux syndicats, responsables administratifs et politiques, y compris député Garot. Malheureusement il n’ y a que l’association des maires ruraux et l’association de citoyens contre les déserts médicaux (ACCDM) qui ont repris cette proposition.
Pour plus d’information: « Vision Globale -Solution globale »: https://1drv.ms/w/s!Amn0e5Q-5Qu_sAoKetf_T8OKk2Io?e=GfjeRj?e=4YzGt2
Dr Jean Scheffer cardiologue, ancien médecin chef au CH d’Albi, ancien responsable régional pour la CPH